Bienvenue sur PsyYou, un ensemble d’articles écrits par des psychologues à destination du grand public.

Ce blog est issu du souhait de partager des idées du monde de la psychologie, de créer des échanges grâce à “une rencontre” avec des praticiens sur des sujets qui vous touchent et vous interrogent. Une rencontre car chaque texte est le fruit du travail personnel et de l’expérience d’un psychologue et porte dès lors sa signature. Vous trouverez ici une grande diversité d’approches : chaque article est l’expression d’un point de vue, d’une pratique. Nous sommes convaincus que la pluralité des approches et la dimension intégrative des pratiques nourrissent une réflexion riche et en mouvement. Nous vous invitons ainsi à explorer ces ressources avec ouverture et bienveillance, valeurs essentielles de notre réseau, que nous souhaitons prolonger et faire vivre dans ce projet avec vous.

L’objectif est ainsi de vous donner un maximum d’informations afin de faire avancer votre réflexion sur des sujets, et que vous puissiez faire des choix éclairés, concernant par exemple le type de psychologue ou de courant qui pourraient vous convenir au mieux.

Afin d’approfondir les thématiques abordées, vous trouverez des sources et des liens en bas des articles, qui sont des invitations à approfondir les thématiques abordées, ainsi que des informations sur l’auteur. Nous vous proposons de les retrouver sur leur fiche weppsy ou via leur site si vous souhaitez les contacter. Par ailleurs, comme vous le savez, ces écrits ne pourront pas répondre totalement à une problématique spécifique et personnelle, mais seront, nous l’espérons, un point de démarrage et un début d’éclairage pour vous. Aussi, rien ne remplacera un entretien avec un psychologue.

Les auteurs de PsyYou sont des psychologues cliniciens, du travail, ou chercheurs, qui travaillent dans différentes organisations telles que l’hôpital, l’entreprise, les écoles ou encore comme indépendant. Ils sont tous diplômés de l'Ecole de Psychologues Praticiens.

Vous trouverez ci-contre des catégories, qui évolueront et s’enrichiront au fil du temps, afin de pouvoir vous repérer au mieux et cibler vos recherches.

Maintenant, à vous d’explorer !

Qu'est-ce que l'addiction et comment devient-on dépendant ?

Héraud, Psychologue Clinicienne)

par Philippine Héraud, Psychologue Clinicienne
le 2020-02-04

Qu'est-ce que l'addiction et comment devient-on dépendant ?

     Différents types d’addiction


 Il y a les consommations dites « avec produit » et celles dites « sans produit ».

 Les consommations avec produit concernent toutes les substances fumées, ingérées ou injectées - 3 modes de consommation - qui vont modifier le fonctionnement habituel du notre cerveau, aussi appelé système nerveux central. Par exemple, un verre d’alcool viendra engourdir le cerveau : c’est ce que les scientifiques appellent l’effet dépresseur. Un joint de cannabis perturbera nos sensations en déformant nos perceptions. Une cigarette ou un rail de cocaïne, chacun à un degré différent, stimuleront notre cerveau en l’excitant. Les produits peuvent donc avoir 3 types d’effet sur le système nerveux central : dépresseur, perturbateur ou stimulant.

 Les consommations sans produit concernent, quant à eux, tous les comportements qui finissent par prendre une place excessive dans nos vies. Par exemple, jouer à des jeux vidéo de manière trop importante peut avoir des conséquences sur notre vie scolaire ou professionnelle, sur notre santé (sommeil et alimentation affectés) et sur nos relations (isolement familial et amical). Même si la question est débattue dans la communauté scientifique, on pourrait alors parler de « dépendance aux écrans ». C’est la même chose pour les jeux de hasard et d’argent, pour la sexualité, le sport… Parmi les consommations sans produit, seule celle au jeu de hasard et d’argent est reconnue comme une addiction.

                  

     Comment devient-on dépendant ?

 Lorsque l’on consomme un produit, on cherche à obtenir un certain effet. Ce faisant, on déséquilibre le fonctionnement de notre cerveau et de notre corps. Une fois l’effet recherché atteint, le corps pour retrouver son équilibre va passer par une phase de récupération. Si vous avez déjà consommé de l'alcool c’est ce qu’on appelle couramment “la gueule de bois”. Ainsi, l’effet recherché et ressenti en prenant un produit ou en ayant un comportement sera suivi d’un contre-effet.    

 Quand un produit ou un comportement s’invite dans nos vies, il peut y avoir une accroche forte en fonction du caractère de chacun, de son histoire, de sa personnalité, de sa physiologie…Le contexte singulier dans lequel nous sommes viendra alors inscrire ce produit ou ce comportement dans notre quotidien. C’est ce qu’on appelle la loi de l’effet ; l’expérience = individu + produit ou comportement + contexte environnemental. Ainsi, telle personne sera plus sensible à l’alcool, tandis que telle autre au cannabis.

 A mesure que l’on prend l’habitude de consommer un produit, le corps et l’esprit s’habituent également. Or, avec une substance, le cerveau aura besoin d’une quantité toujours plus grande pour retrouver le même effet découvert lors de la première prise de produit - concept de tolérance. Peu à peu, le corps s’accoutume et la personne ne se laisse plus le temps de récupérer entre deux prises de produit. Rapidement cette personne peut perdre sa capacité à gérer une consommation car le circuit de la récompense et le circuit du contrôle présents dans le cerveau sont altérés. Plus les consommations sont rapprochées, moins le corps et l’esprit ont le temps de récupérer de cette perturbation et plus la dépendance s’installe, faisant entrer la personne dans une spirale.

Au début, c’est pour se sentir mieux que l’on consomme un produit ou que l’on a un certain comportement ; mais, lorsque la dépendance est là, c’est pour arrêter de se sentir mal que l’on doit répéter ces consommations ou ce comportement.

 

     Quand est-ce que je suis dépendant ?


 Selon les manuels de psychiatrie, on parlera de trouble lié à l’usage de substance avec une intensité plus ou moins importante (DSM V) ou de types d’usage (CIM 10). Les professionnels disposent de ces ouvrages comme des références théoriques mais c’est leur appréciation clinique de la situation d’une personne et la souffrance associée qui permettra de parler d’addiction.

 Toutefois, chacun d’entre nous a également une représentation et une idée de ce qu’est l’addiction.

 Pour certains, la consommation quotidienne d’un produit, même dans des doses limitées, sera déjà une forme addiction : par exemple, un somnifère tous les soirs ou une cigarette par jour.

 Pour d’autres, c’est la perte de contrôle qui va être considérée comme une dépendance. Une consommation d’alcool ponctuelle, en soirée par exemple, qui se soldera systématiquement par une ivresse, avec un nombre de verres que l’on ne contrôle plus et supérieur à ce que l’on envisageait initialement, pourra être le signe d’une addiction.

 Une dernière définition de l’addiction serait l’impact dans les sphères de vie (famille, ami, travail, judiciaire, santé, finances…).

Aussi longtemps que les consommations ou les comportements n’impacteront que peu les sphères de vie, alors on ne parlera pas de dépendance.

                 

     Que faire face à l'addiction ?


 Pour faire un point sur ses consommations, l’Etat a créé des Centres de Soins, d’Accompagnement et de Prévention des Addictions (CSAPA). Certains sont associatifs, d’autres sont rattachés à des hôpitaux, mais tous sont payés par nos impôts. Libre à vous d’aller y rencontrer un professionnel pour faire un état des lieux.

 Pour trouver le CSAPA le plus proche des chez vous : www.drogues-info-service.fr

 Si la question se pose pour un proche ou un patient, il est également possible d’aller demander conseils dans ces centres.

 En fonction du type d’addiction et de la sévérité de cette addiction, les réponses seront adaptées par les professionnels.

 

Philippine Héraud

Son Linkedin



Sources:

Morel A., Couteron J-P., Fouilland P., “Aide-mémoire d’addictologie en 47 notions” ed. Dunod, Paris 2019

Therrien A., “Quand le plaisir fait souffrir : La gestion expérientielle”, Editions Ario, 4ème édition, Montréal 2006

American Psychiatric Association, “ DSM V: Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux” Elsevier Masson, 2015



Dossier Eclairage: Qu'est-ce que l'Analyse Transactionnelle ?

Peyron, Psychologue Clinicienne)

par Ondine Peyron, Psychologue Clinicienne
le 2020-02-11

Dossier Eclairage: Qu'est-ce que l'Analyse Transactionnelle ?

 L’Analyse Transactionnelle, ou AT, est un courant de psychothérapie qui naît dans les années 70 dans le champ des thérapies dites humanistes. C’est une théorie de la communication créée par le psychiatre Eric Berne aux Etats-Unis. Ce dernier travaillait à l’hôpital en Californie et cherchait un moyen de soigner ses patients par la psychothérapie. Très inspiré par les travaux de la psychanalyse, il a décidé d’y apporter un vocabulaire plus clair, plus pragmatique et donc plus accessible à tous. Ainsi, il a développé la théorie des États du Moi. 

Il part du postulat que nous évoluons de notre naissance à notre mort avec ces trois États du Moi dans notre psychisme, qui interagissent ensemble et avec autrui. L’analyse de ces transactions permet d’observer des schémas répétitifs ou bloquants. En effet, les Etats du Moi ont un aspect complémentaire, et souvent un Enfant appelle un Parent en face dans la communication, tout comme un Parent appelle un Enfant.


Les différents États du Moi sont :

  • Le Parent : qui se réfère aux valeurs, aux règles avec lesquels nous avons grandi. Il existe deux types de Parents : tout d’abord le Parent Normatif dont la fonction est la protection et la transmission de valeurs. Il peut être positif ou négatif (lorsqu’il est dans la critique). Il y a également le Parent Nourricier ou Bienveillant qui a une fonction de permission et de soutien. Il est positif lorsqu’il encourage, négatif lorsqu’il infantilise et surprotège. 

  • L’Adulte : qui se réfère à l’ici et le maintenant dans l'environnement qui nous entoure et de nos capacités internes d’analyse et de traitement d’information.

  • L’Enfant : qui se réfère aux vécus et souvenirs de l’enfance. Cet État du Moi rejoue les désirs, les envies et peurs : ce sont les émotions qui priment. Il peut être Rebelle (dans l’opposition légitime), Adapté (qui s’adapte au contexte) ou Libre (qui est dans les émotions avant tout, naturel et intuitif).


  Voici un exemple que tout un chacun a déjà dû vivre ou observer :


Il est 18h15. Pierre rentre pour une fois avant sa compagne. Il est ravi de pouvoir se détendre dans son canapé et d’alterner entre télécommande et smartphone. Le temps passe et il prend beaucoup de plaisir à se prélasser en attendant Marie.

19h30. Sa compagne rentre ! Elle est étonnée de le voir déjà rentré. Épuisée de sa journée de travail, elle a pris le temps d’aller faire des courses pour le dîner et faire plaisir à son homme.

Pierre (détendu): Salut chérie ! Ça va ? Tu as passé une bonne journée ?

Marie (tendue) : Bah t’es déjà rentré ?!

Pierre (sur la défensive) : Wow ! Du calme !

Marie (agressive) : Comment ça du calme ?! J’ai passé une journée exténuante, je rentre des courses et tu ne me proposes même ton aide pour porter les sacs ! Tu restes affalé là comme un pacha !

Pierre (agressif, il se lève d’un bond) : Un pacha ?! Non mais tu racontes n’importe quoi ! Qui a fait les courses toute la semaine dernière et a préparé une pizza maison hier soir ??

Marie (elle craque et commence à pleurer) : On est en train de faire les comptes c’est ça ? (Elle fond en larmes) Et moi qui t’avais acheté ton dessert préféré pour ce soir…

Pierre (toujours énervé) : Voilà il faut toujours que tu te victimises !


À la base, Pierre et Marie n’avaient rien à se reprocher en apparence mais se sont quand même disputés comme à l’accoutumée et terminent chacun dans leur coin.

       Allons décortiquer tout cela “façon AT”. 


Note: EDM signifie État du Moi.

Pierre (détendu): Salut chérie ! Ça va ? Tu as passé une bonne journée ? C’est l’EDM Adulte de Pierre vers l’EDM Adulte de Marie – Pierre parle à Marie en fonction de ce qu’il est et de ce qui se passe dans l’ici et le maintenant.

Marie (tendue) : Bah t’es déjà rentré ?! EDM Parent Critique Négatif de Marie qui vise l’Enfant Adapté de Pierre.

Pierre (sur la défensive) : Wow ! Du calme ! EDM Enfant Rebelle de Pierre qui vise le Parent de Marie.

       Les transactions continuent de se croiser. Marie ne va plus répondre via son Parent mais va rentrer dans la plainte de l’Enfant en visant le Parent Nourricier de son compagnon.

Marie (agressive) : Comment ça du calme ?! J’ai passé une journée exténuante, je rentre des courses et même pas tu me proposes de l’aide pour porter les sacs ! Tu restes affalé là comme un pacha !

Le compagnon va encore prendre cette transaction comme une critique et va continuer à se défendre depuis son EDM Enfant Rebelle en visant l’EDM Parent de sa compagne.

Pierre (agressif, il se lève d’un bond) : Un pacha ?! Non mais tu racontes n’importe quoi ! Qui a fait les courses toute la semaine dernière et a préparé une pizza maison hier soir ??

Elle qui recherchait de l’attention et du soutien se sent incomprise et va chercher à attendrir/culpabiliser son compagnon depuis son EDM Enfant en visant toujours l’EDM Parent Nourricier.

Marie (elle craque et commence à pleurer) : On est en train de faire les comptes c’est ça ? (elle fond en larmes) Et moi qui t’avais acheté ton dessert préféré pour ce soir…

Sauf que ça ne fonctionne toujours pas… C’est bien le Parent qui répond mais c’est le Critique Négatif !

Pierre (dépité et impuissant) : Voilà il faut toujours que tu te victimises !



 On peut observer ici ce qu’on appelle un Jeu Psychologique. Marie a joué à « Pauvre de moi ». 

On peut imaginer que c’est un jeu familier rejoué régulièrement depuis son enfance. Pierre lui aussi a appris à jouer à ce jeu où il termine en se sentant impuissant et triste. Malgré l’issue bien connue, Marie et Pierre ne peuvent s’empêcher de jouer et rejouer à ce jeu qui pourtant leur fait du mal et vient renforcer leurs croyances négatives sur eux-mêmes. 

Pour éviter qu’une situation comme celle-ci ne se reproduise nous pourrions proposer à ce couple d’essayer de déceler l’appât qui a permis à ce jeu de se mettre en place. Ici, l’appât serait la transaction de Marie « Bah t’es déjà rentré ?! ». Ici, elle ne répond pas à la transaction directe de Pierre mais sous entend beaucoup de choses derrière cette phrase. On peut imaginer : « Pourquoi tu ne m’as pas prévenue que tu rentrais plus tôt ? – Tu sais que je n’aime pas les surprises de ce genre ! – Tu rentres plus tôt et tu ne m’aides pas ? » .

Bref on peut imaginer beaucoup de choses ! Ici pour éviter à Pierre de rentrer dans le jeu psychologique, une option aurait pu être de répondre à Marie quelque chose comme « Ta réaction vient me dire que toi, t’es tendue. Qu’est-ce qu’il se passe ? ». 

Le principe est de répondre à ce qu’il se passe dans l’instant et non aux petites lignes induites.


La thérapie en AT, en décortiquant ces jeux et ces répétitions, peut permettre au client de mettre à jour des croyances très anciennes, que l’on appelle croyances de scénario. Cette analyse l’aidera à sortir de ce scénario qui ne semble plus adapté dans sa vie d’adulte.


 Cette analyse des États du Moi, des Transactions, des Jeux et du Scénario s’effectue dans un cadre décrit dès le premier RDV avec le thérapeute. En effet, l’AT est une thérapie dite "contractuelle". Ensemble, client et psychologue établiront ensemble le cadre de leur travail : le lieu, le rythme, le coût des séances, le contrat de thérapie. La thérapie prendra fin lorsque le contrat est rempli. Ce qui n’empêche pas d’en établir de nouveaux ou même de le changer en cours de travail. Il est important de préciser la souplesse de l’espace qui est permis grâce à la parole. En effet, tout est bon à dire et est matière au travail : mettre des mots sur les pensées, les émotions et les comportements.


Pour conclure, l’Analyse transactionnelle est une psychothérapie qui peut être pratiquée en individuel, en couple et en groupe. Elle est particulièrement recommandée pour toute personne rencontrant des problématiques de type relationnelles, de place ou de conflit.
Le but de ce travail analytique en face à face, est de retrouver, comme le disait Sigmund Freud, la capacité à aimer et à travailler.


Ondine Peyron

Son profil sur weppsy



Sources: 

France Brécard, Laurie Hawkes, Le grand livre de l'analyse transactionnelle, Librairie Eyrolles.

Éric Berne, Que dites-vous après avoir dit bonjour ?

Éric Berne, Des jeux et des hommes.

https://www.ifat-asso.org/concepts-base/


Dossier Eclairage : Qu'est-ce que la relaxation thérapeutique ?

Roustang-Jeglot, Psychologue clinicienne-psychothérapeute)

par Astrid Roustang-Jeglot, Psychologue clinicienne-psychothérapeute
le 2020-02-18

Dossier Eclairage : Qu'est-ce que la relaxation thérapeutique ?

 Conduite par un professionnel de santé reconnu (psychologue, psychomotricien, infirmier ou médecin), cette proposition psychothérapique est généralement bien acceptée.

 Elle peut être réalisée en individuel ou en groupe. Elle convient aussi bien pour les enfants, les adolescents que les adultes ce qui en fait une pratique très intéressante.

Pratique psychothérapique transversale dans le champ de la psychologie, elle peut, selon la formation du praticien, être utilisée dans différents cadres et avec des objectifs variés.

 A côté des thérapies verbales, il s’agit d’une thérapie dite « à médiation corporelle » où il est proposé au patient de « vivre une expérience » de relaxation et de se mettre à l’écoute de ses sens. Ce premier temps est souvent suivi d’un temps de parole. 

Du soulagement d’un état de tension physique à l’amélioration de la gestion émotionnelle ou du stress quotidien, la pratique de la relaxation peut être  soit plutôt « recouvrante » en se focalisant sur le symptôme et en se concentrant sur cette tâche, ou plutôt « découvrante », en offrant toute liberté d’expression à la créativité.

L’intérêt de la relaxation thérapeutique est aussi d’offrir du temps et une attention centrée sur le corps.
Dans notre société actuelle, il n’est en effet plus fréquent ni spontané de mettre son flux de pensées en pause au profit d’une écoute bienveillante et centrée sur ce qui se passe au niveau corporel.  

 De nombreuses indications sont possibles, notamment lorsque le « corps parle ». On peut observer parfois des manifestations somatiques (troubles du sommeil, mal de dos, migraines) qui peuvent être l’expression physique d’une cause psychologique telle qu’un stress ou une angoisse non-conscientisés. “Tout va bien, pourtant je dors de moins en moins bien, je ne comprends pas”.

L’attention portée au corps lors de la relaxation permettra à la personne qui consulte de déposer ce qu’il porte en lui de souffrant tout en favorisant une reconnexion corps-esprit source d’apaisement.

 Il est à noter que toutes les relaxations qui existent ne sont pas psychothérapiques. Parmi celles qui se situent dans cette visée on a :

  • celles dont le point de départ est physiologique avec un objectif de relâchement neuromusculaire. Le modèle de référence est la relaxation progressive de Jacobson (alternance de contraction-décontraction des muscles). On peut aussi nommer ici la relaxation activo-passive de Wintrebert ou encore l’eutonie.
  • celles dont le point de départ est l’auto-concentration avec un objectif de focalisation de l’attention sur le corps. Le modèle de référence est le training autogène de Schultz plus communément nommé aujourd’hui sous le terme d’auto-hypnose. On peut ici y évoquer la relaxation méthode Bergès, la relaxation Ajuriaguerra qui se base sur le dialogue tonico-émotionnel, la relaxation analytique méthode Sapir, etc.


 Certaines relaxations psychothérapiques sont plus adaptées pour travailler avec les enfants comme la relaxation activo-passive de Wintrebert et la relaxation Bergès.

 D’autres relaxations sont dites plus "conscientes". Elles sont basées sur des exercices comme pour la relaxation de la méthode Vittoz. 

 Enfin, certaines s’intéressent aussi à ce qui est inconscient comme celle de la méthode Ajuriaguerra ou la relaxation analytique méthode Sapir.

 L’intérêt de la relaxation est globalement aussi neuro-physiologique. En effet, la littérature scientifique a mis en lumière que les activités contemplatives telles que la relaxation et la méditation permettent le renforcement de ce qu’on appelle le système nerveux parasympathique. Ce système nerveux permet de doser la réaction face à un stress.

Ainsi en pratiquant la relaxation, la personne reprend contact avec un potentiel de ressources souvent insoupçonnées dont nous sommes tous détenteur sans toujours en avoir conscience.

 Enfin, il existe d’autres pratiques de relaxation qui peuvent avoir des effets thérapeutiques sans pour autant s’inscrire dans le champ des psychothérapies. Nous n’allons pas les développer mais nous pouvons les citer rapidement : la sophrologie (souvent ce sont des sortes d’exercices à base de respiration), la méthode Fedenkreis en kinésithérapie, ou encore toutes les pratiques venant de l’orient : Taï chi, Qi Gong, Yoga nidra (relaxation profonde) Hatha Yoga avec la posture de Savasana, ou encore toutes les pratiques de méditation dont la plus en vogue chez nous - car adaptée au monde occidental par Jon Kabat-Zinn - est le Mindfulness (la pleine conscience).


Ci-dessous quelques-unes de ces associations pour vous renseigner et trouver un thérapeute :

Méthode Sapir 

Méthode Berges

Methode Vittoz

Eutonie

Méthode Ajuriaguerra

ou via weppsy ( type d'approche "Thérapie psycho-corporelle")


Astrid Roustang-Jeglot

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Psychologie et jeux de société : quels rapports ? Le jeu en tant que médiation thérapeutique et aide à la parentalité

Devalois, Psychologue Clinicienne)

par Laetitia Devalois, Psychologue Clinicienne
le 2020-02-25

Psychologie et jeux de société : quels rapports ? Le jeu en tant que médiation thérapeutique et aide à la parentalité

 Pourquoi utiliserait-on des jeux dans un cabinet de psychologie ? Le psychologue pourrait-il avoir besoin d’autre chose que de fauteuils et d’une table ? Il pourrait même vous proposer des jeux de société accessibles à votre famille ? Qu’est-ce donc que cette histoire !

 Le jeu de société a le vent en poupe depuis quelques années : les bars à jeux fleurissent, les ludothèques regorgent de boîtes colorées, YouTube voit émerger des chaînes parlant de jeux de société, de jeux de rôle ; on parlerait même d’une psychologue ayant mis en place un jeu de rôle policier dans un EHPAD.

 Pourquoi je vous évoque cela ? Car le jeu de société, en psychothérapie, permet une médiation lorsque l’alliance thérapeutique a du mal à se mettre en place par l’échange verbal. Cet outil va fonctionner comme l’objet transitionnel mis en évidence par Winnicott. C’est un objet qui permet d’aménager le réel lorsque ce dernier peut devenir anxiogène. Winnicott a en effet élaboré cette théorie pour expliquer entre autres l’existence des “doudous”. Au début de sa vie, l’enfant doit être en permanence en lien avec les figures d’attachement (généralement les parents), puis ensuite le doudou permet de supporter leur absence car il symbolise le lien. Il s’agit de la première expérience créatrice de l’enfant. Ensuite, ce lien est intériorisé, ce qui permet à l’enfant de progressivement se détacher de l’objet au profit d’un investissement plus large de ce qu’on appelle l’espace transitionnel. C’est cet espace qui permet d’accéder au jeu et à la créativité et donc de faire baisser l’angoisse. Le jeu permet de faire le pont entre la réalité et le besoin d’omnipotence, c’est à dire le besoin de ressentir du contrôle. On remarque à quel point ce phénomène est frappant dans l’investissement des jeux vidéos par les adolescents, par exemple : je crée mon avatar et donc mon identité, je contrôle certains aspects du jeu quand la réalité ne me convient pas toujours...


 Si cela est possible en psychothérapie, pourquoi cela ne le serait-il pas dans la relation au sein d’une famille ?


 La médiation en psychothérapie permet de créer ce que nous appelons une « alliance thérapeutique », élément nécessaire pour le bon déroulement d’une prise en charge. Elle la soutient lorsqu’un patient peut avoir des difficultés à verbaliser. La médiation peut également avoir un effet cathartique, qui permettrait d’extérioriser le trop plein d’émotions pouvant être présent dans le quotidien de la personne. « L’expérience psychique n’est pas immédiatement saisissable – du moins à l’origine –, l'individu va devoir ainsi la « médiatiser » pour pouvoir s’en saisir, pour la décondenser et réduire, peu à peu, la complexité de sa présentation, pouvoir explorer ses aspects énigmatiques » (Roussillon, 2012).


 Plusieurs types de médiations existent : artistiques, psycho-corporelles ou encore celles utilisant le jeu vidéo. Je vais plus particulièrement vous parler des jeux de société. Le jeu de société est un outil utile en séance aussi bien auprès d’enfants, d’adolescents que d’adultes.

Il permet d’expérimenter un certain nombre de choses qui ne sont pas propres à la relation thérapeutique, comme la tolérance à la frustration ou la capacité à coopérer, par exemple. Expérimenter dans le Réel et avec son thérapeute peut permettre d’ouvrir des portes qui ne se seraient ouvertes que plus tard dans la relation thérapeutique.
De plus, le thérapeute, témoin et acteur de l’activité, permet un échange plus fourni avec son patient. 

Si un échange est facilité dans une relation thérapeutique, pourquoi ne pas l’envisager aussi dans une relation intra-familiale ?

 Être parent n’est pas toujours facile, être un enfant ou un adolescent non plus. Il arrive que des tensions puissent émerger pour diverses raisons (problématiques à l’école, au travail, au sein du couple parental, de comportement, etc.), que les relations entre membres d’une même famille se dégradent et que la communication se tarisse. Dans les moments comme ceux-là, il peut être compliqué de faire un pas de côté pour aller vers l’autre car on ne se sent pas reconnus dans son opinion ou ses émotions. Cela peut entraîner une répétition de situations qui mettent en souffrance tous les membres de la famille et qui renforcent les tensions déjà existantes. On se sent alors aspiré dans une situation complexe dont on ne sait plus comment en sortir. Alors, se retrouver autour d’une autre situation, une situation qui sort du contexte habituel peut servir à créer d’autres interactions, développer d’autres liens et se redécouvrir voire, pourquoi pas, discuter sereinement.


Le jeu de société a cette particularité qu’il met un objet au milieu de la relation; on ne parle donc pas de la relation en elle-même ou des problèmes en eux-mêmes mais du jeu.
Vous pouvez également choisir le type de jeu qui correspond à vos besoins : un jeu en « one to one » qui met à l’épreuve les capacités de stratégie pour gagner (comme Sushi Go ou Paper Tales). Un jeu en coopération, qui permet de trouver des façons de s’allier pour gagner contre le jeu, comme The Game ou Magic Maze. Ce type de jeu de société est d’ailleurs propice aux échanges.


 Il existe également des jeux plus narratifs comme le Dixit ou encore Feelinks. Ce dernier propose des situations, auxquelles chaque joueur doit associer l’émotion qu’elles suscitent. On lance alors un dé qui désigne une émotion puis chacun des joueurs parie sur le nombre de personnes qui auraient choisi cette émotion par rapport à la situation évoquée. Feelinks fait partie de ces jeux qui permettent d’échanger et de débattre sur des situations tout en ayant un support sur lequel on peut revenir si besoin, lorsque l’échange devient compliqué.


 Le jeu de société a la particularité de pouvoir créer de nouvelles situations au sein du milieu familial, « ce recours peut […] s’envisager comme facilitant des liens et rencontres (vers les autres et via son « corps-en-relation » » (Joly, 2012). Le « corps-en-relation » est une formulation de Ajuriagerra qui appuie le fait que les interactions entre les personnes ne sont pas basées que sur des échanges verbaux mais également sur la prise en compte du corps de l’autre, de son existence corporelle.

 Le manque de temps dû au rythme de vie qui s’accélère, aux métiers des adultes, aux journées denses des enfants et adolescents, peut mettre de la distance dans le rapport à l’autre au sein d’une famille. Un moment jeu de société serait un peu comme la soirée DVD qui pouvait se faire du temps des vidéoclubs.

Le jeu de société donne ainsi de nouvelles opportunités de construire de nouveaux souvenirs et de se retrouver autour d’une même activité.


Laetitia Devalois

Sa fiche sur weppsy

Sources : 

- Ajuriaguerra J. de, Angelergues R., 1962, « De la psychomotricité au corps dans la relation avec autrui, à propos de l’œuvre de Henri Wallon », in L’Évolution psychiatrique, 27 : 3-25

- Joly Fabien ‘‘Le médiatif comme expérience, le travail du médium comme appropriation subjective‘‘, Journal des Psychologues, 2012

- Roussillon René ‘‘Médiation et création. Pour une métapsychologie de la médiation‘‘, Journal des Psychologues, 2012

- Donald Winnicott, Jeu et réalité, Gallimard, 2002

- Donald Winnicott, Les objets transitionnels, Payot, 2010