Bienvenue sur weppsy, un ensemble d’articles écrits par des psychologues à destination du grand public.

Ce blog est issu du souhait de partager des idées du monde de la psychologie, de créer des échanges grâce à “une rencontre” avec des praticiens sur des sujets qui vous touchent et vous interrogent. Une rencontre car chaque texte est le fruit du travail personnel et de l’expérience d’un psychologue et porte dès lors sa signature. Vous trouverez ici une grande diversité d’approches : chaque article est l’expression d’un point de vue, d’une pratique. Nous sommes convaincus que la pluralité des approches et la dimension intégrative des pratiques nourrissent une réflexion riche et en mouvement. Nous vous invitons ainsi à explorer ces ressources avec ouverture et bienveillance, valeurs essentielles de notre réseau, que nous souhaitons prolonger et faire vivre dans ce projet avec vous.

L’objectif est ainsi de vous donner un maximum d’informations afin de faire avancer votre réflexion sur des sujets, et que vous puissiez faire des choix éclairés, concernant par exemple le type de psychologue ou de courant qui pourraient vous convenir au mieux.

Afin d’approfondir les thématiques abordées, vous trouverez des sources et des liens en bas des articles, qui sont des invitations à approfondir les thématiques abordées, ainsi que des informations sur l’auteur. Nous vous proposons de les retrouver sur leur fiche weppsy ou via leur site si vous souhaitez les contacter. Par ailleurs, comme vous le savez, ces écrits ne pourront pas répondre totalement à une problématique spécifique et personnelle, mais seront, nous l’espérons, un point de démarrage et un début d’éclairage pour vous. Aussi, rien ne remplacera un entretien avec un psychologue.

Les auteurs de weppsy sont des psychologues cliniciens, du travail, ou chercheurs, qui travaillent dans différentes organisations telles que l’hôpital, l’entreprise, les écoles ou encore comme indépendant. Ils sont tous diplômés de l'Ecole de Psychologues Praticiens.

Vous trouverez ci-contre des catégories, qui évolueront et s’enrichiront au fil du temps, afin de pouvoir vous repérer au mieux et cibler vos recherches.

Maintenant, à vous d’explorer !

Episode 5 - Challenge confinement & weppsy - "Tout le malheur de l'Homme c'est de ne pas pouvoir rester au repos dans une chambre". - Pascal.

d'Heucqueville, Psychologue du travail)

par Pauline d'Heucqueville, Psychologue du travail
le 2020-03-28

Episode 5 - Challenge confinement & weppsy - "Tout le malheur de l'Homme c'est de ne pas pouvoir rester au repos dans une chambre". - Pascal.

« Quête futile mais désespérée que de supprimer l’incertitude… » 

  Montaigne


Nous avons entendu de nombreux spécialistes début mars qui minimisaient les effets de l’épidémie du coronavirus en mettant en avant les ravages annuels de la grippe saisonnière.

La grippe est une maladie connue et gérée chaque année par les autorités de santé, la pandémie du coronavirus nous a surpris, et c’est cet effet de surprise qui a des effets psychologiques. Non seulement ce virus est inédit, mais il est également difficile à contenir par les plus hautes autorités de santé.


L’incertitude face à l’avenir est vécue comme un problème majeur pour l’être humain qui n’a de cesse de chercher à s’adapter pour conserver l’équilibre de son organisme. Nous cherchons naturellement l’homéostasie. C’est le manque de maîtrise sur les événements qui nous perturbe : Nous n’aimons pas être ignorants, Nous détestons être surpris.


Le fait de ne pas maîtriser les événements va générer chez nous un fort sentiment d’inconfort. Le gouvernement, pour notre sécurité, nous impose de changer notre routine et de remettre en cause nos projets : pendant le confinement, je perds ma liberté d’aller et venir et mon sentiment de sécurité. Nous comprenons les raisons de ces mesures mais la forte demande d’adaptation psychologique qu’elles génèrent rend difficile l’accès à nos ressources internes pour y faire face.


L’effet de surprise de l’annonce de la pandémie puis du confinement est un moment de violence émotionnel très fort : l’épreuve du confinement ou de la quarantaine pour certains mais aussi la crainte de la maladie voire de la mort pour d’autres. Au-delà des contraintes, ce virus nous met devant notre impuissance pour nous maintenir en pleine santé.


Par effet, la peur d’être contaminé et la contrainte du confinement peut faire renaître des souvenirs d’événements traumatiques vécus et ainsi réveiller de l’anxiété, du stress, des symptômes dépressifs. Selon le vécu individuel, le confinement peut réveiller des traumatismes de guerre, des épreuves d’une maladie vécue, un éloignement subi…


« La colère est un acide qui peut faire plus de mal au récipient qu’à celui qui le verse »

  Sénèque


Nous sommes confrontés à la frustration depuis notre plus jeune âge, malheureusement l’expérience ne nous aide pas toujours à la gérer !

En psychologie, elle est décrite comme l’état d'insatisfaction provoqué par le sentiment de n'avoir pu réaliser un désir. Dans le cas du confinement ou de la quarantaine, le désir entravé ici est est celui de la possibilité de jouir d’une liberté fondamentale pour endiguer collectivement un problème de santé. Dans cet unique but, je dois gérer la frustration de ne pas sortir comme je le voudrais, de ne pas participer à des réunions d’amis ou familiales, de mettre en pause mes sorties culturelles, etc.


Le vécu individuel et les ressources perçues par l’individu vont guider notre manière de gérer notre frustration.

Durant le confinement chinois, une enquête réalisée dans plus de 36 provinces révèle que 35% des répondants pendant la quarantaine présentaient un stress psychologique modéré et 5,14% présentaient un stress psychologique sévère.


Plus largement, lorsqu’on étudie les effets des quarantaines, on s’aperçoit que les changements comportementaux prédominants sont la mauvaise humeur et l'irritabilité (73% et 64% des personnes interrogées).


Les études menées sur le sujet montrent que les symptômes s’amoindrissent chez la plupart 4 à 6 mois après la quarantaine.


On peut aisément imaginer que l’irritabilité et la colère, au-delà d’avoir une conséquence sur notre santé, ont des effets néfastes sur la qualité des relations que vous pouvez entretenir avec vos compagnons de confinement… et six semaines c’est long … !



« Ah ! Si c'était un tremblement de terre ! Une bonne secousse et on n'en parle plus... on compte les morts, les vivants, et le tour est joué. Mais cette cochonnerie de maladie ! Même ceux qui ne l'ont pas la portent dans leur cœur. » 

  Camus s’exprimait ainsi à propos de la peste il y a plus d’un demi-siècle.


D’aucuns trouveront pourtant cette citation particulièrement d’actualité. La situation que nous vivons est hors temps, comme un souffle du passé qui viendrait nous rappeler la fragilité de la condition humaine.

L’expérience d’isolement n’est pas évidente surtout parce qu’elle est contrainte et qu’elle vient en totale rupture avec nos modes de vie qui mettent en avant le voyage, la découverte, le bien-être : le mouvement.

La solitude est associée à la tristesse si ce n’est au macabre : on s’isole quand on est tristes et historiquement pour se préparer à la mort.

En ces temps si particuliers, voir l’isolement autrement pourrait presque être un acte citoyen, à l’heure où le personnel médical met sa vie entre parenthèses pour sauver les nôtres.

    Apprenons à "demeurer au repos dans une chambre " !





Pauline d’Heucqueville,

Psychologue, consultante pour le cabinet Stimulus

Sa fiche sur weppsy

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  1. Richard Lazarus et Susan Folkman, Stress, Appraisal and Coping, 1984

  2.  Louis Crocq, les traumatismes psychiques de guerre, 1999

  3. Dictionnaire de psychologie, Doron et Parot

  4.  The psychological impact of quarantine and how to reduce it : rapid review of evidence. Samantha K brook, Rebecca. K Webster, Louise E Smith, PHD, Lisa Woodland MSc,Simon Wessely, FMed Sci, Neil Greenberg et all, 2020

  5.  The experience of SARS-related stigma at Amoy Gardens, Sing Lee,Lydia Y.Y chan, Ami M Y Chau, Kathleen P.S Kwok, Arthur Kleinman, 2005

  6.  Mental health status of people isolated due to middle east respiratory syndrome, 2016



Episode 4 - Challenge confinement & weppsy - Trop de choix ! Pourquoi cette surabondance de propositions nous paralyse ?

Pichon, Psychologue et Coach en Transition Professionnelle)

par Cécile Pichon, Psychologue et Coach en Transition Professionnelle
le 2020-03-27

Episode 4 - Challenge confinement & weppsy - Trop de choix ! Pourquoi cette surabondance de propositions nous paralyse ?

 Voilà désormais plusieurs jours que vous êtes confinés chez vous. Vous recevez de toutes parts des suggestions d’activités pour mettre à profit cette

période à la maison : sport en ligne, journal de bord, podcasts culturels, idées pour occuper les enfants, recettes de cuisines, activités solidaires… Vous vous êtes enthousiasmés pour toutes ces bonnes idées qui font clairement chaud au cœur, mais au final vous ne savez plus trop où donner de la tête…


 D’un côté, nous sommes tous heureux d’observer la créativité et le positivisme des gens dans une situation de crise telle que nous la traversons. Mais nous nous sentons peut-être un peu tétanisés face à cette multiplication de propositions... Comment choisir, et comment être sûr que tout cela va-t-il vraiment vous aider ?


Pourquoi la multiplication des options nous tétanise : comprendre les mécanismes du choix


 La première chose qui semble ralentir notre capacité de trancher est notre disponibilité mentale… Dans le contexte d’épidémie, nombreux sont ceux qui s’inquiètent un peu pour eux et pour leurs proches, et se posent des questions quant à l’évolution de la situation. On peut alors comprendre que malgré toutes nos envies de nous distraire et d’organiser ce confinement pour qu’il soit confortable, une grande partie de notre attention est captée par le suivi des événements… Les questionnements nous prennent pas mal d’énergie, nous laissant peu de bande passante pour réfléchir aux sujets qui semblent moins essentiels. Difficile alors de prendre des décisions dans ce contexte !


 De plus, il y a eu tellement d’idées géniales proposées que l’on ne sait pas nécessairement par quel bout commencer. Et c’est normal, car il semblerait qu’avoir trop de choix complique nettement le processus de décision chez l’homme. En effet, d’après une étude de l’American Marketing Association en 1974, la surabondance de choix aurait des effets négatifs sur les mécanismes de choix des personnes (Overchoice Effect). Un psychologue américain, Barry Schwartz a lui observé des phénomènes similaires. Il explique que la multiplication des options lorsqu’on doit faire un choix peut avoir deux effets négatifs :

  • Une paralysie : lorsque l’on fait face à trop d’options, il devient complexe de décider

  • Une insatisfaction : une fois la décision prise, les personnes qui avaient à choisir parmi de multiples options ont davantage tendance à regretter leurs choix

 C’est un réel paradoxe, car si on pense que plus d’opportunités sont pour nous le signe d’une plus grande liberté, le tri à faire pour traiter l’info nous tétanise. Un excès d’idées d’activités aurait alors tendance à provoquer… notre inactivité !


 Par ailleurs, d’après les psychologues William Edmund Hick et Ryan Hyman, il existe une relation de cause à effet entre le temps de réaction d’une personne et les possibilités de choix auxquelles elle fait face. Plus les choix possibles se multiplient, plus le temps de décision augmente. Normal dans ce cas-là que nous n’ayons peut-être pas encore réussi à faire le tri de notre côté. La bonne nouvelle, c’est que du temps, nous allons en avoir, alors nul besoin de nous précipiter pour choisir et décider.


Décider ou choisir ?


 Mais d’ailleurs, quelle différence entre choisir et décider ? Pour le philosophe français Charles Pépin, il existe une réelle différence entre les deux verbes :


  • Choisir : choisir se fait rationnellement, en analysant et examinant les données à disposition pour réduire l’incertitude et sélectionner celle qui présente le plus d’avantages. En neurosciences, on pourrait dire que cela correspondrait à favoriser l’option qui apporte le plus de récompense, ou réduirait au maximum l’inconfort ou le niveau de risque.


Ex : entre deux émissions de divertissement, vous choisirez probablement la plus distrayante ou la plus abordable en terme de contenus, afin d’être sûr de passer la meilleure soirée possible


  • Décider : si les différentes options sont également attirantes, c’est là que survient la nécessité de décider, explique le philosophe. Il n’y a alors pas d’élément objectif pour nous aider dans cette sélection; il va falloir agir sans être sûr de prendre la meilleure option ! Et c’est souvent là que nous bloquons…


 Ex : choisir entre deux parfums chez le glacier est une pure affaire de décision


 Il décrit très bien cette différence dans son livre consacré à la confiance en soi, qui est primordial à consolider en ce moment. En effet, pour lui, la confiance en soi est notre capacité à agir même quand tout n’est pas maîtrisé. C’est ce savant mélange entre maîtrise et abandon : on est suffisamment entraînés pour savoir faire face à l’inconnu, l’imprévu. On commence à bien connaître la notion de l’imprévu en ce moment en tout cas !

 Si la question vous intéresse, vous pouvez écouter son intervention sur le sujet dans cette émission de France Inter : écouter l'émission ici !



Faire le tri et suivre son intuition


Beaucoup de temps et pas mal d’idées ou de suggestions d’occupations ? Tant mieux ! Cependant, si le confinement doit durer longtemps, il n’y a pas d’urgence à se ruer sur mille activités. Vous avez le droit de prendre votre temps.
Vous pouvez déjà faire faire un tri dans les différentes propositions pour les réduire en grandes catégories qui les regroupent. Le choix s’en trouvera facilité. Et surtout, vous pouvez faire abstraction de ces informations extérieures pour vous recentrer et réfléchir à ce que vous avez généralement envie de faire en temps normal, de manière instinctive, si vous viviez l’un de ces weekends pluvieux d’hiver qui donnent envie d’hiberner…


 En vous fiant à votre instinct, votre intuition, vous y verrez sûrement plus clair... Pas très rationnel comme mode de décision ? Pas si sûr ! Si la pensée analytique résulte d’une étude détaillée des données pour produire un raisonnement, il semblerait que la pensée intuitive, elle, se forme en lien avec notre mémoire émotionnelle des choses. Donc en fonction de notre expérience, en quelque sorte. Elle a donc toute sa place dans nos mécanismes de décisions !

 Janet Metcalf, responsable du laboratoire métacognition et mémoire à l’université Columbia décrivent bien ces deux « routes cérébrales » : l’une analytique qui fonctionne par étape, et l’autre qui fonctionne à notre insu, à une vitesse remarquable et qui permet d’arriver à une conclusion très rapidement. Le dramaturge Henry Bernstein parle bien de ce phénomène :

« L’intuition est comme l’intelligence qui a commis un excès de vitesse ». Alors, appuyons un peu sur le champignon !

 Conclusion, restons à l’écoute de notre intuition, elle peut vraiment nous aider à y voir clair. Et si nous nous sentons envahis pas les informations, positives et négatives, n’hésitons pas à vous débrancher plusieurs heures par jour de l’actualité. Quitte à ne rien faire !



Cécile Pichon

Sa fiche sur weppsy




Sources :

https://nesslabs.com/overchoice

https://www.ted.com/talks/barry_schwartz_the_paradox_of_choice?language=fr

https://www.usabilis.com/definition-de-loi-de-hick-loi-de-hick-hyman/

https://www.scientificamerican.com/article/can-we-rely-on-our-intuition/

https://www.sciencesetavenir.fr/sante/cerveau-et-psy/intuition-le-cerveau-en-roue-libre_104367

https://www.futura-sciences.com/sante/actualites/cerveau-cerveau-prise-decision-predite-11-secondes-avance-75329/

Charles Pépin : La confiance en soi. Allary Editions. 2018



Episode 3 - Challenge confinement & weppsy - Comment bien vivre son télétravail ? Conseils pratiques de psy !

Psychologues cliniciennes)

par Hermine Béthune et Amélie Champeix, Psychologues cliniciennes
le 2020-03-24

Episode 3 - Challenge confinement & weppsy - Comment bien vivre son télétravail ? Conseils pratiques de psy !

 Finis les métros bondés ! Terminés les déplacements qui fatiguent ! Au revoir voisins de trains ayant oublié le déo ou qui se racontent les derniers gossips détaillés de leur soirée trop arrosée ! On pourrait penser qu’il s’agit de vacances anticipées mais non, nous parlons de notre situation actuelle. En effet les évènements liés à la pandémie du Covid-19 nous obligent à des changements, certes temporaires, mais conséquents dans notre organisation quotidienne. Le confinement est déclaré et l’ordre du jour : rester chez soi. On est en mercure rétrograde ou quoi ?


 Cette mesure prise à contre cœur par la France, nous permettra néanmoins d’aider nos soignants dans la gestion de cette crise et diminuer la contagion. Il en va ainsi de notre responsabilité et nous allons relever le défi collectivement.


Certains découvrent ainsi le télétravail, ou s’ils le connaissaient déjà de façon ponctuelle, vont le pratiquer aujourd’hui plus intensivement. Maintenant, vous êtes chez vous et vous êtes l’Amiral de votre espace de travail ! Bon pour l’instant - on ne va pas commencer à se mentir - on en est plus au stade du petit mousse. Alors nous avons réuni ici quelques avis de télétravailleurs aguerris et de psychologues s’étant penchés sur la question du télétravail dans le cadre de leurs recherches, afin d’accéder au moins au grade de capitaine, le plus vite possible.  


La morning routine, nous garderons :


 « Je me souviens de la fois où tu es arrivé au bureau en boxer, les dents pas lavées et la gueule enfarinée, tu es resté comme ça jusqu’à 16h, c’était fun ! » Voilà une phrase que normalement vous n’avez pas dû entendre souvent dans la bouche de vos collègues. Et bien figurez-vous que pour le home office, il est important de rester celui qu’on est habituellement. Préserver au maximum sa routine du matin, quelle qu’elle soit (douche, radio, tartine, etc) aidera à maintenir un bon équilibre mental (Kowalski et Swanson, 2005). En effet, cette routine et cette tenue vestimentaire qui sont les nôtres quand nous travaillons, nous aident à délimiter le temps personnel et le temps de travail (Larry Kim, CEO of Mobile Monkey, 2015).


 D’autant qu’en maintenant ce rythme, les week-ends resteront marqués par cette décontraction qu’on aime tant. Celle qui nous permet de redevenir un « nous » plus cool et plus zen. Alors oui, cela se passera dans un même espace, mais non, on n’est pas prêts à oublier le plaisir d’un réveil qui sonne plus tard et d’enfiler un T-shirt à la place du costume !


L’espace, nous délimiterons :


 Avant toute chose, tentez de prendre le temps seul ou avec votre coloc, conjoint, enfant, chat… de délimiter l’espace et l’organisation de votre temps de travail. Décidez d’un lieu précis pour travailler (pièce, bureau, table etc) et organisez-le pour vous y sentir au mieux : lumière, plante, stylos, feuilles, pas loin d’une prise pour l’ordinateur. “Les frontières sont des limites physiques, temporelles, émotionnelles, cognitives et relationnelles qui définissent une entité comme séparée d’une autre. Les frontières sont doubles, au travail et dans le hors travail. Une frontière marque le point où les comportements relatifs à un domaine commencent et s’achèvent. La frontière définit un périmètre qui délimite un rôle”. (Dumas, Ruiller, 2014, p. 76)


 Ainsi afin de définir ces frontières, vous pouvez échanger avec les personnes vivant avec vous sur la nouvelle « symbolique » de ce lieu. Si vous habitez dans un château, un étage chacun et on n’en parle plus. Si vous habitez comme nous autres - commun des mortels - dans un petit deux pièces avec balcon d’1 m2 carré (qui fait habituellement notre fierté), effectivement, cela demandera un peu plus de logistique. Ainsi, si nous n’avons pas le luxe de pouvoir varier les espaces, il convient donc d’organiser une routine de fin de journée : fermer l’ordinateur, fermer sa trousse, rassembler ses affaires et dossiers dans un coin jusqu’au lendemain, etc. L’important est de marquer cette différence pro / perso !


 Bonne nouvelle pour nous : l’autonomie dans l’emploi et la flexibilité des horaires de travail ont un effet modérateur du télétravail sur le conflit travail-famille (Golden, Veiga et Simsek 2006). Une des raisons permettant d’expliquer cela réside dans la flexibilité temporelle (Tremblay, Chevrier et Di Loreto, 2006) autorisant notamment la prise de rendez-vous dans la journée, une source de diminution du stress relatif à la gestion de rôles multiples (professionnels et parentaux).


Voici par ailleurs un site mettant à disposition des ressources pour réussir son télétravail: https://www.challengeteletravail.com/, vous y trouverez des petites pépites !


A portée de main, nous garderons le temps :


 Sans ce collègue qui d’un regard vous fait comprendre que la pause-café ou le déjeuner est i.m.m.i.n.e.n.t, il sera moins spontané de se mettre en « pause ». Cette fameuse quinzaine de minutes pendant lesquelles d’habitude vous vous levez, entretenez une conversation où finalement vous vous déconnectez. Cette pratique fait consensus pour tous les télétravailleurs : pensez à faire des pauses ! Vous en feriez sur votre lieu de travail, conservez-en quelques-unes (en plus de la pause déjeuner). Si vous réalisez beaucoup de travail sur écran, profitez de ces pauses pour regarder au loin, cela soulagera notamment vos yeux.


 Il paraît aussi pertinent de décider en concertation avec votre équipe et / ou responsable d’horaires minimum et maximum pendant lesquels vous devez être joignable (exemple : 09h-12h / 14h-16h30). En dehors de ces horaires, vous organisez votre travail comme vous le souhaitez et avez donc le droit de ne pas répondre à toutes les sollicitations.


 Comme nous le rappelle Shannon Belew (2020) : le suivi du temps ne vous encouragera pas seulement à interrompre efficacement votre journée de travail, cela vous aidera également à maintenir des heures de travail régulières.


 Pourquoi ? Et bien parce que des émotions négatives telles que l’irritabilité, la solitude, ou l’anxiété ou encore la culpabilité (Mann et Holdsworth, 2003) peuvent émerger pour certaines personnes et sont associées à un travail difficilement délimité ou à une difficulté à le stopper (Baines et Gelder, 2002 ; Derks et Bakker, 2010) et ce en raison de l’absence de repères temporels. Même si votre travail est à la maison, il faut trouver la force d’ouvrir cette porte le matin et de la fermer le soir. A ce titre, tentez d’organiser précisément quelques objectifs pour votre journée et anticipez si possible la semaine pour vous rendre compte de vos avancées.


Le lien social, nous cultiverons :


 En fonction de vos habitudes de travail, n’hésitez pas à proposer des points réguliers avec vos collègues et votre manager sur les tâches accomplies, les difficultés, les idées d’amélioration etc. Ce peut être un point rapide en début ou fin de journée ou tous les deux jours par exemple. Pour cela - outre whatsapp avec ses 20 conversations actives qui tonnent dans tous les sens - vous pouvez convenir ensemble d’un système de communication qui convienne à tout le monde (collaborateurs et manager), en fonction des moyens de communication à disposition : téléphone ? mail ? téléconférence possible ?


 Il existe aussi des applications permettant de faire des listes de tâches collaboratives, visibles et modifiables par tous les collaborateurs. Ceci permet aussi d’établir une forme de confiance avec les collègues, qui voient concrètement ce sur quoi on avance.


 Il est souvent relevé que plus le télétravail se fait de manière continue, régulière, plus il peut avoir des effets négatifs sur le sentiment d’appartenance du salarié au collectif mais aussi sur les marques de reconnaissance du collectif envers ce travailleur (Klein et Ratier, 2012). Si vous avez des collègues dont vous êtes proches, n’hésitez pas à garder vos habitudes avec eux : s’appeler quelques minutes lors d’une pause-café le matin ou l’après-midi, ou à la pause déjeuner. N’hésitez pas non plus lors de votre pause déjeuner ou le soir sur votre temps personnel à prendre des nouvelles de vos proches : téléphone, mail, skype, whatsapp, lettre manuscrite, hiboux : nous avons l’embarras du choix !


 Dans les études que nous avons consultées (bibliographie en fin d’article), le risque principal du télétravail en continu comme nous le vivons actuellement, semble être l’isolement. Ainsi rester en contact avec vos collègues et vos proches permettra de minimiser ce sentiment. Du sentiment d’isolement peuvent naître différentes manifestations telles qu’une tristesse grandissante, une impression de vide, d’être seul face à ses émotions. Donc n’hésitons pas à faire du lien, il s’agira d’un bon allié anti-dépresseur qui présente l’avantage de ne pas avoir d’effets secondaires et d’être particulièrement efficace !


 Certaines ressources mises en ligne par Simundia: https://www.simundia.com/inscription-gratuite?hs_preview=CsJJrcvk-27222137781 pourront vous éclairer à ce sujet !


La bonne respiration, nous utiliserons :


 C’est le moment de se reconnecter à l’instant présent, parfait allié pour gérer son stress et accompagner sa concentration. Redécouvrons le concept de « prendre du temps » pour aller faire vos courses alimentaires, sortir votre chien, descendre les poubelles, etc. Des exercices de pleine conscience autour des 5 sens sont intéressants pour redécouvrir notre environnement. On trouve toujours des choses nouvelles autour de soi !

 Les applications et vidéos tuto foisonnent sur le web afin de vous proposer le meilleur accompagnement dans ces pratiques. Nous y consacrerons un article mais voici déjà quelques recommandations d’applications et de vidéos:


En français :


  • Petit Bambou: programme gratuit de 8 jours (12 minutes par jour environ) avec des vidéos illustrant certains concepts.

  • Respirelax: une application gratuite de cohérence cardiaque qui permet d’accéder rapidement à la respiration relaxante.

  • https://sofrocay.com/, site présentant la Sophrologie Caycedienne et proposant des podcast pour commencer à pratiquer


En anglais :


  • Headspace : Un programme de méditation est maintenant déverrouillé dans l’application Headspace. Intitulé: Weathering the storm. Il comprend des exercices de méditation (en anglais et en français), de sommeil et de mouvement conçus pour vous guider à travers cela.

  • Buddhify

  • Une courte vidéo Youtube de Headspace pour faire une mini relaxation : à découvrir ici !

  • OpenMind : https://lab.omind.me/blog/ dont vous trouverz l’application smartphone via l’url: https://apps.apple.com/us/app/better-self/id1401877652 


Nous vous conseillons aussi vivement le programme de notre collègue Juliette Lachenal de Peppsy, qui propose un guide du confinement anti-stress avec une newsletter, une réelle mine d'or : Cliquez ici pour découvrir son site et s'inscrire !

 Finalement aujourd’hui, l’enjeu est d’organiser, de séparer temps de travail et temps de vie personnelle alors que tout se passe dans un même espace physique. Nous espérons que dans ces différentes suggestions vous piocherez et vous pourrez vous approprier ce qui vous convient le mieux.


 Même si chacun d’entre nous rencontrera des difficultés, n’oublions pas l’intérêt publique de rester chez nous. Gardons en tête l’aspect « provisoire » de la situation. Plus nous serons rigoureux et plus nous pourrons rapidement reprendre la route de notre quotidien habituel !



Amélie Champeix et Hermine Béthune



Sources :


- BAINES, S. et GELDER U.(2002), “What is family friendly about the workplace in the home ? The case of self-employed parents and their children”, Technology, Work and Employment, Vol. 18, n° 3, p. 223-234.

- Dumas, M. & Ruiller, C. (2014). Le télétravail : les risques d'un outil de gestion des frontières entre vie personnelle et vie professionnelle ?. Management & Avenir, 74(8), 71-95. doi:10.3917/mav.074.0071.

- DERKS, D. et BAKKER, A.(2010),“The Impact of E-mail Communication on Organizational Life. Cyber psychology”, Journal of Psychosocial Research on Cyberspace, 4(1), article 1. 

- GOLDEN, T.-D., VEIGA J.-F. et SIMSEK Z.(2006),“Telecommuting’s differential impact on work-family conflict : Is there no place like home ?”, Journal of Applied Psychology, Vol. 91, n° 6, p. 1340-1350.

 - KLEINT. et RATIER D.(2012), « L’impact des TIC sur les conditions de travail », Centre d’Analyse Stratégique, La documentation française, Rapports et documents, n° 49, 328 p.

 - MANN, S. et HOLDSWORTH L. (2003), “The psychological impact of teleworking  : Stress, emotions and health”, New Technology, Work and Employment, Vol. 18, p. 196-211

 - KOWALSKI, K.-B. et SWANSON J.-A. (2005), “Critical success factors in developing telework programs”, Benchmarking : An International Journal, vol. 12, p. 236-249.

 - TREMBLAY, D.-G., CHEVRIER C. et DI LORETO M. (2006), « Le télétravail à domicile : Meilleure conciliation emploi-famille ou source d’envahissement de la vie privée ? », Revue Interventions Economiques, Vol. 34, p. 1-16.



Episode 2 - Challenge confinement & weppsy - Comment la gratitude peut nourrir nos journées?

Ribeyre, Psychologue clinicienne)

par Laetitia Ribeyre, Psychologue clinicienne
le 2020-03-19

Episode 2 - Challenge confinement & weppsy - Comment la gratitude peut nourrir nos journées?

 La psychologie positive est un courant récent et passionnant qui pose une question nouvelle dans l’étude de la santé mentale : que font les gens qui vont bien pour maintenir cet état de contentement ou de bonheur ? Comment “améliorer des vies normales” ? Nos vies ne sont pas vraiment "normales" en ce moment, mais les apports de cette théorie vont nous faire du bien !

Martin Seligman, chef de file de ce mouvement né aux Etats Unis, n’était plus satisfait de “ramener ses patients dépressifs à zéro”, c’est-à-dire de leur apprendre à ne plus aller mal, mais sans qu’ils sachent profiter de la vie, ressentir du bonheur, savourer les moments, etc...

Pour comprendre son cheminement, voici sa conférence.


 Ainsi, avec ce que nous traversons tous actuellement, j'aimerais vous inviter via cet article à réaliser quelques exercices phares de la psychologie positive. Ils sont simples, très efficaces et validés scientifiquement.


Le premier est l’exercice de gratitude. 


 Gratitude en ces temps de confinement ? Je sais que cela peut paraître "dingue", mais écoutez-moi jusqu’au bout ! Vous connaissez peut-être déjà cet exercice grâce au livre de Florence Servan Schreiber, “3 kifs par jour”. Elle a été la première française à introduire cet exercice en France. “Je me rends compte de la quantité de merveilles qui proviennent de l’extérieur de nous”. Elle nous en parle dans cette vidéo


A quoi ça sert ?


 La proposition est simple : le soir, posez vous et trouvez trois choses pour lesquelles vous éprouvez de la gratitude aujourd’hui. L'intérêt de cet exercice est double :


  • nous avons la fâcheuse tendance à conclure nos journées en nous focalisant sur le négatif. Les émotions négatives retiennent davantage notre attention et prennent plus de place dans notre mémoire. Avec cette proposition, vous terminez la journée en vous focalisant sur le positif, l’essentiel. Je suis en bonne santé, ma famille aussi. J’ai eu un bel échange avec mon compagnon, mes enfants. C’est un confinement, mais il n’y a pas de zombies. J’ai réussi à travailler aujourd’hui, d’autres ne peuvent pas le faire, etc.

  • savoir que l’exercice va clore votre journée vous met dans un état de recherche durant la journée: qu’allez-vous noter ce soir ? Vous avez donc une attention toute particulière pour ces moments-là lorsqu’ils se déroulent, et vous les savourez d’autant plus.


 Pour Tal Ben Shahar, autre figure marquante de la psychologie positive, les effets de la gratitude sont exceptionnels ! Comparé à un groupe contrôle, le groupe qui faisait l’exercice de gratitude appréciait davantage sa vie et les gens qui le composaient étaient plus heureux, plus déterminés, plus énergiques et plus optimistes. On ne dit pas non à ça en ce moment, n'est-ce pas? Lui-même fait cet exercice tous les soirs à l’oral avec ses enfants, le transformant en moment de partage. A essayer avec vos enfants, vos colocs, votre compagnon ou vos amis !


 David Steindl-Rast est un moine qui prône aussi l’importance de la gratitude. Comment imaginons-nous notre bonheur, ce but que nous avons tous en commun ? Nous pensons que les gens heureux ont de la gratitude. Mais ce sont les gens qui ont de la gratitude qui sont heureux !

Il estime que la reconnaissance fondamentale vient du fait que chaque moment nous est “offert”, comme un cadeau et détient un immense potentiel, un immense champ des possibilités. Il nous rassure, on ne doit pas ressentir de la gratitude pour un évènement difficile (ouf, on est sauvés !), mais plutôt face à l’opportunité que ce moment difficile nous offre (écrire des articles pour aider le grand public pour nous par exemple !).
 Aujourd’hui, ce confinement fait émerger tellement de créativité, d’élans de solidarité : là est notre opportunité. Pourquoi pas se servir de cette épreuve et lui donner un sens? Au quotidien, cette gratitude nous fait tenir, et ce sens nous fera accepter cette difficulté sur la durée. “L’opportunité, la possibilité, est le cadeau au sein de chaque cadeau”. C’est-à-dire que chaque moment est un cadeau en soit, et que le potentiel qui existe au sein de ce moment est également un cadeau. On aura besoin de quelques jours de confinement pour méditer ces mots puissants ! Ici, pour regarder sa conférence.


Comment je fais cet exercice ?


Je me mets au calme, et j’essaie d'être dans l’instant présent. Je prends l’exercice au sérieux ! 

Un conseil est de visualiser ou d’essayer de tenter d’éprouver à nouveau l’expérience que l’on cite. Par exemple, si je note “mon apéro visio avec mes amis”, j’essaie de me focaliser sur ce moment et de ressentir à nouveau le sentiment de ce moment.

Si vous voulez une application, plutôt que de noter dans un carnet, pour répertorier vos listes de gratitudes vous en avez de nombreuses qui sont gratuites : Bliss, Presently, Gratitude Journal, etc. L’application vous enverra un petit rappel à l’heure que vous souhaitez !


Une chaîne Youtube très originale et drôle, Soul Pancake (Pancake de l'âme, oui oui !) propose des vidéos qui illustrent de nombreux exercices de la psychologie positive d’une façon ludique et souvent poignante. Voici l'exercice de gratitude en action !

Le psychologue norvégien, Atle Dyregrov, rappelle que pour mieux vivre la quarantaine, il faut savoir se rappeler que l’on est en train de mettre en place un comportement civique et altruiste en restant confinés, et nous devons en être fiers.


Laetitia Ribeyre

Profil weppsy de l'auteure

Episode 1 - Challenge confinement & weppsy - Et s'il y avait un cadeau ... bien caché ? Réflexion sur la notion de deuil.

Dufetel-Drouglazet, Psychologue Clinicienne)

par Tiffanie Dufetel-Drouglazet, Psychologue Clinicienne
le 2020-03-19

Episode 1 - Challenge confinement & weppsy - Et s'il y avait un cadeau ... bien caché ? Réflexion sur la notion de deuil.

 Nous sommes face à une situation inédite. Un confinement pour la majorité d’entre nous, avec quelques sorties autorisées. D’autres sont toujours sur le pont, avec autorisation de travail pour continuer un semblant de vie ou maintenir l’aide aux plus fragiles. Il nous faut alors renoncer à nos libertés individuelles au profit d’une cause plus grande que nous, limiter la propagation de ce virus et sauver des vies. Chaque jour apporte son lot de nouveaux cas, de vies volées…Il me semble que la confrontation même indirecte à la mort dans ce contexte mais aussi au renoncement à notre vie d’avant, même temporairement, justifie l’utilisation du mot deuil.


Dans ce contexte, quel cadeau ?


 Pour le comprendre, penchons nous sur les différentes étapes de deuil. En 1975, la psychologue Elisabeth Kübler-Ross, s’intéresse aux processus que nous traversons lorsque nous sommes confrontés à la mort. Elles permettent de comprendre le processus que nous traversons face à la perte. Dans ma clinique, je trouve que cette théorie des étapes du deuil, peut se transporter de manière très aidante, sur de nombreuses situations où nous sommes confrontées à une nouvelle brutale, parfois traumatique mais pas toujours, mais surtout à la situation de changement majeur ou de porte.

Et là nous y sommes…
 Malheureusement, parfois la perte d’un être proche. Et plus fréquemment une période de grande déstabilisation sociale qui induit des bouleversements psychiques : perte de nos repères, perte de nos certitudes, perte de nos convictions, perte de nos libertés, perte d’une forme de spontanéité…Freud ( 1915) définit le deuil : « Le deuil est régulièrement la réaction à la perte d’une personne aimée ou d’une abstraction venue à sa place, comme la patrie, la liberté, un idéal, etc… ».

 

Ces phases ne sont pas nécessairement linéaires, la personne peut réaliser des retours en arrière afin de poursuivre son cheminement. De même, des nuances existent. Cliquez ici pour voir un schéma qui permet de mieux comprendre.

Après l’annonce, vient la phase de déni. Il s’agit d’une manière pour le psychisme de se défendre face à un événement non élaborable dans un premier temps.Nous l’avons certains ont continué ou tentent de continuer leur vie comme si de rien n’était et que le coronavirus n’était pas là.


Survient ensuite la colère. Elle peut cibler différentes victimes. La sinophobie s’y inscrit.


Puis la négociation arrive, devant l’incapacité de la colère à solutionner le problème. Il s’agit de marchander avec une entité extérieure toute puissante : Dieu, le hasard, la chance. Peut-être les complotistes peuvent-ils être considérés comme étant bloqués dans cette phase ?


Puis l’impuissance face à la situation, entraine la personne dans une phase de dépression. L’avenir semble irrémédiablement compromis. Nécessaire, elle marque une phase de transition vers l’acceptation du deuil. Une fois la perte assimilée, notre ressenti est moins intense, même s’il peut rester des moments difficiles. Les yeux se tournent alors vers le futur. La situation devient acceptable pour le psychisme.


Puis vient le pardon, l'acceptation : se pardonner à soi-même, renoncer à l’illusion de la toute puissance, puis pardonner aux responsables de la perte.


Enfin, la quête du sens et du renouveau, permettent la révélation du Cadeau caché. Qu’est-ce que ce moment douloureux m’a permis ? Qu’est-ce que j’ai appris ? Qu’est-ce que j’ai réalisé lors de cette période difficile? Grâce à …. j’ai pu…


Alors dans un premier temps, accueillons les émotions qui nous traversent quelles qu’elles soient. Elles sont légitimes et ont une fonction : nous accompagner vers un nouvel état de sérénité. 
Parlons-en avec nos proches, cela nous aidera à mieux les vivre. Puis, réfléchissons à ce cadeau caché. Trouver du sens aux évènements permet de diminuer le vécu d’impuissance très désagréable et parfois très déstructurant. Comment y voir un cadeau ? Quel sens ? Comment transformer cette situation qui nous est imposée en en faisant quelque chose dans lequel nous avons le « pouvoir » ? Comment agir pour ne plus subir ?


Voici ma réflexion.


 Cela fait des années plus particulièrement des mois, que la situation écologique me préoccupe voire m’alarme et m’angoisse. Malgré des actions concrètes sur le plan personnel et social, le découragement me guettait avec l’impression de vider la mer à la petite cuillère. Quels effets ? Si ce n’est celui d’avoir tenté, de ne pas être resté impassible.

 Aujourd’hui, dans ce quotidien source d’insécurité, de belles nouvelles nous rejoignent toutefois : la pollution atmosphérique a fortement diminué en Chine, en raison de l’arrêt des industries notamment ; nous n’entendons presque plus que le bruit des oiseaux et des rires des enfants ; les canaux de Venise sont propres et des poissons y nagent à nouveaux, des actions de solidarités émergent …


Ce joli texte de Catherine Testa diffusé sur les réseaux m’a beaucoup parlé :


                        "Et les français restèrent chez eux

                        Et ils se mirent à lire et à réfléchir.

                       Et ils n’oublièrent plus de prendre des

                         nouvelles de leurs proches.

                        Dans l’incertitude de demain, ils

                       comprirent enfin ce que voulait dire

                         profiter de l’instant présent.

                      Progressivement les publicités vantant des

                      produits dont ils n’avaient pas besoin leur

                         semblèrent bien vides.

                            Et ils comprirent.

                           Ils n’étaient pas en train 

                         de survivre mais bien de vivre.

                        On venait de leur faire un cadeau

                       incroyable : on leur avait offert du temps.

                       Et la terre les trouva digne d’elle et elle

                        commença à respirer à nouveau"


 Alors malgré les doutes, les incertitudes et la peur, c’est bien pour moi, étrangement peut être mais l’optimisme qui domine.Un autre monde serait-il possible ? Il aura fallu passer par cette pause imp(au)osée pour changer de paradigme : mettre les usines, les avions, les machines et le travail à l’arrêt.Et être forcé de s’arrêter, de ne plus circuler… Papiers s’il vous plaît !

 Se re-centrer sur le privé. Se pauser, penser, respirer… un air presque pur ! Prendre le temps de faire tout ce que l’on n’a jamais le temps de faire. Regarder, observer, être disponible… pour voir la beauté de notre nature, bourgeonnante.  Et alors quelle chance pour nos enfances ce bouton « pause » activé ! Préservons leur innocence de l’enfance, rassurons-les comme nous le pouvons. Malgré les difficultés de télétravailler à leur côté, nous allons pouvoir leur offrir le plus beau cadeau qui soit : la présence. Combien sommes-nous à regretter de ne pas être assez là, assez disponibles, de voir le temps filer et nous lui courir après ? Prenons le temps avec nos enfants. C’est ce qui va contribuer à remplir leur réservoir affectif et à leur permettre de faire grandir leur sécurité interne. C’est cette sécurité affective et émotionnelle qui va les guider toute leur vie durant.


Etre là, juste là.


 Les professionnels de l’enfance et de l’éducation s’accordent tous à dire : on ne peut s’improviser enseignant et un enfant ne peut perdre si rapidement son niveau scolaire. Il lui faudra peut être une semaine pour reprendre le rythme mais qu’importe, ce qu’il aura vécu est une expérience sans précédent. Alors quel cadeau de pouvoir profiter de nos enfants, les voir grandir et devenir sous nos yeux. Oui, c’est fatiguant, parfois éprouvant car l’enfant déstabilisé vient décharger auprès des figures qui sont ses parents, toutes ses ressentis.

 Alors comme nous avons accueilli nos émotions, accueillons les siennes, mettons des mots dessus : « Je vois que tu es…. », « C’est une grosse colère/tristesse »… Décrivez ce qu’il manifeste dans son corps, ce que vous observez. Soyons compréhensifs, c’est difficile aussi pour nous, alors pour nos enfants, dont le cerveau ne sera totalement mature qu’à…. 21 ans ! On imagine le tsunami émotionnel…La verbalisation en miroir, sans jugement, permet souvent un apaisement rapide des décharges émotionnelles intenses. Etre parent pour soi, présent, être là, juste là, malgré les incertitudes, les doutes, la tristesse et la peur parfois.

Être là…. Avec Sénèque qui nous dit dans une toute petite voix : La vie ce n’est pas d’attendre que les orages passent, c’est d’apprendre comment danser sous la pluie.


Tiffanie Dufetel-Drouglazet

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Sources :

- Kübler-Ross, E., 1975. Les derniers instants de la vie. Labor et Fides, Genève

- Freud, S., 1976. Deuil et Mélancolie. Métapsychologie. Gallimard, Paris.





Dossier Eclairage: Qu'est-ce que la Psychanalyse ?

Faucheux, Psychologue Clinicien)

par Hugues Faucheux, Psychologue Clinicien
le 2020-03-17

Dossier Eclairage: Qu'est-ce que la Psychanalyse ?

 Comment définir la psychanalyse ? C'est une question complexe et d'une brûlante actualité (une fois de plus). Les débats autour de la psychanalyse furent encore très endiablés dans la presse lors du 50ème anniversaire de la mort de Sigmund Freud l'année dernière.

 

Comme le rappelle Edgard Morin, si le monde pose des questions complexes, nous nous devons d'y apporter des réponses complexes. Les lignes qui vont suivre n'ont pas la prétention d'apporter ces réponses, ni l'objectif de défendre ou de montrer la supériorité de ce modèle sur un autre, mais plutôt d’approcher de manière « complexe » la psychanalyse, et en particulier la psychothérapie psychanalytique.


Replacer la psychanalyse dans son histoire


 Un élément que nous n'aurons pas le temps de détailler au sein de cet article, mais qui nous paraît primordial pour bien comprendre ce que recouvre la psychanalyse, serait de replacer cette science ? Cet art ? Dans son histoire. Replacer en effet la psychanalyse dans son histoire nous permettrait de dessiner son contexte d'apparition, ses influences, mais aussi son évolution. La psychanalyse naissante, du début du XXème siècle à Vienne, était sûrement bien différente de celle des années 60 à Paris ou encore des théories psychanalytiques actuelles. Ce travail historique permettrait aussi de replacer la psychanalyse dans l'histoire de la psychologie, discipline finalement très récente (1889 en France avec Théodule Ribot) mais qui prend en revanche sa source depuis l'antiquité par un questionnement existentiel que l'on retrouve dans l'étymologie "Psyché-logos" : discours sur l'âme.


Tentative de définition : une ou des psychanalyses ?


 Si nous laissons avec regret ce travail historique de côté, nous souhaitons nous concentrer sur une tentative de définition, car lorsque nous parlons de psychanalyse, finalement de quoi parlons-nous ? 

 De l'inconscient, de l'analyse des rêves, d'une vision de l'homme et de la femme, de la société, ou encore de la maladie mentale ? En effet, comme le rappelle Laplanche et Pontalis dans leur Vocabulaire de Psychanalyse, il y aurait « trois psychanalyses ». 

 La première serait ce procédé d'investigation de l'inconscient, une méthode pour accéder à cette partie "non-consciente" du sujet (comme disent d'autres modèles). 

 La deuxième : l'ensemble des théories psychologiques que recouvre la psychanalyse. D’ailleurs, elles aussi ont évolué au cours de l'histoire et sont parfois passées dans le langage courant : tel le complexe d'Œdipe, les lapsus, ou encore le refoulement (au risque d’être simplifiés et de perdre la complexité qui entoure ces éléments théoriques).

 Enfin, et c'est ce point que nous détaillerons plus loin, lorsque nous parlons de psychanalyse nous évoquons aussi le modèle thérapeutique : la cure ou la psychothérapie psychanalytique ; avec ou sans le fameux divan.

 Aujourd'hui, nous dénombrons plus de trois cents modèles de psychothérapies, alors comment s'y retrouver ? Si nous reprenons le troisième point de définition du Vocabulaire, les auteurs nous disent que la psychanalyse est : " une méthode psychothérapeutique fondée sur cette investigation (des processus inconscients) et spécifiée par l’interprétation contrôlée de la résistance, du transfert et du désir." Sans développer ces différents points théoriques ici, nous pourrions avancer dans un premier temps l’idée que, lorsqu’une psychothérapie s'appuie sur le modèle psychanalytique, cette psychothérapie s'attache plus à une vision holistique du sujet qu'à un travail sur une problématique spécifique.

 

Les autres modèles de psychothérapies ne s'occupent pas seulement du symptôme (ce serait les caricaturer) et écoutent bien évidemment le patient dans sa globalité, mais la spécificité du modèle psychanalytique tient dans son travail de compréhension de la subjectivité du sujet en étant à l'écoute de sa réalité psychique.
 Nous pourrions dire que ce type de psychothérapie est moins stratégique, moins "centrée sur le problème", mais qu'elle tente, à partir du problème posé par le patient, d'amener ce dernier à reprendre une prise sur son histoire, ses répétitions et donc son fonctionnement actuel, car tout serait lié. Comme toute psychothérapie, l'objectif reste le changement, mais ce changement est plus interne qu'externe. Cela entraîne évidemment des répercussions dans la vie externe du sujet, mais cela n'est peut-être pas l'objectif premier du travail thérapeutique ou le changement recherché à tout prix.


Le cadre de la psychothérapie psychanalytique


 Pour terminer, nous pourrions rappeler rapidement le cadre de la psychothérapie psychanalytique (nous laissons de côté sciemment la cure psychanalytique moins présente aujourd'hui et plus spécifique). La première règle, que Freud avait détaillée en son temps et qui est restée comme un élément central de ce modèle, serait de dire tout ce qui nous passe par l’esprit sans rien n’omettre ni retenir - à la manière, rappellera le médecin viennois, d’un voyageur en train qui regarderait le paysage défiler et le décrirait à son compagnon de voyage. Ce principe de libre association donne en effet cette tonalité très ouverte et libre du discours. Enfin, la fréquence des rencontres est variable en fonction des patients et des demandes, mais on pourrait dire qu'une fois par semaine est un minimum, pouvant aller jusqu'à deux à trois fois par semaine dans le dispositif de la cure. Sur la durée, il n'y a pas de règle, l'objectif n'étant pas fixé sur une problématique précise, cela peut varier de plusieurs mois à plusieurs années.

 En conclusion, nous avons tenté de montrer rapidement comment la psychanalyse renvoie en même temps à un modèle de psychothérapie avec ses spécificités, et à un ensemble de théories psychologiques. Si ces éléments sont indissociables, il reste parfois judicieux de les distinguer. Enfin, un des éléments théoriques de la psychanalyse réside dans l’idée qu'il n'y a pas de différence de nature entre le normal et le pathologique, mais une différence de degré.
Nous serions tous constitués de cette même réalité psychique façonnée par notre histoire passée, notre environnement et nos évènements de vie qui feraient bouger ce curseur. 
 Au-delà d'une vision holistique du sujet, nous retrouvons pour notre part une vision humaniste dans cette approche de la subjectivité et de la singularité humaine. Zweig, à sa manière, avait décrit en son temps une certaine vision du sujet que nous pouvons rapprocher de la posture que nous tentons d’avoir en tant que thérapeute : « Comprendre même ce qui est le plus étranger, juger toujours les peuples et les époques, les personnages et les œuvres uniquement sous leur aspect positif et créatif et, à travers ce vouloir comprendre, servir humblement mais fidèlement notre idéal indestructible : la compréhension humaine entre les hommes, les manières de penser, les cultures et les nations. » (Zweig, S. 1937)


Hugues Faucheux

Sources:



Dossier Eclairage : Qu'est-ce que la Thérapie Comportementale et Cognitive (TCC). Une interview avec Damien Fouques

Fouques, Psychologue clinicien et Maitre de Conférences)

par Damien Fouques, Psychologue clinicien et Maitre de Conférences
le 2020-03-10

Dossier Eclairage : Qu'est-ce que la Thérapie Comportementale et Cognitive (TCC). Une interview avec Damien Fouques

Damien Fouques est psychologue, psychothérapeute, pratiquant la TCC et la thérapie EMDR. Formateur et superviseur en TCC à l’AFTCC, il est actuellement Maître de conférences en psychologie clinique empirique et TCC à l’université de Paris Nanterre. Il y conduit des recherches sur les syndromes psychotraumatiques, le surpoids et l’obésité et la question de l’évaluation psychologique en général.

Il est diplômé de l’EPP (promotion 1997), et des universités de Nanterre et de Dijon. Il a exercé auprès d’adultes, à l’hôpital ainsi qu’en libéral. Il a enseigné à l’EPP Lyon et Paris pendant 18 ans le test de Rorschach en Système Intégré, la psychologie clinique et une initiation aux TCC.


Dans le cadre de PsyYou pourriez -vous nous aider à appréhender la TCC aujourd’hui par quelques repères historiques et épistémologiques, mais aussi méthodologiques, d’observations de pratique ?


 La grande particularité de la TCC par rapport aux autres thérapies, est qu’elle est née dans le laboratoire. Ce n’est qu’ensuite qu’elle s’est exportée à la pratique clinique, auprès de patients. Les premiers travaux remontent au début du XXe siècle, durant les années 20, mais il faudra attendre beaucoup plus tard, vers les années 50, pour que les applications en clinique commencent à se diffuser. En France, l’AFTC (Association Française des Thérapies Comportementales) à l’époque, réunion de quelques rares cliniciens, psychologues et psychiatres, ne date que de 1971. Depuis, le développement de la TCC ne cesse de croître en France, même si nous conservons un certain retard par rapport à d’autres pays. Si, durant les années 80, la deuxième vague (approche cognitive) a permis au modèle de s’enrichir et de continuer à se développer, le réel boom de développement s’est produit, il me semble, il y a environ 10 ans, avec les thérapies TCC dites de 3ème vague incluant la Pleine Conscience ou encore la Thérapie d’Acceptation et d’Engagement (ACT). Ce boom a permis une plus grande diffusion auprès du grand public et une meilleure connaissance des TCC.


Quels sont les troubles ou les types de patients pour lesquels vous conseilleriez une TCC ?


 C’est une question délicate, que ce soit pour la TCC ou pour n’importe quelle forme de thérapie. Il me semble qu’il est très difficile de parler d’indication uniquement en termes de pathologie. Cette question est d’ailleurs un champ de recherche passionnant, insuffisamment défriché à ce jour.

 Bien sûr, du fait de la filiation expérimentale de la TCC, cette dernière se prête beaucoup à une approche scientifique empirique et donc elle a tout de suite eu à cœur de tester son efficacité par le biais d’études scientifiques rigoureuses. Pour montrer l’efficacité, on a dû isoler des groupes de patients en fonction de leurs pathologies (Trouble Anxieux Généralisé, état de stress post traumatique ...). C’est grâce à ces études que l’on sait que les TCC sont efficaces pour les troubles anxieux, les troubles sexuels… On sait également, par exemple, que si on associe cette thérapie à un traitement par antidépresseur, on fait baisser nettement le risque de rechute chez des patients souffrant de dépression.

 Pour des questions méthodologiques, on a dû écarter de ces études les patients présentant d’autres troubles au même moment (ce qu’on appelle des comorbidités). Ce qui fait que l’on a inclus dans ces études des patients “purs”, qui ne correspondent que partiellement aux patients rencontrés en pratique clinique institutionnelle ou libérale, pouvant eux présenter de l’anxiété et bien d’autres troubles (addiction, scarifications, trouble de la personnalité, etc). Il est alors plus difficile de se référer aux recherches existantes.

 C’est d’ailleurs une des raisons pour laquelle un des nouveaux développements très prometteurs des TCC s’appuie sur l’approche dite transdiagnostique. Il s’agit non plus de se centrer sur les pathologies, mais sur les processus communs que l’on va retrouver dans différentes pathologies (ex. : l’évitement émotionnel, les biais attentionnels, les ruminations, …)


 Au-delà de la question du diagnostic, les caractéristiques personnelles du patient (traits de personnalité, mécanismes de défenses, antécédents…) et notamment ce que l’on pourrait appeler son « épistémologie personnelle », doivent correspondre à la philosophie du traitement TCC.


Quels éléments expliquent l’efficacité de la TCC ?


 En TCC, la démarche est très active du côté du patient comme du thérapeute. Un contrat s’établit donc entre eux avec une définition précise et consensuelle des objectifs thérapeutiques. On demande alors au patient de s’observer selon une grille d’apparence simple. Il aura ainsi à observer dans les situations qui lui sont problématiques ce qu’il pense (cognitions), ce qu’il ressent (sensations, émotions), et ce qu’il fait (comportement). Avec l’aide du thérapeute, les difficultés son conceptualisées, ce qui permet de définir une stratégie thérapeutique. Le patient devra alors s’impliquer dans des actions, des tâches définies ensemble pour permettre progressivement le changement, par le biais de nouveaux apprentissages, allant dans le sens des objectifs, d’un mieux-être.

 On retrouve ici pleinement la démarche scientifique empirique dans la TCC. Avec le patient, on va construire si possible une hypothèse sur l’origine de son trouble (cela n’est cependant pas indispensable). Mais nous avons absolument besoin de faire des hypothèses expliquant pourquoi le comportement posant problème est toujours là aujourd’hui (quels sont les facteurs qui le maintiennent ?). Pour ce faire, on fait appel aux théories de l’apprentissage (issues de travaux de Pavlov, Skinner et Bandura, pour les principaux). Elles expliquent que bien que générant de la souffrance, si le symptôme est toujours présent, c’est qu’il y a des facteurs -échappant au contrôle du patients- qui le renforcent. Ce sont sur ces facteurs que nous allons essentiellement essayer d’intervenir de manière quasi expérimentale, en testant différents types de techniques ou exercices - dont on sait grâce aux études scientifiques qu’il ont une efficacité- dans le but de favoriser une amélioration, un changement dans le sens que le patient souhaite, en jouant sur les différents pôles : cognitif, émotionnel et comportemental. Il est aussi possible de travailler en amont, sur les facteurs qui déclenchent le comportement problème.

 Cet esprit de collaboration, de participation active, dynamique et régulière est nécessaire pour s’engager dans les tâches prescrites. Les études montrent que les TCC marchent à condition que le patient s’engage dans les tâches proposées. C’est aussi le travail du thérapeute de favoriser l’engagement et la motivation du patient.

Un des éléments qui va favoriser cet engagement est qu’en TCC tout est partagé : la manière que l’on a de comprendre les difficultés, le choix des techniques thérapeutiques. Tout est expliqué au patient, discuté avec lui, adapté à sa propre situation. On lui explique par exemple les modèles de compréhension de son trouble. Cette collaboration est un des atouts majeurs de la TCC, même si on la retrouve dans d’autres thérapies.

Donc, en un mot, ce qui fait que la TCC est efficace c’est qu’elle favorise de manière expérientielle et concrète des nouvelles manières de voir, de ressentir et d’agir chez le patient.


Quelles sont les particularités de la TCC par rapport à d’autres formes de thérapie ?


 Tout d’abord, son style relationnel, sa typicité, en tant qu’elle met au premier plan cet aspect collaboratif. Le fait que le patient ait le sentiment que le thérapeute s’implique dans la compréhension et la résolution de ses problèmes est un facteur de réussite de la thérapie. Le thérapeute n’est pas neutre : il est empathique bien sûr mais aussi chaleureux, impliqué. Il n’hésite pas à renforcer le patient, comme on dirait techniquement, à le féliciter quand il agit dans le sens du changement, ce qui est un ingrédient qui va favoriser ce dernier. Le thérapeute peut parfois être amené à accompagner le patient dans la réalisation de certains exercices, à l’extérieur du cabinet. L’autre aspect saillant, je crois, est le côté scientifique de la démarche (cf. plus haut).

 Les TCC sont dites brèves. En 15 ou 20 séances, en général, on a déjà obtenu une amélioration bien sensible, voire la thérapie est terminée. Mais elle peut durer des mois, voire quelques années, selon le nombre et la nature des difficultés présentées par le patient. Quoi qu’il en soit, on fait régulièrement des points avec le patient pour savoir si on est sur la bonne voie ou pas, si le patient conserve sa motivation, s’il faut changer de cap, de méthode, d’objectifs, de thérapeute ou de thérapie. Au bout de quelques séances, s’il n’y pas déjà un changement significatif observable, c’est qu’il y a un problème à identifier et à résoudre. Parfois, certains patients arrivent avec une attente magique, croyant qu’en 3 à 5 séances, sans efforts particuliers de leur part, leur problème sera réglé. Il est aussi beaucoup question de l’engagement et de la motivation du patient, dont nous sommes en partie garants en tant que thérapeute bien sûr, mais que nous ne maîtrisons heureusement pas entièrement. Des études montrent qu’un thérapeute convaincu de la pertinence de son approche aura de meilleurs résultats qu’un thérapeute moins convaincu (cf. : travaux de Bruce Wampold). Il est vrai qu’un thérapeute convaincu est plus engagé, plus apte à amener le patient, dans son enthousiasme et avec espoir, vers les changements désirés.



Pouvez-vous expliquer de quoi il s’agit lorsque nous parlons de validation scientifique ?


 C’est une question très vaste. La validation scientifique se décline à plusieurs niveaux, je n’en aborderai que quelques-uns. Qui dit validation scientifique dit nécessité de se prêter à une méthode d’obtention du savoir, qui repose sur la démarche scientifique (ou disons empirique) qui est bien différente d’une opinion ou d’une croyance. Cela implique une épistémologie qui est celle de l’objectivation, de la quantification, de la mesure. Notons que tout le monde ne partage pas cette vision.

 Dans le champ des psychothérapies, tout d’abord, on tente de répondre à la question de l’efficacité : est-ce qu’il est mieux de proposer un traitement x plutôt que rien ? Pour cela, typiquement on compare un groupe de patients qui est en thérapie et un groupe de patients qui est sur liste d’attente.

 Ensuite, est-ce que la thérapie x fait plus que l’effet placebo ou qu’une thérapie y ? Les groupes sont constitués de façon aléatoire et on propose à l’un la thérapie et à l’autre quelque chose qui n’en est pas ou l’autre thérapie. Il est difficile de trouver un placebo en thérapie, alors qu’en médecine on peut prescrire une pilule sans aucun principe actif.

 Une autre manière de montrer l’efficacité, c’est en comparant avec le traitement “comme d’habitude”, c’est à dire que le patient voit son psychiatre, va aux divers groupes proposés par l’institution, etc. et on ajoute la thérapie pour savoir si on a un gain à l’ajouter. Cela n’écarte malheureusement pas tous les biais.

 La méthode la plus reconnue pour faire des études sont les essais randomisés contrôlés. Des patients, comparables par ailleurs, et les groupes sont déterminés de façon aléatoire. Le problème c’est que pour cela il faut des patients assez “purs” comme je l’évoquais tout à l’heure, mais ce n’est pas une réalité clinique car très souvent le patient présente des comorbidités (NDLR : c’est-à-dire la présence d’un ou plusieurs troubles associés à un trouble ou une maladie primaire). Ces essais sont très complexes et coûteux à mettre en œuvre et sont de plus en plus controversés car jugés « non écologiques », ne correspondant pas à la réalité de la pratique clinique.

 Un autre champ, très étudié aujourd’hui, concerne les études d’efficience, qui tentent de réponde à la question suivante : quels sont, au sein d’une thérapie, les ingrédients actifs ?


 Un autre aspect de la validation scientifique concerne le modèle sous-jacent (les hypothèses que la thérapie propose pour expliquer le fonctionnement psychique, la santé, la maladie et le rétablissement). La TCC met aussi beaucoup cette forme de validité en avant par rapport aux autres thérapies. Elle dit que ce qu’elle propose est de plus en plus étayé par des données neurobiologiques. Il y a maintenant des études faites en IRM fonctionnelle, avant et après thérapie, qui montrent quelles zones ou aspects du fonctionnement du cerveau ont pu être modifiés, par exemple.



Quelles sont les critiques de la TCC et que répondriez-vous à cela ?


 Historiquement, les critiques envers la TCC sont nées quasiment en même temps que la TCC. La première publication d'efficacité était sur la phobie, et tout de suite les psychanalystes ont critiqué, en cohérence avec leur propre modèle, que ce n’était pas possible, argumentant que seul le symptôme était pris en compte, pas sa source, et qu’il y allait avoir nécessairement un déplacement de celui-ci. Ce désaccord est-il une simple expression de querelle des chapelles ?

Quoi qu’il en soit, ne pourrait-on pas se dire que plusieurs modèles, plusieurs thérapies coexistent; que l’important est d’avoir plusieurs modèles et plusieurs armes à disposition pour aider nos différents types de patients, sachant qu’aucune thérapie ne présente à ce jour des résultats garantis pour tous les patients ?

 Si cette critique sur la question du déplacement du symptôme a été battue en brèche par les données de la recherche longitudinale - il n’y aurait pas plus de déplacement que cela, en tout cas pas plus que dans d’autres thérapies - il y a quand même dans un certain nombre de cas, réapparition du symptôme ou de nouveaux symptômes qui apparaissent. Les querelles ou au mieux les débats se poursuivent, prenant parfois l’aspect d’une guerre, et parfois d’échanges plus apaisés.

Donc les critiques sont majoritairement de cet ordre : on ne traiterait en TCC que le symptôme, que la surface. Cette critique est cohérente quand on adhère au modèle psychanalytique qui postule qu’il faut aller chercher la cause refoulée d’un symptôme pour le voir se résorber. Mais c’est un modèle et aujourd’hui il en existe d’autres. Par exemple, l’approche systémique a aussi montré qu’un changement peut se produire au sein d’un système sans avoir eu besoin de faire l’archéologie intrapsychique du phénomène. A chacun alors de voir à quoi il adhère, et là il ne s’agit plus vraiment de science …

 Certaines critiques étaient fondées. Il y a longtemps, pour valider les modèles des TCC, des chercheurs ont parfois accompli des choses pas du tout éthiques : par exemple, en créant des phobies chez des enfants en les jetant dans l’eau. Aujourd’hui heureusement, les thérapeutes TCC n’ont pas recours à ce genre de stratégies ! Mais cela a nourri l’idée que les thérapeutes TCC était des bourreaux, des sadiques, des personnes pas éthiques…

 D’autres part, si certains reprochent aux thérapeutes TCC de ne pas considérer la personne dans son entièreté, de s’intéresser au « Sujet » comme on l’entend parfois, ils se trompent. Ce n’est pas parce que le traitement vise la diminution d’un symptôme (sachant que ce n’est d’ailleurs jamais l’unique but recherché) que la personne globale est ignorée. Nous prenons bien sûr en compte la personne dans sa totalité, mais pour la psychanalyse cela englobe l’Inconscient, au sens Freudien du terme. On ne nie pas qu’il existe des processus inconscients en TCC, mais on ne leur donne pas le même statut qu’en psychanalyse.

 On a pu aussi entendre que la TCC était « pauvre intellectuellement ». Si le modèle peut se montrer simple en apparence (pensée, émotion, comportement, comme unité de base d’observation), les lois qui gouvernent les apprentissages et les modifications de ceux-ci sont en effet scientifiques. Les dimensions littéraires, philosophiques, esthétiques ne peuvent être retenues. Il s’agit de modélisations scientifiques pour lesquelles le principe de parcimonie est normalement recherché. Dirait-on de la physique de Newton qu’elle est pauvre intellectuellement ? Par ailleurs, la pratique des TCC n’est en aucun cas répétitive et nécessite adaptation et créativité.

 Une autre critique est qu’il existe des protocoles “tout faits” en TCC, qui seraient appliqués de manière quasi « robotisée ». C’est vrai qu’il existe des protocoles, mais le thérapeute sait qu’on a besoin d’une importante souplesse pour la prise en charge de nos patients. Il est toujours question d'être inventif, et d’adapter ces protocoles. Je crois qu’aujourd’hui toutes les thérapies convergent vers une posture rogérienne* concernant la relation patient-thérapeute, avec une acceptation inconditionnelle de la personne dans sa singularité, qui implique à chaque fois de pratiquer du « sur mesure , ce qui n’empêche pas d’utiliser un patron, si on utilise une métaphore couturière. Par ailleurs, les nouvelles approches en TCC sont quasiment non-protocolaires, comme l’ACT (Thérapie de l’Acceptation et de l’Engagement).

 D’autres critiques ont mis en avant le primat de la science. C’est vrai que la TCC met en avant son côté scientifique et ceci n’est pas forcément autant valorisé en France que dans la culture anglo-saxonne par exemple. Et c’est vrai que l’approche empirique n’est pas celle de toutes les psychothérapies, par exemple en psychanalyse, les concepts psychanalytiques étant spéculatifs, quels que soient leur pertinence ou leur intérêt, ils sont difficilement accessibles à la validation empirique. Si les études d’efficiences semblent alors complexes, cela ne veut pas dire qu’il ne soit pas possible de montrer empiriquement l’efficacité de la psychanalyse. D’ailleurs, certains psychanalystes, Outre-Atlantique le plus souvent, ont œuvré en ce sens. Tout dépend du critère de mesure que l’on choisit comme marqueur d’amélioration (réduction des symptômes, meilleure qualité de vie, baisse de consommation de psychotropes,…).


Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?


 J’espère que les TCC vont continuer à se développer, à évoluer et à progresser, pour diversifier l’offre de soins psychiques en France. Je souhaite qu’elles restent scientifiques, sans dérive scientiste.

 Gardons à l’esprit que certains patients ne sont pas améliorés par la TCC, comme d’autres ne le sont pas par une thérapie analytique et vice versa.

Il me semble nécessaire de rester humble, de garder l’esprit ouvert et de favoriser le dialogue entre thérapies et thérapeutes d’obédiences différentes. Il est aussi important que les personnes aient le choix, et il faut donc continuer à diffuser des informations sur cette thérapie-là et sur les autres, pour amplifier l’aide aux personnes à s’autodéterminer.

*La posture rogérienne est caractérisée par un contact très chaleureux et authentique. Le thérapeute pose un regard positif inconditionnel sur le patient et fait preuve de congruence, c’est à dire d’authenticité.



La revalorisation de l'enfant : quand les parents et l'école sont dans une impasse, comment ouvrir un nouveau chemin ?

Bailly, Psychologue Clinicienne)

par Roseline Bailly, Psychologue Clinicienne
le 2020-03-03

La revalorisation de l'enfant : quand les parents et l'école sont dans une impasse, comment ouvrir un nouveau chemin ?

 Chaque parent souhaite le meilleur pour son enfant. Mais qu’est-ce que le meilleur ? Quels outils veut-on leur transmettre pour leur donner les meilleures chances dans la vie qui sera la leur ? Et avec qui, quand, comment doit-on le partager pour s’assurer que c’est bien intégré ?


Les parents : guides rassurés-rassurants dans ce qui leur est connu


 Les parents sont ceux qui connaissent le mieux leur enfant. Ils sont ceux qui le voient grandir, évoluer, devenir un individu avec son caractère, ses envies, ses besoins et ses limites. Ce sont aussi ceux qui vont ouvrir des chemins, guider les premiers pas de l’enfant dans le monde. Ils vont faire des choix pour lui et - parfois souhaitons-le - accompagner aussi ses propres choix.

 Chaque parent va souhaiter le meilleur pour son enfant selon ses propres références. En effet nous désirons donner ce qui nous est précieux. Pour son enfant on ne veut pas se tromper. Et quoi de plus risqué que de donner de l’inconnu. Par définition, nous n’en avons pas les coordonnées et le résultat n’est pas garanti. L’inconnu est un risque dur à prendre pour son enfant tant l’on souhaite son bonheur. Mais nous sommes infiniment limités. Nous ne serons jamais qu’une personne constituée par l’ensemble de ses (nos) expériences. Et bien que nous puissions compléter, inventer, tenter, pour l’enfant, nous ne pouvons pas tout. Alors parfois on se retrouve coincé à ne plus comprendre sur quel fil tirer pour le sortir de l’ornière de l’incompréhension.

Trouver l’équilibre entre le connu et l’expérimentation, le degré d’adaptation nécessaire pour faire face quotidiennement aux défis que rencontre l’enfant, n’a rien d’aisé. Le connu rassure le parent, et un parent rassuré c’est un parent rassurant pour l’enfant.
 Mais l’enfant peut exprimer un besoin, une détresse à laquelle on ne sait pas comment répondre parce que celle-là on ne l’a pas rencontrée. Parce que dans notre boîte à outils il n’y a pas le bon tournevis. On a testé tous ceux que l’on avait mais aucun ne convient. Alors l’inconnu devient le lieu de la réponse et le parent se retrouve en terrain étranger avec plus ou moins d’inquiétude.


Quand l’école vient signaler une inadéquation


 Parmi les partenaires qui « cultivent » l’enfant il y a l’école. Le premier lieu où il y a un cadre, des règles à respecter. Ceci à un âge où l’on considère que l’enfant peut s’adapter, apprendre, faire et ne pas faire. Plus petit il nous semble naturel de nous, adultes, nous adapter. Parce que l’enfant ne peut pas choisir en conscience, prendre sur lui, temporiser. A partir de 3 ans, on estime que l’enfant est prêt à intégrer, progressivement, de l’ailleurs, de l’extérieur avec tout ce que cela engage. L’école est le lieu de cet apprentissage 8h par jour, au moins quatre jours par semaine, 36 semaines par an pour tous les enfants à partir de 3 ans.

 Le regard de l’enseignant est précieux. Ce qu’il perçoit de l’enfant n’a rien à voir avec ce que nous pouvons voir. Il a un référentiel de connaissances et d’expériences qui lui permettent de déceler des nuances et des reliefs que les parents ne peuvent pas relever. Et ceci simplement parce que le lieu de l’école est le même pour tous les enfants de la classe. Tandis que la famille, ses règles, son rythme, ses codes et ses valeurs diffèrent pour chacun.

Dans le tissage d’adaptation réciproque entre les parents et l’enfant, un tas de manques, de défauts de compréhension vont être absorbés parce que les parents ont cette écoute fine de leur enfant. Ils les anticipent, y parent, les préviennent, ce sont des pare-ents.
 Mais l’école n’est pas le lieu d’une écoute de cette nature. Il ne s’agit pas d’amortir le choc de la découverte du monde pour chaque graine fragile qui le découvre. Il s’agit du vivre ensemble dans la différence, la pluralité, et de la transmission d’un savoir formalisé. C’est intrinsèque à la façon dont est pensée l’école en France.

 Alors l’enseignant avec son regard plus global va repérer les besoins, les facilités et les difficultés de chacun. Il va tenter d’accompagner au mieux chaque enfant pour l’amener à trouver sa place dans le groupe classe, dans l’ensemble école et dans la société en tant qu’élève, apprenant, et individu en devenir.

C’est donc souvent l’école qui tire le signal d’alarme. Qui vient signaler que là, l’enfant ne peut plus, ne peut pas. Que quelque chose n’est pas en place. Dans les familles où il y a plusieurs enfants les parents peuvent comparer. Mais les enfants sont tellement différents, très vite il n’y a plus d’échelle qui donne la mesure. Et puis un parent entre le premier et le deuxième enfant n’est pas non plus le même parent. Il n’aura plus les mêmes craintes ni les mêmes exigences. Par contre l’enseignant demande à 25, 27, 30 enfants de faire la même chose. Certains y arrivent, d’autres non. C’est normal, il n’est attendu de personne de savoir ce que l’on ne lui a pas enseigné. Cependant, si en dépit du travail de pédagogie, d’apprentissage de l’enseignant, l’élève-enfant ne peut s’adapter, évoluer, s’enrichir et acquérir la capacité ; alors l’enseignant convoque les parents et leur fait part de son inquiétude.

 Et nous arrivons à la question de la responsabilité. Qui est chargé de former l’enfant au respect des règles ? Qui doit lui apprendre à rester assis, à lever la main, à respecter la parole et le corps de l’autre ? Qui doit s’assurer que la leçon est comprise ? Les enfants doivent-ils avoir des devoirs à faire à la maison ?

 Lorsqu’un enseignant convoque les parents c’est forcément un aveu d’impuissance. Qu’il soit de son ressort ou non de transmettre ces apprentissages, si l’on regarde simplement le résultat, en tant qu’adulte chargé d’enseigner, il échoue. Il vient dire l’imperméabilité de l’enfant à des apprentissages - qu’ils concernent le scolaire à proprement parler ou le vivre-ensemble – et l’échec de sa mission d’enseignement. Mais il s’agit aussi de l’échec de l’enfant qui comprend qu’il n’est pas comme il faut. Et enfin il s’agit de l’échec des parents qui n’ont pas pu éviter ça à leur enfant. Alors on peut essayer de définir des frontières de responsabilités. De faire des fiches de poste et des détails de missions. Mais surtout on peut réfléchir ensemble. C’est dans la co-construction que le meilleur travail se fait.

 Soit les parents et l’enseignant arrivent ensemble à rétablir le cap, à aider l’enfant à s’adapter à ce que l’on attend de lui. Si ce n’est pas le cas et que les difficultés perdurent, alors ils en viennent à demander de l’aide extérieure.


Quels leviers pour redonner élan à l’enfant et cap aux accompagnants


 Le cabinet d’un psychologue est un lieu de travail privilégié mais ce n’est pas le seul. Une activité de groupe peut tout à fait être le lieu de l’intégration d’un apprentissage que ni les parents ni l’enseignant n’arrivent à faire passer. Au judo, au foot, à la danse, les contraintes et les enjeux ne sont pas les mêmes. Il y a des règles, des objectifs. Le droit à l’erreur et l’attente d’un effort fourni.

Mais surtout l’activité est normalement choisie par l’enfant, et parce que c’est le lieu où réside son désir, il aura une écoute, un élan, une motivation qu’il n’aura pas ailleurs. Il récupère de la souplesse dans son fonctionnement et peut à nouveau absorber.
 Là où dans le milieu scolaire il produit déjà de tels efforts d’adaptation qu’il n’est plus en mesure de faire plus. Quant au milieu familial, il est le théâtre de quantité d’enjeux qui sont déjà difficiles à réguler dans le temps imparti entre les soirées et les weekends. Pour intégrer de nouvelles règles du vivre ensemble, encore faut-il en créer les circonstances qui les rendent nécessaires. Pour motiver un effort d’apprentissage en mathématiques, encore faut-il que l’enfant en voit l’utilité pour fournir l’effort supplémentaire nécessaire à l’intégration du savoir.

Les enfants ont cependant une capacité épatante à récupérer de l’élan. Un petit espace/temps de bien-être où ils sont regardés, valorisés, écoutés suffit à relancer toute la machine. C’est vite dit mais quand un enseignant ou un parent a-t-il le temps de se poser au calme avec l’enfant pour passer un moment où l’on fait ensemble l’activité qu’il souhaite ? Encore faut-il en avoir envie de cette activité. Sinon les mille choses à faire, à transmettre prennent vite le dessus. Et pourtant souvent elle est là, la clé du cadenas qui empêche de rouler.

 Le rôle de l’adulte quel qu’il soit est de faire en sorte d‘encourager l’épanouissement de l’enfant. D’accompagner son développement. Aucun d’entre nous ne peut donner à un enfant tout ce dont il aura besoin pour tracer toute sa route. Je ne suis pas enseignante, je ne pourrais pas faire de judo avec lui, quant à mes capacités de footballeuse, mieux vaut ne pas en parler. Je peux prendre le temps de l’écouter, faire avec lui une activité où je sais que l’on va toucher du doigt la question de l’échec, de la règle, du respect, de l’échange. Une activité qu’il souhaitera réussir et où il ne veut peut-être pas perdre. Mais surtout, parce que c’est une activité qu’il aura choisi, parce que l’on partagera un moment dont il aura défini un certain nombre de paramètres, il sera plus ouvert. L’élastique de sa capacité à absorber se détend et alors il peut entendre les mots que je pose sur ses maux.

Comme on vient tendre la main à un enfant qui ne sait plus vers où aller et qui n’est plus capable de faire ne serait-ce qu’un pas en avant ou un pas de côté pour se décaler et mieux voir ; je viens mettre des mots et le chercher là où il est bloqué sans visibilité ni direction. La boussole ne vous dit pas où aller, elle vous redonne le nord. Encore faut-il que l’on vous en donne une si vous avez perdu la vôtre.

 Espérons qu’ensemble nous puissions guider quand c’est nécessaire, encourager et soutenir quand manque le regard qui relance. Nous mobiliser pour que l’enfant se déploie au mieux en ayant toujours en tête que, par chance, nous ne sommes pas les seuls qui croiseront son chemin. L’enfant vivant apprend de tout, permettons-lui quand nous ne savons plus comment le guider, d’apprendre aussi de tous pour que son chemin s’étende plus loin encore et plus librement.


Roseline Bailly
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Quelques idées pour approfondir :

Psychologie et jeux de société : quels rapports ? Le jeu en tant que médiation thérapeutique et aide à la parentalité

Devalois, Psychologue Clinicienne)

par Laetitia Devalois, Psychologue Clinicienne
le 2020-02-25

Psychologie et jeux de société : quels rapports ? Le jeu en tant que médiation thérapeutique et aide à la parentalité

 Pourquoi utiliserait-on des jeux dans un cabinet de psychologie ? Le psychologue pourrait-il avoir besoin d’autre chose que de fauteuils et d’une table ? Il pourrait même vous proposer des jeux de société accessibles à votre famille ? Qu’est-ce donc que cette histoire !

 Le jeu de société a le vent en poupe depuis quelques années : les bars à jeux fleurissent, les ludothèques regorgent de boîtes colorées, YouTube voit émerger des chaînes parlant de jeux de société, de jeux de rôle ; on parlerait même d’une psychologue ayant mis en place un jeu de rôle policier dans un EHPAD.

 Pourquoi je vous évoque cela ? Car le jeu de société, en psychothérapie, permet une médiation lorsque l’alliance thérapeutique a du mal à se mettre en place par l’échange verbal. Cet outil va fonctionner comme l’objet transitionnel mis en évidence par Winnicott. C’est un objet qui permet d’aménager le réel lorsque ce dernier peut devenir anxiogène. Winnicott a en effet élaboré cette théorie pour expliquer entre autres l’existence des “doudous”. Au début de sa vie, l’enfant doit être en permanence en lien avec les figures d’attachement (généralement les parents), puis ensuite le doudou permet de supporter leur absence car il symbolise le lien. Il s’agit de la première expérience créatrice de l’enfant. Ensuite, ce lien est intériorisé, ce qui permet à l’enfant de progressivement se détacher de l’objet au profit d’un investissement plus large de ce qu’on appelle l’espace transitionnel. C’est cet espace qui permet d’accéder au jeu et à la créativité et donc de faire baisser l’angoisse. Le jeu permet de faire le pont entre la réalité et le besoin d’omnipotence, c’est à dire le besoin de ressentir du contrôle. On remarque à quel point ce phénomène est frappant dans l’investissement des jeux vidéos par les adolescents, par exemple : je crée mon avatar et donc mon identité, je contrôle certains aspects du jeu quand la réalité ne me convient pas toujours...


 Si cela est possible en psychothérapie, pourquoi cela ne le serait-il pas dans la relation au sein d’une famille ?


 La médiation en psychothérapie permet de créer ce que nous appelons une « alliance thérapeutique », élément nécessaire pour le bon déroulement d’une prise en charge. Elle la soutient lorsqu’un patient peut avoir des difficultés à verbaliser. La médiation peut également avoir un effet cathartique, qui permettrait d’extérioriser le trop plein d’émotions pouvant être présent dans le quotidien de la personne. « L’expérience psychique n’est pas immédiatement saisissable – du moins à l’origine –, l'individu va devoir ainsi la « médiatiser » pour pouvoir s’en saisir, pour la décondenser et réduire, peu à peu, la complexité de sa présentation, pouvoir explorer ses aspects énigmatiques » (Roussillon, 2012).


 Plusieurs types de médiations existent : artistiques, psycho-corporelles ou encore celles utilisant le jeu vidéo. Je vais plus particulièrement vous parler des jeux de société. Le jeu de société est un outil utile en séance aussi bien auprès d’enfants, d’adolescents que d’adultes.

Il permet d’expérimenter un certain nombre de choses qui ne sont pas propres à la relation thérapeutique, comme la tolérance à la frustration ou la capacité à coopérer, par exemple. Expérimenter dans le Réel et avec son thérapeute peut permettre d’ouvrir des portes qui ne se seraient ouvertes que plus tard dans la relation thérapeutique.
De plus, le thérapeute, témoin et acteur de l’activité, permet un échange plus fourni avec son patient. 

Si un échange est facilité dans une relation thérapeutique, pourquoi ne pas l’envisager aussi dans une relation intra-familiale ?

 Être parent n’est pas toujours facile, être un enfant ou un adolescent non plus. Il arrive que des tensions puissent émerger pour diverses raisons (problématiques à l’école, au travail, au sein du couple parental, de comportement, etc.), que les relations entre membres d’une même famille se dégradent et que la communication se tarisse. Dans les moments comme ceux-là, il peut être compliqué de faire un pas de côté pour aller vers l’autre car on ne se sent pas reconnus dans son opinion ou ses émotions. Cela peut entraîner une répétition de situations qui mettent en souffrance tous les membres de la famille et qui renforcent les tensions déjà existantes. On se sent alors aspiré dans une situation complexe dont on ne sait plus comment en sortir. Alors, se retrouver autour d’une autre situation, une situation qui sort du contexte habituel peut servir à créer d’autres interactions, développer d’autres liens et se redécouvrir voire, pourquoi pas, discuter sereinement.


Le jeu de société a cette particularité qu’il met un objet au milieu de la relation; on ne parle donc pas de la relation en elle-même ou des problèmes en eux-mêmes mais du jeu.
Vous pouvez également choisir le type de jeu qui correspond à vos besoins : un jeu en « one to one » qui met à l’épreuve les capacités de stratégie pour gagner (comme Sushi Go ou Paper Tales). Un jeu en coopération, qui permet de trouver des façons de s’allier pour gagner contre le jeu, comme The Game ou Magic Maze. Ce type de jeu de société est d’ailleurs propice aux échanges.


 Il existe également des jeux plus narratifs comme le Dixit ou encore Feelinks. Ce dernier propose des situations, auxquelles chaque joueur doit associer l’émotion qu’elles suscitent. On lance alors un dé qui désigne une émotion puis chacun des joueurs parie sur le nombre de personnes qui auraient choisi cette émotion par rapport à la situation évoquée. Feelinks fait partie de ces jeux qui permettent d’échanger et de débattre sur des situations tout en ayant un support sur lequel on peut revenir si besoin, lorsque l’échange devient compliqué.


 Le jeu de société a la particularité de pouvoir créer de nouvelles situations au sein du milieu familial, « ce recours peut […] s’envisager comme facilitant des liens et rencontres (vers les autres et via son « corps-en-relation » » (Joly, 2012). Le « corps-en-relation » est une formulation de Ajuriagerra qui appuie le fait que les interactions entre les personnes ne sont pas basées que sur des échanges verbaux mais également sur la prise en compte du corps de l’autre, de son existence corporelle.

 Le manque de temps dû au rythme de vie qui s’accélère, aux métiers des adultes, aux journées denses des enfants et adolescents, peut mettre de la distance dans le rapport à l’autre au sein d’une famille. Un moment jeu de société serait un peu comme la soirée DVD qui pouvait se faire du temps des vidéoclubs.

Le jeu de société donne ainsi de nouvelles opportunités de construire de nouveaux souvenirs et de se retrouver autour d’une même activité.


Laetitia Devalois

Sa fiche sur weppsy

Sources : 

- Ajuriaguerra J. de, Angelergues R., 1962, « De la psychomotricité au corps dans la relation avec autrui, à propos de l’œuvre de Henri Wallon », in L’Évolution psychiatrique, 27 : 3-25

- Joly Fabien ‘‘Le médiatif comme expérience, le travail du médium comme appropriation subjective‘‘, Journal des Psychologues, 2012

- Roussillon René ‘‘Médiation et création. Pour une métapsychologie de la médiation‘‘, Journal des Psychologues, 2012

- Donald Winnicott, Jeu et réalité, Gallimard, 2002

- Donald Winnicott, Les objets transitionnels, Payot, 2010



Dossier Eclairage : Qu'est-ce que la relaxation thérapeutique ?

Roustang-Jeglot, Psychologue clinicienne-psychothérapeute)

par Astrid Roustang-Jeglot, Psychologue clinicienne-psychothérapeute
le 2020-02-18

Dossier Eclairage : Qu'est-ce que la relaxation thérapeutique ?

 Conduite par un professionnel de santé reconnu (psychologue, psychomotricien, infirmier ou médecin), cette proposition psychothérapique est généralement bien acceptée.

 Elle peut être réalisée en individuel ou en groupe. Elle convient aussi bien pour les enfants, les adolescents que les adultes ce qui en fait une pratique très intéressante.

Pratique psychothérapique transversale dans le champ de la psychologie, elle peut, selon la formation du praticien, être utilisée dans différents cadres et avec des objectifs variés.

 A côté des thérapies verbales, il s’agit d’une thérapie dite « à médiation corporelle » où il est proposé au patient de « vivre une expérience » de relaxation et de se mettre à l’écoute de ses sens. Ce premier temps est souvent suivi d’un temps de parole. 

Du soulagement d’un état de tension physique à l’amélioration de la gestion émotionnelle ou du stress quotidien, la pratique de la relaxation peut être  soit plutôt « recouvrante » en se focalisant sur le symptôme et en se concentrant sur cette tâche, ou plutôt « découvrante », en offrant toute liberté d’expression à la créativité.

L’intérêt de la relaxation thérapeutique est aussi d’offrir du temps et une attention centrée sur le corps.
Dans notre société actuelle, il n’est en effet plus fréquent ni spontané de mettre son flux de pensées en pause au profit d’une écoute bienveillante et centrée sur ce qui se passe au niveau corporel.  

 De nombreuses indications sont possibles, notamment lorsque le « corps parle ». On peut observer parfois des manifestations somatiques (troubles du sommeil, mal de dos, migraines) qui peuvent être l’expression physique d’une cause psychologique telle qu’un stress ou une angoisse non-conscientisés. “Tout va bien, pourtant je dors de moins en moins bien, je ne comprends pas”.

L’attention portée au corps lors de la relaxation permettra à la personne qui consulte de déposer ce qu’il porte en lui de souffrant tout en favorisant une reconnexion corps-esprit source d’apaisement.

 Il est à noter que toutes les relaxations qui existent ne sont pas psychothérapiques. Parmi celles qui se situent dans cette visée on a :

  • celles dont le point de départ est physiologique avec un objectif de relâchement neuromusculaire. Le modèle de référence est la relaxation progressive de Jacobson (alternance de contraction-décontraction des muscles). On peut aussi nommer ici la relaxation activo-passive de Wintrebert ou encore l’eutonie.
  • celles dont le point de départ est l’auto-concentration avec un objectif de focalisation de l’attention sur le corps. Le modèle de référence est le training autogène de Schultz plus communément nommé aujourd’hui sous le terme d’auto-hypnose. On peut ici y évoquer la relaxation méthode Bergès, la relaxation Ajuriaguerra qui se base sur le dialogue tonico-émotionnel, la relaxation analytique méthode Sapir, etc.


 Certaines relaxations psychothérapiques sont plus adaptées pour travailler avec les enfants comme la relaxation activo-passive de Wintrebert et la relaxation Bergès.

 D’autres relaxations sont dites plus "conscientes". Elles sont basées sur des exercices comme pour la relaxation de la méthode Vittoz. 

 Enfin, certaines s’intéressent aussi à ce qui est inconscient comme celle de la méthode Ajuriaguerra ou la relaxation analytique méthode Sapir.

 L’intérêt de la relaxation est globalement aussi neuro-physiologique. En effet, la littérature scientifique a mis en lumière que les activités contemplatives telles que la relaxation et la méditation permettent le renforcement de ce qu’on appelle le système nerveux parasympathique. Ce système nerveux permet de doser la réaction face à un stress.

Ainsi en pratiquant la relaxation, la personne reprend contact avec un potentiel de ressources souvent insoupçonnées dont nous sommes tous détenteur sans toujours en avoir conscience.

 Enfin, il existe d’autres pratiques de relaxation qui peuvent avoir des effets thérapeutiques sans pour autant s’inscrire dans le champ des psychothérapies. Nous n’allons pas les développer mais nous pouvons les citer rapidement : la sophrologie (souvent ce sont des sortes d’exercices à base de respiration), la méthode Fedenkreis en kinésithérapie, ou encore toutes les pratiques venant de l’orient : Taï chi, Qi Gong, Yoga nidra (relaxation profonde) Hatha Yoga avec la posture de Savasana, ou encore toutes les pratiques de méditation dont la plus en vogue chez nous - car adaptée au monde occidental par Jon Kabat-Zinn - est le Mindfulness (la pleine conscience).


Ci-dessous quelques-unes de ces associations pour vous renseigner et trouver un thérapeute :

Méthode Sapir

Méthode Berges

Méthode Vittoz

Eutonie

Méthode Ajuriaguerra

ou via weppsy ( type d'approche "Thérapie psycho-corporelle")

Astrid Roustang-Jeglot

Son profil sur weppsy





Dossier Eclairage: Qu'est-ce que l'Analyse Transactionnelle ?

Peyron, Psychologue Clinicienne)

par Ondine Peyron, Psychologue Clinicienne
le 2020-02-11

Dossier Eclairage: Qu'est-ce que l'Analyse Transactionnelle ?

 L’Analyse Transactionnelle, ou AT, est un courant de psychothérapie qui naît dans les années 70 dans le champ des thérapies dites humanistes. C’est une théorie de la communication créée par le psychiatre Eric Berne aux Etats-Unis. Ce dernier travaillait à l’hôpital en Californie et cherchait un moyen de soigner ses patients par la psychothérapie. Très inspiré par les travaux de la psychanalyse, il a décidé d’y apporter un vocabulaire plus clair, plus pragmatique et donc plus accessible à tous. Ainsi, il a développé la théorie des États du Moi. 

Il part du postulat que nous évoluons de notre naissance à notre mort avec ces trois États du Moi dans notre psychisme, qui interagissent ensemble et avec autrui. L’analyse de ces transactions permet d’observer des schémas répétitifs ou bloquants. En effet, les Etats du Moi ont un aspect complémentaire, et souvent un Enfant appelle un Parent en face dans la communication, tout comme un Parent appelle un Enfant.


Les différents États du Moi sont :

  • Le Parent : qui se réfère aux valeurs, aux règles avec lesquels nous avons grandi. Il existe deux types de Parents : tout d’abord le Parent Normatif dont la fonction est la protection et la transmission de valeurs. Il peut être positif ou négatif (lorsqu’il est dans la critique). Il y a également le Parent Nourricier ou Bienveillant qui a une fonction de permission et de soutien. Il est positif lorsqu’il encourage, négatif lorsqu’il infantilise et surprotège. 

  • L’Adulte : qui se réfère à l’ici et le maintenant dans l'environnement qui nous entoure et de nos capacités internes d’analyse et de traitement d’information.

  • L’Enfant : qui se réfère aux vécus et souvenirs de l’enfance. Cet État du Moi rejoue les désirs, les envies et peurs : ce sont les émotions qui priment. Il peut être Rebelle (dans l’opposition légitime), Adapté (qui s’adapte au contexte) ou Libre (qui est dans les émotions avant tout, naturel et intuitif).


  Voici un exemple que tout un chacun a déjà dû vivre ou observer :


Il est 18h15. Pierre rentre pour une fois avant sa compagne. Il est ravi de pouvoir se détendre dans son canapé et d’alterner entre télécommande et smartphone. Le temps passe et il prend beaucoup de plaisir à se prélasser en attendant Marie.

19h30. Sa compagne rentre ! Elle est étonnée de le voir déjà rentré. Épuisée de sa journée de travail, elle a pris le temps d’aller faire des courses pour le dîner et faire plaisir à son homme.

Pierre (détendu): Salut chérie ! Ça va ? Tu as passé une bonne journée ?

Marie (tendue) : Bah t’es déjà rentré ?!

Pierre (sur la défensive) : Wow ! Du calme !

Marie (agressive) : Comment ça du calme ?! J’ai passé une journée exténuante, je rentre des courses et tu ne me proposes même ton aide pour porter les sacs ! Tu restes affalé là comme un pacha !

Pierre (agressif, il se lève d’un bond) : Un pacha ?! Non mais tu racontes n’importe quoi ! Qui a fait les courses toute la semaine dernière et a préparé une pizza maison hier soir ??

Marie (elle craque et commence à pleurer) : On est en train de faire les comptes c’est ça ? (Elle fond en larmes) Et moi qui t’avais acheté ton dessert préféré pour ce soir…

Pierre (toujours énervé) : Voilà il faut toujours que tu te victimises !


À la base, Pierre et Marie n’avaient rien à se reprocher en apparence mais se sont quand même disputés comme à l’accoutumée et terminent chacun dans leur coin.

       Allons décortiquer tout cela “façon AT”. 


Note: EDM signifie État du Moi.

Pierre (détendu): Salut chérie ! Ça va ? Tu as passé une bonne journée ? C’est l’EDM Adulte de Pierre vers l’EDM Adulte de Marie – Pierre parle à Marie en fonction de ce qu’il est et de ce qui se passe dans l’ici et le maintenant.

Marie (tendue) : Bah t’es déjà rentré ?! EDM Parent Critique Négatif de Marie qui vise l’Enfant Adapté de Pierre.

Pierre (sur la défensive) : Wow ! Du calme ! EDM Enfant Rebelle de Pierre qui vise le Parent de Marie.

       Les transactions continuent de se croiser. Marie ne va plus répondre via son Parent mais va rentrer dans la plainte de l’Enfant en visant le Parent Nourricier de son compagnon.

Marie (agressive) : Comment ça du calme ?! J’ai passé une journée exténuante, je rentre des courses et même pas tu me proposes de l’aide pour porter les sacs ! Tu restes affalé là comme un pacha !

Le compagnon va encore prendre cette transaction comme une critique et va continuer à se défendre depuis son EDM Enfant Rebelle en visant l’EDM Parent de sa compagne.

Pierre (agressif, il se lève d’un bond) : Un pacha ?! Non mais tu racontes n’importe quoi ! Qui a fait les courses toute la semaine dernière et a préparé une pizza maison hier soir ??

Elle qui recherchait de l’attention et du soutien se sent incomprise et va chercher à attendrir/culpabiliser son compagnon depuis son EDM Enfant en visant toujours l’EDM Parent Nourricier.

Marie (elle craque et commence à pleurer) : On est en train de faire les comptes c’est ça ? (elle fond en larmes) Et moi qui t’avais acheté ton dessert préféré pour ce soir…

Sauf que ça ne fonctionne toujours pas… C’est bien le Parent qui répond mais c’est le Critique Négatif !

Pierre (dépité et impuissant) : Voilà il faut toujours que tu te victimises !



 On peut observer ici ce qu’on appelle un Jeu Psychologique. Marie a joué à « Pauvre de moi ». 

On peut imaginer que c’est un jeu familier rejoué régulièrement depuis son enfance. Pierre lui aussi a appris à jouer à ce jeu où il termine en se sentant impuissant et triste. Malgré l’issue bien connue, Marie et Pierre ne peuvent s’empêcher de jouer et rejouer à ce jeu qui pourtant leur fait du mal et vient renforcer leurs croyances négatives sur eux-mêmes. 

Pour éviter qu’une situation comme celle-ci ne se reproduise nous pourrions proposer à ce couple d’essayer de déceler l’appât qui a permis à ce jeu de se mettre en place. Ici, l’appât serait la transaction de Marie « Bah t’es déjà rentré ?! ». Ici, elle ne répond pas à la transaction directe de Pierre mais sous entend beaucoup de choses derrière cette phrase. On peut imaginer : « Pourquoi tu ne m’as pas prévenue que tu rentrais plus tôt ? – Tu sais que je n’aime pas les surprises de ce genre ! – Tu rentres plus tôt et tu ne m’aides pas ? » .

Bref on peut imaginer beaucoup de choses ! Ici pour éviter à Pierre de rentrer dans le jeu psychologique, une option aurait pu être de répondre à Marie quelque chose comme « Ta réaction vient me dire que toi, t’es tendue. Qu’est-ce qu’il se passe ? ». 

Le principe est de répondre à ce qu’il se passe dans l’instant et non aux petites lignes induites.


La thérapie en AT, en décortiquant ces jeux et ces répétitions, peut permettre au client de mettre à jour des croyances très anciennes, que l’on appelle croyances de scénario. Cette analyse l’aidera à sortir de ce scénario qui ne semble plus adapté dans sa vie d’adulte.


 Cette analyse des États du Moi, des Transactions, des Jeux et du Scénario s’effectue dans un cadre décrit dès le premier RDV avec le thérapeute. En effet, l’AT est une thérapie dite "contractuelle". Ensemble, client et psychologue établiront ensemble le cadre de leur travail : le lieu, le rythme, le coût des séances, le contrat de thérapie. La thérapie prendra fin lorsque le contrat est rempli. Ce qui n’empêche pas d’en établir de nouveaux ou même de le changer en cours de travail. Il est important de préciser la souplesse de l’espace qui est permis grâce à la parole. En effet, tout est bon à dire et est matière au travail : mettre des mots sur les pensées, les émotions et les comportements.


Pour conclure, l’Analyse transactionnelle est une psychothérapie qui peut être pratiquée en individuel, en couple et en groupe. Elle est particulièrement recommandée pour toute personne rencontrant des problématiques de type relationnelles, de place ou de conflit.
Le but de ce travail analytique en face à face, est de retrouver, comme le disait Sigmund Freud, la capacité à aimer et à travailler.


Ondine Peyron

Son profil sur weppsy



Sources: 

France Brécard, Laurie Hawkes, Le grand livre de l'analyse transactionnelle, Librairie Eyrolles.

Éric Berne, Que dites-vous après avoir dit bonjour ?

Éric Berne, Des jeux et des hommes.

https://www.ifat-asso.org/concepts-base/


Qu'est-ce que l'addiction et comment devient-on dépendant ?

Héraud, Psychologue Clinicienne)

par Philippine Héraud, Psychologue Clinicienne
le 2020-02-04

Qu'est-ce que l'addiction et comment devient-on dépendant ?

     Différents types d’addiction


 Il y a les consommations dites « avec produit » et celles dites « sans produit ».

 Les consommations avec produit concernent toutes les substances fumées, ingérées ou injectées - 3 modes de consommation - qui vont modifier le fonctionnement habituel du notre cerveau, aussi appelé système nerveux central. Par exemple, un verre d’alcool viendra engourdir le cerveau : c’est ce que les scientifiques appellent l’effet dépresseur. Un joint de cannabis perturbera nos sensations en déformant nos perceptions. Une cigarette ou un rail de cocaïne, chacun à un degré différent, stimuleront notre cerveau en l’excitant. Les produits peuvent donc avoir 3 types d’effet sur le système nerveux central : dépresseur, perturbateur ou stimulant.

 Les consommations sans produit concernent, quant à eux, tous les comportements qui finissent par prendre une place excessive dans nos vies. Par exemple, jouer à des jeux vidéo de manière trop importante peut avoir des conséquences sur notre vie scolaire ou professionnelle, sur notre santé (sommeil et alimentation affectés) et sur nos relations (isolement familial et amical). Même si la question est débattue dans la communauté scientifique, on pourrait alors parler de « dépendance aux écrans ». C’est la même chose pour les jeux de hasard et d’argent, pour la sexualité, le sport… Parmi les consommations sans produit, seule celle au jeu de hasard et d’argent est reconnue comme une addiction.

                  

     Comment devient-on dépendant ?

 Lorsque l’on consomme un produit, on cherche à obtenir un certain effet. Ce faisant, on déséquilibre le fonctionnement de notre cerveau et de notre corps. Une fois l’effet recherché atteint, le corps pour retrouver son équilibre va passer par une phase de récupération. Si vous avez déjà consommé de l'alcool c’est ce qu’on appelle couramment “la gueule de bois”. Ainsi, l’effet recherché et ressenti en prenant un produit ou en ayant un comportement sera suivi d’un contre-effet.    

 Quand un produit ou un comportement s’invite dans nos vies, il peut y avoir une accroche forte en fonction du caractère de chacun, de son histoire, de sa personnalité, de sa physiologie…Le contexte singulier dans lequel nous sommes viendra alors inscrire ce produit ou ce comportement dans notre quotidien. C’est ce qu’on appelle la loi de l’effet ; l’expérience = individu + produit ou comportement + contexte environnemental. Ainsi, telle personne sera plus sensible à l’alcool, tandis que telle autre au cannabis.

 A mesure que l’on prend l’habitude de consommer un produit, le corps et l’esprit s’habituent également. Or, avec une substance, le cerveau aura besoin d’une quantité toujours plus grande pour retrouver le même effet découvert lors de la première prise de produit - concept de tolérance. Peu à peu, le corps s’accoutume et la personne ne se laisse plus le temps de récupérer entre deux prises de produit. Rapidement cette personne peut perdre sa capacité à gérer une consommation car le circuit de la récompense et le circuit du contrôle présents dans le cerveau sont altérés. Plus les consommations sont rapprochées, moins le corps et l’esprit ont le temps de récupérer de cette perturbation et plus la dépendance s’installe, faisant entrer la personne dans une spirale.

Au début, c’est pour se sentir mieux que l’on consomme un produit ou que l’on a un certain comportement ; mais, lorsque la dépendance est là, c’est pour arrêter de se sentir mal que l’on doit répéter ces consommations ou ce comportement.

 

     Quand est-ce que je suis dépendant ?


 Selon les manuels de psychiatrie, on parlera de trouble lié à l’usage de substance avec une intensité plus ou moins importante (DSM V) ou de types d’usage (CIM 10). Les professionnels disposent de ces ouvrages comme des références théoriques mais c’est leur appréciation clinique de la situation d’une personne et la souffrance associée qui permettra de parler d’addiction.

 Toutefois, chacun d’entre nous a également une représentation et une idée de ce qu’est l’addiction.

 Pour certains, la consommation quotidienne d’un produit, même dans des doses limitées, sera déjà une forme addiction : par exemple, un somnifère tous les soirs ou une cigarette par jour.

 Pour d’autres, c’est la perte de contrôle qui va être considérée comme une dépendance. Une consommation d’alcool ponctuelle, en soirée par exemple, qui se soldera systématiquement par une ivresse, avec un nombre de verres que l’on ne contrôle plus et supérieur à ce que l’on envisageait initialement, pourra être le signe d’une addiction.

 Une dernière définition de l’addiction serait l’impact dans les sphères de vie (famille, ami, travail, judiciaire, santé, finances…).

Aussi longtemps que les consommations ou les comportements n’impacteront que peu les sphères de vie, alors on ne parlera pas de dépendance.

                 

     Que faire face à l'addiction ?


 Pour faire un point sur ses consommations, l’Etat a créé des Centres de Soins, d’Accompagnement et de Prévention des Addictions (CSAPA). Certains sont associatifs, d’autres sont rattachés à des hôpitaux, mais tous sont payés par nos impôts. Libre à vous d’aller y rencontrer un professionnel pour faire un état des lieux.

 Pour trouver le CSAPA le plus proche des chez vous : www.drogues-info-service.fr

 Si la question se pose pour un proche ou un patient, il est également possible d’aller demander conseils dans ces centres.

 En fonction du type d’addiction et de la sévérité de cette addiction, les réponses seront adaptées par les professionnels.

 

Philippine Héraud

Son Linkedin



Sources:

Morel A., Couteron J-P., Fouilland P., “Aide-mémoire d’addictologie en 47 notions” ed. Dunod, Paris 2019

Therrien A., “Quand le plaisir fait souffrir : La gestion expérientielle”, Editions Ario, 4ème édition, Montréal 2006

American Psychiatric Association, “ DSM V: Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux” Elsevier Masson, 2015



Faites votre bilan écran: Un guide pour les parents

Mouton, Psychologue Clinicienne)

par Aude Mouton, Psychologue Clinicienne
le 2020-01-14

Faites votre bilan écran: Un guide pour les parents

 La question des écrans est un sujet très actuel : les parents d’aujourd’hui ne peuvent pas se baser sur leurs expériences car les écrans, leurs formes et utilisations ont rapidement évolué. Vous, parents actuels, avez un vécu de votre rapport aux écrans dans votre enfance qui se limitait à la TV, aux consoles de salon ou peut-être aux débuts des consoles portables, lourdes et en noir et blanc. On est loin des tablettes, des consoles portables à haute définition et des réseaux sociaux toujours en mouvement !


Quels types d'écran ?


 Il existe deux types d’écrans : les « passifs » et les « actifs ». Mettons dans la catégorie « écrans passifs » les activités qui ne nécessitent pas d'action de la part de l'enfant, comme un programme télé par exemple, ou un film sur n'importe quel support.

 Les écrans actifs sont les activités interactives, qui demandent une participation de la part de l'enfant, typiquement les jeux vidéos. Les réseaux sociaux se retrouvent à la frontière de ces deux catégories puisque nous pouvons être consommateur ou acteur.

L'écran passif a un effet hypnotique qui met le cerveau sur « pause ». Adulte, il est possible de regarder une émission et de réfléchir, de se cultiver. Les enfants ne sont pas dans cette démarche, ils regarderaient n'importe quoi et l'effet hypnotique est bien agréable mais source de risques avérés pour le développement physique, cognitif et affectif (1). L’aspect récréatif du film peut-être bien entendu un moment de détente, de partage en famille, d’accès à la culture (culture générale et sociale). Toutefois, il doit se limiter à cela. La tendance actuelle de l’écran passif est de se débarrasser de l’aspect contraignant de l’enfant, au restaurant, en voiture, en soirée…

 Demandez-vous à quel moment vous donnez accès à vos enfants à cette activité passive de détente. Le faites-vous par souci de relaxation, de détente, de partage ou parce que cela est pratique pour vous ?

L’écran actif peut avoir un effet d’apprentissage tout en restant limité. Dans sa recherche sur l’apprentissage au travers de plusieurs modes (avec des vidéos, via un appel en visio ou en face à face), la chercheuse Kathy Hirsch-Pasek (2) montre que rien ne remplace l’échange réel dans le transfert de compétences et dans l’apprentissage d’une langue, par exemple. Il faut donc bien voir l’écran comme un outil d’apprentissage parmi tant d’autres. Apprendre l’anglais, par exemple, peut s’appuyer sur des applications pour comprendre la grammaire ou mémoriser du vocabulaire. Tant que cet apprentissage ne sera pas passé en conversation, avec une composante émotionnelle, une mémoire des évènements et des situations, la connaissance de cette langue sera limitée et plus fragile dans le temps. Les enfants vont pouvoir apprendre la « chanson » des lettres ou la « chanson » des nombres, cependant comprendre la profonde signification d’un mot, d’un son, du nombre, devra passer par l’expérience matérielle ou relationnelle. Il leur est plus difficile de passer d’une expérience 2D à une expérience 3D car ils n’ont pas les mêmes capacités s’agissant du transfert de compétences ou de conceptualisation. Un mot ne prend son sens que dans son emploi et sa compréhension tacite.


L’écran solitaire


 C'est ici une question cruciale et une question d'éducation. Mettre les enfants devant un film ou un jeu permet d'avoir un moment de calme. Un enfant ne devrait pas avoir accès à un écran lorsqu'il est seul et le cas échéant, il devrait y avoir une discussion à la suite de l'utilisation pour permettre que l'expérience soit positive.

 Beaucoup de parents d’adolescents mettent en avant l’aspect social de certains jeux ou de certains réseaux sociaux. Il est vrai que certains jeux peuvent permettre une certaine cohésion d’équipe, ou permettre à un jeune de se faire inclure dans un groupe de pairs. Le danger est la perte de regard du parent sur la situation. Lorsqu’on laisse son jeune aller à une fête ou chez un ami, il paraît évident de le faire selon certains critères définis avec lui au préalable (connaître les amis, règles quant aux horaires, etc.. ) alors que le jeu en ligne chez soi donne une fausse impression de sécurité et le parent est bien souvent incapable de décrire les jeux auxquels son enfant joue, les personnes avec qui il parle, etc… Si votre parti pris est de laisser votre enfant jouer, renseignez-vous, jouez avec lui, comprenez les règles du jeux mais aussi les règles du groupe auquel il appartient.  


Quelle durée ?


 Tentez de compter vraiment la durée d'utilisation de votre enfant sur une semaine. Même les études ont du mal à se mettre d’accord et estiment le temps d’utilisation moyen entre 2h et 4h30 pour les enfants de 2 à 5 ans. Il existe une fonctionnalité dans votre téléphone qui vous permet de voir votre consommation quotidienne. Je vous invite à l’ouvrir et à prendre conscience de ce nombre d’heures pris dans votre journée. L’expérience est toujours enrichissante !

 La durée que vous trouvez juste, de 0 à plusieurs heures dépend de votre propre vision de l’écran dans votre vie et votre famille. Serge Tisseron a d’ailleurs développé un outil très pratique en s’inspirant de multiples recherches, vous trouverez son site à la fin de l’article. (3)



Quand ? À quel moment de la journée votre enfant est-il devant son écran ?


 Il est facile de donner de grandes leçons éducatives et tout le monde diffère. Voici cependant deux grands principes biologiques, qui permettent d’encadrer vos choix selon des critères objectifs.

  1. Évitez le matin avant l'école. Nous avons besoin au réveil de nous préparer mentalement pour notre journée. Entamez au petit déjeuner la discussion avec votre enfant : Que va-t-il faire aujourd'hui ? En classe, avec les copains, après l'école. Quelles sont ses envies du jour et de la semaine. Ce moment de réveil est important et permet au cerveau de s'ouvrir aux possibilités du jour. Un enfant qui a fait une heure d'écran avant d'arriver en classe aura une longueur de retard sur le plan de la concentration et de l'énergie.

  2. Les écrans devraient être éteints et rangés après 17h. À partir de cette heure, le corps se prépare à se coucher et à dormir. Proposer un écran après 17h peut provoquer des troubles de l'endormissement ou du sommeil. Si cet horaire est vraiment trop tôt, tentez de proposer un arrêt après le repas, puis avant le repas en reculant graduellement l'horaire d'arrêt.


Trouvez votre équilibre


 Ne diabolisons pas : le mot clé étant équilibre. Il est toujours facile dans ces débats difficiles de santé publique de pencher d’un côté puis de son extrême opposé. Au même titre que tous les points de santé publique, il est du devoir des professionnels de mettre en garde. Idéalement, vous mangeriez bio, ni trop gras ni trop sucré, des produits locaux et frais, sans alcool, sans fumer, sans excès, avec du sport mais pas trop, en campagne sans pollution…

 Mais la vie est aussi faite pour profiter, pour avoir du plaisir, du bien-être, de la détente.

Trouvez un point d’équilibre par rapport à l’écran, sans diaboliser et sans être trop permissif.

Réfléchissez à la place que cette activité a dans votre vie et celle de vos enfants. Demandez vous si vous trouvez cela adapté, bon pour son développement, ses compétences sociales et son équilibre psychique. Et adaptez en fonction !

 
Aude Mouton 

Le Burn-out, syndrome d’épuisement professionnel

Pichon, Psychologue et Coach en Transition Professionnelle)

par Cécile Pichon, Psychologue et Coach en Transition Professionnelle
le 2020-01-14

Le Burn-out, syndrome d’épuisement professionnel

 L’épuisement professionnel est-il le nouveau mal du siècle ? “Je suis au bord du burn-out”, l’expression depuis quelques années s’est immiscée dans notre langage courant et on y recourt à tout bout de champ, des unes des journaux aux conversations des dîners mondains. Si l’expression est utilisée à tort et à travers pour désigner des réalités parfois bien différentes, on se pose la question de la nature de ce mal qui ronge nos sociétés et tout particulièrement le monde du travail.

 Crise de sens, signe d’un ras-le-bol face à un monde du travail jugé violent, ou véritable maladie professionnelle, les spécialistes hésitent. 


En mai 2019, l’Organisation Mondiale de la Santé, lors de sa 72ème assemblée, a rappelé que le burn-out était avant tout un phénomène lié au travail dont les conséquences s’étendaient à l’état de santé général des personnes, mais qui ne pouvait figurer en tant que maladie à proprement parler au sein de la classification internationale des maladies. 

Mais alors, comment comprendre ce mal qui semble gagner le monde du travail ?

 Rappelons tout d’abord que le burn-out, aussi appelé épuisement professionnel, n’est pas un mal, mais un syndrome: “Le burn-out, ou épuisement professionnel est un syndrome conceptualisé comme résultat d’un stress chronique au travail qui n’a pas été correctement géré” (1). Le syndrome d’épuisement professionnel peut alors se définir alors comme le résultat de ce stress chronique qui se manifeste à travers trois dimensions décrites par Christina Maslach (2), psychologue américaine : l’épuisement émotionnel, où le sujet ressent un véritable manque d’énergie psychique et physique, la déshumanisation des relations, c’est-à-dire une attitude de retrait et de détachement du sujet dans ses relations au niveau professionnel qui s’accompagne de cynisme, et enfin un ressenti de diminution de l’accomplissement personnel au travail, où un sentiment de perte d'efficacité s'immisce peu à peu en nous, s'accompagnant d'un sentiment d'échec, de frustration qui le conduit à une dévalorisation de soi au travail.

 Les conséquences de ce syndrome sont visibles à tous les niveaux : émotionnel, physique, cognitif, mais aussi dans les relations interpersonnelles. Le syndrome d’épuisement professionnel conduit la personne qui le vit de manière quasi-systématique vers un arrêt de travail allant de quelques jours, quelques semaines, à plusieurs mois. Dans certains cas, le burn-out peut s’accompagner de consommation de substances psychotropes, et peut même parfois mener son sujet jusqu’à un état psychique proche d’un tableau clinique psychiatrique.


 Le coût financier du burn-out est non-négligeable pour les entreprises et les systèmes de santé, notamment la sécurité sociale, qui couvrent les arrêts de travail. Mais c’est surtout au niveau psychologique que la note est salée pour les individus qui le vivent : effondrement physique et mental, émergence de pathologies liées, difficultés à se réinsérer professionnellement. Les séquelles se ressentent dans le temps et plusieurs années sont parfois nécessaires pour se remettre.


 Mais alors, pourquoi le burn-out n’est pas considéré comme une maladie à proprement parler ? Il semble en fait très difficile de poser un diagnostic clinique précis sur le burn-out, ses causes étant multiples et ses effets assez fluctuants. Un état d’épuisement professionnel se distingue très clairement d’une situation de stress au travail, qui ne s’accompagne pas nécessairement d’une remise en question du sens du travail et n’altère pas toujours la relation des personnes envers leur entourage professionnel. Il se distingue aussi clairement de la fatigue chronique, qui n’a pas pour objet principal le travail, et se déclenche après une période de stress généralisé. Il est aussi très important de bien le distinguer de la dépression qui, quant à elle, dépasse largement le cadre du travail pour s’étendre à tous les aspects de la vie, avec son propre tableau clinique bien précis.


C’est pour cela que l’on parle de syndrome : il existe en effet de signes cliniques et des symptômes divers qui coexistent sans pour autant qu’ils ne donnent naissance à une maladie à proprement parler. Les médecins du travail et les psychologues peuvent eux-mêmes attester de la variété et de la diversité des cas d’épuisement professionnel qu’ils reçoivent dans leurs cabinets, et privilégient souvent une approche multi-factorielle pour en expliquer l’origine.


 Alors, de quoi s’agit-il ? Peut-être que le burn-out ne peut s’expliquer qu’en rapport avec le contexte professionnel. Pour Herbert Freudenberger (3), psychiatre américain, le burn-out manifeste le décalage entre les besoins et idéaux d’une personne et la demande extérieure, ce qui entraîne une incapacité du sujet à répondre à cette demande.


Nos sociétés malades entreraient donc en collision avec les fragilités individuelles.
Christina Maslach développe cette théorie dans ces recherches, insistant sur la violence qui règne dans le monde du travail, qui possède en soi de moins en moins de valeur intrinsèque, ce qu’on observe notamment depuis la crise économique de 2008. Le monde du travail, traversé par les difficultés économiques, tend à exiger de plus en plus des personnes tout en les sécurisant moins : les restrictions budgétaires s’accompagnent d’une surcharge de travail, tirant chaque jour un peu plus sur la corde des individus qui ne trouvent plus de sens.


 Face à cette pression constante, les personnes mettent en place des stratégies d’adaptation dysfonctionnantes, jusqu’à un point de rupture. Le contexte professionnel agressif entre en collision avec la vulnérabilité des individus. Le burn-out s’installe et l’employé se retrouve contraint de quitter son travail, le temps de se remettre sur pied.


 Il demeure donc essentiel de faire la différence entre les implications personnelles des individus en souffrance, et celles liées au type de travail et à l’organisation au sein de laquelle ils évoluent.


 Aussi, pour sortir du burn-out, il semble adéquat de se diriger vers une prise en charge individuelle qui prenne aussi en compte le contexte de travail. Maslach insiste en parallèle de cela sur le besoin de "réparer" les entreprises et le monde du travail. Michel Delbrouck (4), médecin et psychothérapeute belge, insiste quant à lui sur la nécessité d’envisager la prise en charge par une approche médico-psycho-sociale dans la thérapie. Il propose aux psychologues d’adopter une posture spécifique entre le coaching et la psychothérapie, le médical et l’organisationnel, intégrant un maximum de facteurs ayant pu mener une personne au burn-out.


 Identifier et soigner les souffrances individuelles qui se cachent derrière l’épuisement professionnel, sans pour autant omettre le contexte psycho-social spécifique rempli de stresseurs qui l’a causé pourrait permettre aux individus de reprendre le contrôle de leur vie et de trouver de nouvelles stratégies d’adaptation au service de leur équilibre personnel et d’une vie professionnelle satisfaisante.

En parallèle de ça, un réel réveil du monde de l’entreprise reste nécessaire afin de transformer les systèmes pour éviter qu’ils ne mènent à de telles situations.


Cécile Pichon

Rendez-vous chez le psychologue : un rendez-vous avec soi-même ? Le chemin vers la première séance

Roustang-Jeglot, Psychologue clinicienne-psychothérapeute)

par Astrid Roustang-Jeglot, Psychologue clinicienne-psychothérapeute
le 2020-01-14

Rendez-vous chez le psychologue : un rendez-vous avec soi-même ? Le chemin vers la première séance

Prendre la décision d’aller consulter le psychologue ne va pas toujours de soi.


A quel moment le décider? Est-ce que cela va être « utile » de parler à un étranger? Est-ce que j’en ai vraiment besoin? A quoi bon parler des choses qu’on ne peut pas changer? Comment est-ce que cela va se passer? En quoi parler va-t-il me soigner? Combien de temps cela va-t-il durer? 


 Voici quelques-unes des questions légitimes et récurrentes qui interrogent, parfois, ceux et celles que cette idée traverse.

 Souvent - et sans doute pour une majorité de personnes - consulter s’accompagne de peurs, de craintes, d’appréhensions, de doutes, d’anxiété. Ces émotions freinent voire empêchent de prendre rendez-vous ou bien d’aller jusqu’à pousser la porte du cabinet du psychologue. Si ces questions attendent bien sûr des réponses, le déferlement de questions avant un premier rendez-vous traduit, d’abord et avant tout, l’appréhension face à une situation inconnue, inédite. La grande clinicienne qu’était Françoise Dolto a fait inscrire en épitaphe sur sa tombe l’injonction « N’ayez pas peur ! », sans doute le fruit de sa longue expérience.


 Si la question « Est-ce que j’ai besoin d’aller consulter un psychologue ? » a pu se former en vous ou si quelqu’un vous l’a conseillé et que vous y repensez, c’est que cette idée résonne. L’intuition est déjà là. On se demande si l’on doit ou non la suivre.

 Il est vrai que dans nos sociétés occidentales actuelles prime la pensée spéculative, la pensée logique et rationnelle sur une pensée plus intuitive, créative et associative. C’est l’erreur de Descartes (1) qui, dans une vision dualiste, en a séparé le corps et l’esprit. Sa célèbre phrase « Je pense donc je suis » néglige la question des affects. Pourtant « la dimension humaine est d’abord et avant tout corporelle" (2). Les émotions ont toujours à voir avec le corps.

« Je ressens donc je vis » ne pourrait-il pas aujourd’hui être substitué à la phrase du philosophe?

 Ressentir, se mettre à l’écoute de ses sens… pas si simple lorsque la souffrance est présente. C’est généralement ce qui amène une personne chez le psychologue : alléger ce qui pèse dans sa vie, permettre que cesse la douleur, éclaircir ce qui est obscur.

 Pour trouver cette nouvelle place confortable dans sa vie on entend souvent en cabinet libéral « Pour que « ça » change, il faut que je comprenne ». Il existe une croyance tenace que comprendre rime avec solution. L’implacable logique cartésienne « si je comprends ce qui se passe en moi, cela va aller mieux » n’est pas toujours tout à fait exacte en ce qui concerne le processus de changement en psychothérapie. Combien ont déjà analysé ce qui se passe pour eux, fait des liens avec leur histoire ou leur vécu sans que cela ne modifie grand-chose ? Et si comprendre suffisait pour soigner, alors on pourrait se contenter de vendre des livres et des manuels explicatifs ; les thérapeutes en tous genres mettraient alors la clef sous la porte ! Ce serait surtout omettre la place du corps et des émotions en psychologie (3).

 S’il ne suffit pas seulement de comprendre, il ne s’agit pas non plus d’envisager cet espace pour uniquement déverser un mal-être ou encore se complaire dans une sempiternelle plainte (4) dont on connaît les effets pervers d’enfermement.

 Au-delà des mots prononcés et échangés, chez le psychologue clinicien, une attention particulière est portée à l’écoute du corps qui exprime et ressent, aux mots chargés d’affects. (5)


 Prendre rendez-vous avec le psychologue demande de porter attention à ces ressentis douloureux, ce qui suppose d’avoir préalablement reconnu que « ça ne va pas » et que « ça pourrait être différent ». (Le « ça » chez Freud est une instance inconsciente, le siège des pulsions, des envies, réservoir premier de l’énergie psychique).


 Cette rencontre avec son mal-être peut constituer un frein à la consultation.

Consulter est donc déjà, en soi, un acte qui engage la personne physiquement et émotionnellement.
Il est question par cette prise de rendez-vous de reconnaître qu’on ne se sent pas bien, de donner une place à cette partie en soi qui souffre, d’asseoir un désir que quelque chose change, se modifie, se transforme, sans savoir tout à fait comment s’y prendre. La présence et l’écoute d’un professionnel de santé accompagnent ce mouvement avec une distance qu’il n’est généralement pas facile d’avoir sur soi-même.


 Le rendez-vous pris est donc déjà la concrétisation d’une intuition que ce qui est vécu pourrait l’être d’une autre manière peut-être plus légèrement, plus simplement, plus tranquillement. Il inscrit un premier mouvement vers autre chose. Autre chose, c’est ce qui pose difficulté à nos esprits rationnels qui voudraient déjà savoir comment cela va se passer, est-ce que cela va bien se passer, savoir ce qui va être vécu avant de l’avoir vécu. Ces questions normales et fréquentes, témoignent de notre peur devant l’inconnu (ce que je vais ressentir, quel sera le chemin à prendre, etc…). Lors de la séance, on se livre au départ à un inconnu (le psychologue), à l’inconnu (le processus de changement), à sa part d’inconnu (ce que l’on ne connaît pas encore de soi). On y évoque ce qui est confidentiel et qui relève de l’intimité de la vie personnelle.


 Rencontrer le psychologue demande d’une part, d’accepter cette part d’inconnu, d’autre part de faire confiance à l’autre à qui l’on choisit de s’adresser et que l’on ne connaît pas. C’est-à-dire faire confiance à l’accompagnement qu’il peut apporter et à notre faculté de nous en saisir pour en bénéficier.

 Christophe Colomb, aventurier voyageur, qui découvrit l’Amérique alors qu’il croyait se trouver en Inde, nous a laissé cette phrase qui pourrait bien s’appliquer au voyage intérieur réalisé au cours d’une psychothérapie.:

« On ne va jamais aussi loin que lorsqu'on ne sait pas où l’on va. »

 Ainsi, celui qui consulte a déjà commencé l’aventure vers un ailleurs : Pourra-t-il la poursuivre ? À quel rythme ? Pour quelle durée ? Avec quels obstacles, quelles étapes sur son chemin? C’est la question de l’engagement et de l’implication personnelle plus ou moins forte dans ce type de démarche qui se manifestera au travers d’une relation (6) qui a toute son importance. En effet, quelles que soient les approches thérapeutiques (plus ou moins conscientes), quels que soient les « outils » thérapeutiques proposés, la dynamique du changement est d’abord portée par le sujet qui vient consulter.


 Le psychologue clinicien vient accompagner une personne pour l’aider à traduire ce qu’il vit et à le traverser. Il ne suffit pas de savoir qu’il faut aller sur une autre berge, encore faut-il traverser le ruisseau, le torrent, le fleuve -plus ou moins agité- qui nous en sépare.

 Le psychologue est celui qui tend la main pour passer de l’autre côté. Encore faut-il avoir envie d’y aller, de saisir la main du psychologue. De lui faire confiance. D’en sentir toute la présence, la bienveillance et la solidité. Quand et comment allez-vous saisir cette main ? C’est à vous d’en décider. La santé est aussi un choix :

« Le bonheur ne nous est pas donné, ni le malheur imposé. Nous sommes à chaque instant à une croisée des chemins, et il nous appartient de choisir la direction à prendre » dit Matthieu Ricard.

 Consulter un psychologue est, vous l’aurez compris, sans doute moins un lieu de compréhension -même si en soi il est toujours confortable et rassurant de comprendre pour les êtres rationnels que nous sommes-, qu’un espace pour vivre une expérience relationnelle et affective, source de changement.


Alors, si cette question de consulter un psychologue vous trotte encore tête, tentez l’expérience en découvrant une nouvelle place !


Astrid ROUSTANG-JEGLOT 

Les motifs de consultation chez l’enfant de l’école maternelle à l’élémentaire

Bailly, Psychologue Clinicienne)

par Roseline Bailly, Psychologue Clinicienne
le 2020-01-14

Les motifs de consultation chez l’enfant de l’école maternelle à l’élémentaire

 Aujourd’hui je vois un petit garçon de 5 ans. 

 La maman m’a demandé un rendez-vous car les nuits deviennent insupportables. Elle et le papa sont à bout, ils n’en peuvent plus.

 Elle me dit avoir tout testé. « On a essayé d’être fermes, de le punir, de le rassurer, le co-endormissement où on reste avec lui jusqu’à ce qu’il s’endorme. Rien ne marche. Éventuellement, il va s’endormir dans son lit mais deux heures après il pleure, il vient nous rejoindre. Si on l’en empêche, il se couche devant la porte de notre chambre». Les parents, inquiets de ce que le manque de sommeil fera du lendemain, finissent souvent par accepter qu’il vienne les rejoindre et dorme avec eux. Jusqu’au moment où, trop à l’étroit à trois, l’un des deux parents va finir la nuit dans le lit de l’enfant pour essayer d’avoir au moins deux bonnes heures de sommeil avant d’attaquer la journée.

 Les difficultés d’endormissement, cauchemars, réveils nocturnes, terreurs nocturnes sont parmi les raisons récurrentes de consultation. Dans le cabinet où je reçois des enfants à partir de 2 ans, la question du sommeil de l’enfant - si elle n’est pas la raison même de la demande d’aide - est toujours évoquée. C’est une question qui ponctue nos vies dès le plus jeune âge quand on demande si le nourrisson fait ses nuits ; jusqu’à l’âge adulte où le « As-tu bien dormi ? » est aussi commun dans les échanges quotidiens que le « As-tu passé une bonne journée ? ». Nous avons tellement conscience que le sommeil est une nécessité, que s’enquérir de la nuit de l’autre est aujourd’hui une politesse. Une façon de montrer à l’autre que nous lui portons de l’attention.

 Les besoins vitaux sont tous des alarmes qui résonnent jusqu’au cabinet de psychologie. Les troubles alimentaires chez l’enfant en font bien sûr partie. Moins récurrents, car nous avons une variété en terme d’offre alimentaire qui laisse la possibilité de trouver, souvent, au moins un repas que l’enfant accepte quand il refuse tout le reste. Cependant un enfant qui mange moins ou moins varié est un enfant qui devient « difficile » avec la nourriture.

Quand je demande à l’enfant s’il sait ce qu’est mon métier, souvent il n’en a pas une idée claire. La réponse la plus simple que j’ai trouvée c’est de lui dire qu’il vient me voir pour que j’essaie de l’aider. Pour que ce qui est compliqué pour lui devienne plus simple.
L’enfant avant l’adolescence n’a pas encore acquis la capacité d’analyse et de synthèse qui lui permet d’expliquer ce qui est compliqué pour lui. Il n’a par contre aucun mal à admettre que c’est compliqué et qu’il aimerait être aidé.

 En tant que psychologue j’interviens quand l’enfant devient difficile ; avec la nourriture, au moment du coucher, dans les interactions avec les parents, à l’école. « Il est difficile, elle est dure ». Les rapports se tendent. Les parents multiplient les tentatives de solution et arrivent souvent démunis devant nous. Nous voyons les enfants quand les parents inquiets ne savent plus quoi mettre en place.

 Au-delà des besoins vitaux, la question de l’école reste un des premiers motifs de consultation. Il serait difficile de donner une définition claire et concise de ce que sont les difficultés scolaires. Par contre, nous avons une idée plutôt bien définie de ce qu’est la réussite scolaire. Un enfant qui réussit à l’école est un enfant qui a de bons résultats, un bon comportement et des copains avec qui jouer. Vous enlevez n’importe lequel de ces éléments dans toutes ses déclinaisons possibles et cela génère de la tension. Pour l’enfant, pour les parents qui s’inquiètent, pour l’enseignant qui ne sait plus comment transmettre. « L’inadéquation scolaire » est aujourd’hui un des générateurs d’angoisse les plus actifs. Quand le lieu de la future réussite et survie sociale de nos enfants vient nous dire qu’il y a un problème, l’inquiétude est immédiate. Tous les adultes ont conscience qu’un échec scolaire handicape lourdement. Inquiétude pour un avenir professionnel encore lointain, incertain qui effraie déjà par son caractère inconnu, mais pas uniquement. L’actualité même de l’enfant inquiète. Le décrochage scolaire, le retard dans les apprentissages qui est si difficilement rattrapable. Cette phrase qui trop répétée alarme : « Je veux pas aller à l’école ». De loin en loin elle est entendue comme un signe de bonne santé. Après tout, avoir envie de temps, de liberté, de jeux, c’est merveilleusement sain pour un enfant. Pour un adulte aussi. Mais quand l’expression d’une frustration saine devient un refus ; quand ce qui est actuellement reconnu comme le passage unique et obligatoire vers le minimum de connaissances nécessaires pour survivre est obstrué, c’est le gyrophare qui s’allume.

 Aujourd’hui, nous parlons de comportement de l’enfant comme d’une jauge de bonne adaptation. Nous oublions souvent de l’entendre comme une manifestation directe de son état intérieur.

 

Un enfant qui ne se comporte pas comme l’adulte le lui demande n’est pas un enfant qui a de mauvaises intentions. C’est un enfant qui ne va pas bien.
 Un enfant va, en toutes circonstances, d’abord tenter de satisfaire la demande de l’adulte qu’il aime. Ce que nous qualifions d’opposition ne démarre pas comme un combat dans un ring de boxe. L’enfant cherche son plaisir et son bien-être et va tenter de changer les limites pour l’obtenir. Il ne cherche pas à les ignorer ou les éliminer. Au contraire, elles sont le cadre qui sécurise. Simplement si elles l’empêchent de se sentir bien, il tentera de les adapter. Si malgré un refus répété il persiste, alors c’est le signe qu’il ne peut pas tolérer la situation telle qu’elle est. Il y a quelque chose qui le dérange trop. Qu’il manque d’attention au point de chercher la réprimande plutôt que de se sentir seul ; qu’il manque de confiance en ses capacités au point de mettre en échec tout ce qui est entrepris plutôt que d’essayer ; dans ces situations, l’enfant vient par son comportement dire sa détresse.

 Combien de fois nous nous apercevons nous adultes, que nous nous sommes mal compris dans nos mots. Et nous parlons là du domaine du verbal. Domaine codifié pour permettre une compréhension mutuelle sur une base commune. Le non verbal est infiniment plus complexe. Le comportement d’un enfant sera interprété par l’adulte selon sa connaissance de l’enfant, son cadre de référence. Il sera influencé par ses attentes, perçu différemment en fonction de la fatigue de l’observateur. Si en plus l’enfant ne peut exprimer avec des mots ce qui le pousse à agir ainsi, se comprendre devient un jeu d’équilibriste.

 Alors nous intervenons. Pour poser les questions qui vont permettre de mettre en mots une situation dans laquelle les parents sont tellement impliqués qu’ils n’en voient plus les contours. Nous sommes des archéologues de l’explication, des révélateurs de liens qui sont invisibles pour ceux qui sont pris dans la toile.

 Parce qu’un enfant pour éviter de blesser ou de ne pas faire plaisir va se contorsionner comme seule le permet leur souplesse de petit être encore en devenir.

 Une petite fille prise dans un conflit de loyauté depuis la séparation a décidé, ne sachant plus comment faire plaisir à deux parents qui décidément n’étaient plus d’accord sur rien, de ne plus rien dire ou faire à l’école. Parce que l’école est le lieu neutre où il ne s’agit ni de papa ni de maman mais d’elle. C’est le lieu où elle ne blessera ni l’un ni l’autre donc c’est le lieu où elle exprime son désarroi. Le positif c’est que ses deux parents sont enfin d’accord pour dire que ça ne va pas. Le négatif c’est qu’ils sont d’accord pour la gronder. Ne sachant plus comment sortir de l’ornière elle y reste et la creuse. Les parents se sentant déjà coupables de n’avoir pas réussi à sauver l’unité familiale, portant le poids du quotidien en parent célibataire, ne comprennent pas qu’elle ne fasse plus aucun effort à l’école. Elle qui réussissait si bien, elle qui a pourtant toutes les capacités nécessaires. Chargés de la peur pour l’avenir scolaire de leur fille, la fatigue de la journée et le doute coupable d’avoir, par la séparation, bousculé l’équilibre de leur enfant, ils s’énervent. Puis ils s’en veulent de s’être énervés. Alors il faut démêler les fils. Aller donner une couleur et des mots au ressenti de chacun. Leur permettre de s’écouter eux-mêmes d’abord, puis d’entendre l’autre.

L’énurésie, l’encoprésie, la dyslexie, l’hyperactivité, les difficultés liées à la précocité, sont autant de troubles qui au-delà de leurs origines, qu’elles soient physiologique, génétique, développementale, psychologique, tissent une toile serrée et complexe de peurs, d’espoirs, de déceptions. Ajoutons à cela la frustration du parent impuissant qui ne sait plus comment aider son enfant. Autant de nœuds sur une corde qui rétrécit jusqu’à ne plus laisser aucune souplesse dans un quotidien déjà surchargé entre la préparation du matin, les trajets, le travail, les devoirs, la douche, le dîner, le temps de jeu nécessaire, les dents et le coucher (enfin).

Aller voir un psychologue, c’est déposer son paquet de nœuds dans un espace où le professionnel, lui bien extérieur à la pelote, va tirer des fils, refaire les chemins des entrelacements, expliquer les boucles pour recréer de la souplesse.

 Consulter un psychologue n’est pas affaire de folie ou de troubles graves. Il s’agit des torsions du quotidien, des pliures et des courbatures qui entravent et épuisent. Les demandes varient comme autant de motifs d’une même trame. La question de soi, de l’autre, et du respect est au cœur de notre travail. Comment faire de chaque groupe social, de la famille à la classe, de l’équipe de foot au groupe éphémère d’un dîner entre amis, un espace harmonieux de vivre ensemble dans lequel chacun s’épanouit.


Roseline Bailly

Son profil sur weppsy

 

Des pistes pour approfondir :

Alvarez, C. (2016). Les lois naturelles de l’enfant. Paris : Les Arènes.

Dolto, F. (1974). Le cas Dominique. Paris : Points.

Doukhan-Zyngierman, D. (2004). Une psy dans une cité. Paris : Leduc S.

Winnicott, D. W. (1975). Jeu et réalité. Paris : Gallimard.

 


Les “psys”: psychiatre, psychologue, psychanalyste, psychothérapeute : comment s’y retrouver ?

Raynaud de Lage, Psychologue Clinicienne)

par Claire Raynaud de Lage, Psychologue Clinicienne
le 2020-01-14

Les “psys”: psychiatre, psychologue, psychanalyste, psychothérapeute : comment s’y retrouver ?

 Il est déjà parfois difficile de « se faire suivre » ou « d’aller voir quelqu’un », il est souvent encore plus énigmatique de savoir vers qui se tourner. Un psychiatre ? Un psychologue ? Un psychothérapeute ? Un psychanalyste ?

Mais savons-nous bien qui est qui et à quoi sert chacun ?

 Le psychiatre est un médecin, qui a effectué des études de médecine complète. Il est spécialiste de la santé mentale, et seul praticien habilité à effectuer un diagnostic médical et à proposer une prise en charge médicale et médicamenteuse.

 Le psychologue : le titre de psychologue est un titre protégé par l’article 44 de la loi n°85-772 du 25 juillet 1985, et qui depuis le décret n°2005-97 du 3 février 2005 est utilisé uniquement par des personnes titulaires d’un Master 2 de psychologie, ou d’un diplôme d’études supérieures en psychologie.

 Il existe plusieurs branches dans la psychologie dont la psychologie clinique et la psychologie du travail.

 La psychologie clinique a pour but de s’intéresser aux difficultés, aux souffrances, et aux conflits de chaque sujet, et la manière dont il parvient à vivre avec, à son histoire. Le psychologue tente d’accompagner chaque personne afin de l’aider à faire face de la meilleure manière possible aux différents événements de vie douloureux qu’elle traverse, de soutenir et d’apaiser.

 La psychologie du travail est davantage centrée sur les conduites humaines au sein de l’entreprise, et s’intéresse au couple personne-travail au sein de son environnement de travail.

 Le psychothérapeute : il peut être psychologue, mais aussi psychiatre, médecin, ou professionnel certifié par des organismes agréés, justifiant avoir validé une formation universitaire de 400 heures en psychologie clinique et de 5 mois de stage professionnel dans une structure privée ou publique agréée. Ce titre est protégé en France par le décret du 7 Mai 2012.

 La psychothérapie pourrait se définir comme la boîte à outils du soignant en santé mentale. Au sein d’une relation d’aide entre le patient et le soignant, le psychothérapeute est formé à une ou plusieurs méthodes de soins, qu’il propose à son patient afin de l’accompagner vers un mieux-être. Il existe de nombreuses psychothérapies différentes qui correspondent aux différents courants de la psychologie. Certaines d’entre elles sont décrites dans notre rubrique “Dossier”.

 Parmi les professionnels de la santé mentale, le plus connu du grand public est souvent le psychanalyste. C’est un thérapeute qui pratique la psychanalyse, qui est un des courants de pensée de la psychologie. Elle se fonde sur l’étude des phénomènes inconscients. La psychanalyse comprend deux acceptions :

  • un corpus théorique qui permet d’étudier les fonctionnements psychiques du normal au pathologique,
  • une méthode thérapeutique qui se fonde sur la parole et l’association libre du patient.

 Le titre de psychanalyste n’est pas un titre protégé. Les pré-requis essentiels pour obtenir ce titre sont d’avoir soi-même fait une cure psychanalytique (allongé sur le divan) et d’avoir suivi une formation dans le cadre d’une association psychanalytique.


Bon à savoir : Il est possible de cumuler plusieurs casquettes. Ainsi un psychiatre peut être psychothérapeute. Un psychanalyste peut aussi être psychologue. Il est donc intéressant de se renseigner pour savoir si le praticien que nous allons voir est formé à la psychothérapie, par exemple.

 En outre, il est bon de préciser que depuis quelques années maintenant, tous les étudiants de l’Ecole de Psychologues Praticiens ont le double diplôme de psychologue et de psychothérapeute, grâce aux nombreux stages effectués durant leur cursus, et aux différents cours de psychopathologie qu’ils ont l’opportunité de suivre.

 

Claire Raynaud de Lage

Linkedin


Sources :

Agence Régionale de Santé. Usage du titre de psychothérapeute. 

Légifrance. Usage du titre de psychologue. 

Légifrance. Décret fixant la liste des diplômes permettant de faire usage professionnel du titre de psychologue. 


Savez-vous apprécier vos réussites ? La problématique du syndrome de l'imposteur

d'Heucqueville, Psychologue du travail)

par Pauline d'Heucqueville, Psychologue du travail
le 2020-01-14

Savez-vous apprécier vos réussites ? La problématique du syndrome de l'imposteur

 Alice a fait de brillantes études, elle est douée et n’a eu aucun mal à trouver le poste qu’elle souhaitait. Ses premières expériences en entreprise sont de véritables succès même si elle ne le reconnaitra jamais. Elle travaille beaucoup, s’investit et… ça marche : son manager vient de lui parler d’une mission complexe dont elle serait le chef de projet pour le mois de janvier.  

 Mais Alice ne lui fournit qu’une réponse évasive et fuyante. Elle est persuadée que son patron la surestime. Malgré les bons retours sur son travail, elle n’a pas, selon elle, les compétences suffisantes pour une telle tâche. C’est à Michel, son collègue, qu’il aurait dû proposer…

 Quelques jours plus tard, Alice vient consulter un psychologue qui lui a été recommandé. Le thérapeute découvre une jeune femme rongée par l’angoisse. La proposition qui lui a été faite la terrorise. Selon elle, cela ne fait aucun doute, l’image de la salariée sérieuse et brillante qu’elle renvoie n’a rien à voir avec ce qu’elle est vraiment : elle s’estime nulle et moins douée que ses collègues. Pour en arriver là, elle a eu de la chance, c’est tout.


“Trois critères qui permettent de l’identifier : l’incapacité de s’attribuer une réussite, l’impression d’être surestimé et la peur d’être démasqué”

 Pourtant, quand le psychologue renvoie Alice à son expérience, elle est bien incapable de vous donner des exemples d’échecs ou de faits qui pourraient rendre rationnel ce sentiment. Tout laisse à penser qu’Alice mérite son succès et qu’elle est à la hauteur.

 C’est en 1978, que deux chercheurs américains parlent du « syndrome de l’imposteur » pour la première fois et mettent en avant trois critères qui permettent de l’identifier : l’incapacité de s’attribuer une réussite, l’impression d’être surestimé et la peur d’être démasqué.

 Ces symptômes, quand ils sont éphémères, sont assez courants, 62% à 70% de la population aurait douté "ne serait-ce qu’une fois de la légitimité de leur statut" selon les données avancées par Chassangre en 2016 (1). Ce sentiment peut d’ailleurs s’exprimer seul et de manière isolée dans un fonctionnement psychique sain et pas uniquement dans le milieu professionnel. Pauline Rosa Clance, experte du sujet, préférera parler d’ailleurs « d’expérience de l’imposteur ».

 Au-delà de la question sémantique, ce trouble, même s’il a tendance à diminuer avec l’âge (2) peut persister chez certaines personnes engendrant une grande souffrance psychologique.

 

Alors, que se passe-t-il dans la tête d’Alice ?


 Les comportements que va mettre en place la jeune femme pour faire face à son illégitimité supposée peuvent être de deux types :

 Soit elle se prépare de manière excessive pour réussir à tenir la mission quitte à mettre en péril sa santé; soit elle procrastine concernant les tâches qu’elle doit accomplir.

 Dans les deux cas, si elle réussit elle aura tendance à attribuer son succès à des causes extérieures : « en travaillant autant, qui n’aurait pas réussi ?», « j’étais au bon endroit au bon moment ». Ce processus est l’attribution causale d’une réussite qui est généralement externe et instable chez les prétendus imposteurs. (3)

 Ce qu’il faut retenir, c’est l’irrationalité de la croyance d’Alice qui conditionne l’ensemble de ses comportements. A terme, elle pourrait avoir tendance à :

-       se fixer des objectifs moindres pour s’assurer de ne pas échouer : refuser cette mission par peur de l’échec par exemple ;

-       éviter toute situation susceptible de la mettre en avant par l’avenir ;

 La crainte d’Alice est d’être humiliée si elle échoue. (4)

 

Comment aider cette patiente ?


 La faible estime d’Alice pour sa propre personne est le résultat d’une évaluation dysfonctionnelle d’elle-même qui entraîne des états dépressifs et anxieux communs à la plupart des personnes souffrant du syndrome de l’imposteur. (5)

 Fort de ce constat, un accompagnement psychothérapeutique pourrait amener Alice vers une acceptation inconditionnelle d’elle-même qui l’aiderait à considérer sa personne avec ses failles et ses points forts.

 La réattribution causale de ses réussites peut se travailler grâce à un outil très simple (6) : 

  1. Tracez une ligne sur une feuille de papier
  2. Ecrivez à une extrémité le mot “imposteur” avec la définition réelle du terme (Personne qui trompe par de fausses apparences, qui se fait passer pour quelqu'un d'autre) (7)
  3. Inscrivez à l’autre extrémité “moi, mon masque” et définissez-le (savoir-faire, savoir-être, connaissances, compétences…)
  4. Placez-vous chaque jour sur cette ligne et en expliquant pourquoi vous pensez être à tel endroit

 Si vous souhaitez vous évaluer : le Clance impostor phenomenon scale (CIPS) est une échelle validée scientifiquement (en anglais et en français) composé de 20 items et accessible facilement sur internet. Elle mesure les manifestations qui peuvent être induites par ce syndrome. Les réponses sont graduées de 1 (pas du tout) à 5 (tout le temps). Plus le résultat est élevé, plus vous faites vraisemblablement l’expérience du syndrome.

 

Pauline d'Heucqueville

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Sources