Bienvenue sur weppsy, un ensemble d’articles écrits par des psychologues à destination du grand public.

Ce blog est issu du souhait de partager des idées du monde de la psychologie, de créer des échanges grâce à “une rencontre” avec des praticiens sur des sujets qui vous touchent et vous interrogent. Une rencontre car chaque texte est le fruit du travail personnel et de l’expérience d’un psychologue et porte dès lors sa signature. Vous trouverez ici une grande diversité d’approches : chaque article est l’expression d’un point de vue, d’une pratique. Nous sommes convaincus que la pluralité des approches et la dimension intégrative des pratiques nourrissent une réflexion riche et en mouvement. Nous vous invitons ainsi à explorer ces ressources avec ouverture et bienveillance, valeurs essentielles de notre réseau, que nous souhaitons prolonger et faire vivre dans ce projet avec vous.

L’objectif est ainsi de vous donner un maximum d’informations afin de faire avancer votre réflexion sur des sujets, et que vous puissiez faire des choix éclairés, concernant par exemple le type de psychologue ou de courant qui pourraient vous convenir au mieux.

Afin d’approfondir les thématiques abordées, vous trouverez des sources et des liens en bas des articles, qui sont des invitations à approfondir les thématiques abordées, ainsi que des informations sur l’auteur. Nous vous proposons de les retrouver sur leur fiche weppsy ou via leur site si vous souhaitez les contacter. Par ailleurs, comme vous le savez, ces écrits ne pourront pas répondre totalement à une problématique spécifique et personnelle, mais seront, nous l’espérons, un point de démarrage et un début d’éclairage pour vous. Aussi, rien ne remplacera un entretien avec un psychologue.

Les auteurs de weppsy sont des psychologues cliniciens, du travail, ou chercheurs, qui travaillent dans différentes organisations telles que l’hôpital, l’entreprise, les écoles ou encore comme indépendant. Ils sont tous diplômés de l'Ecole de Psychologues Praticiens.

Vous trouverez ci-contre des catégories, qui évolueront et s’enrichiront au fil du temps, afin de pouvoir vous repérer au mieux et cibler vos recherches.

Maintenant, à vous d’explorer !

Le décrochage scolaire (1ère partie)

Faucheux, Psychologue clinicien et de l'Education nationale. Interview réalisée par Laetitia Ribeyre.)

par Hugues Faucheux, Psychologue clinicien et de l'Education nationale. Interview réalisée par Laetitia Ribeyre.
le 2020-06-27

Le psychologue clinicien et psychologue de l'Éducation Nationale Hugues Faucheux vous éclaire sur une problématique qui touche l'enfance et l'adolescence : le décrochage scolaire. 

Loin d'être un phénomène uniforme et homogène, il se matérialise par autant de trajectoires individuelles et d’histoires de vie et s’explique par une combinaison de facteurs de risques internes et externes à l’École. 

Le décrochage scolaire : effets du confinement et restrictions sanitaires (2ème partie)

Faucheux, Psychologue clinicien et de l'Education nationale. Interview réalisée par Laetitia Ribeyre.)

par Hugues Faucheux, Psychologue clinicien et de l'Education nationale. Interview réalisée par Laetitia Ribeyre.
le 2020-06-27

Après avoir analysé le décrochage scolaire d'une manière globale dans la première partie de son interview, Hugues Faucheux inscrit ce phénomène dans l'actualité : quel rôle a joué le confinement dans le décrochage scolaire ?

En France, 500 000 élèves (sur un ensemble de 12 millions) auraient "décroché" pendant la fermeture des écoles : cela reste une estimation selon le ministère de l’Education, s'agissant de données remontées des observations des enseignants et chefs d'établissements. Des études plus précises sont en cours afin de collecter un état des lieux plus fiable.

Le flow, un possible allié dans ce monde incertain et volatile

Delannoy, Psychologue et Executive Coach d'Organisations)

par Caroline Delannoy, Psychologue et Executive Coach d'Organisations
le 2020-06-24

Le flow, un possible allié dans ce monde incertain et volatile

Avant de vous retrouver ici, sur cet article, qu’étiez-vous en train de faire? C’est bien indiscret, certes, mais sans tout nous dévoiler … aviez-vous la sensation d’être complètement concentré(e)s? Tellement que vos actions et votre conscience fusionnaient? La perception d’être vraiment maître de cette action? D’avoir les compétences pour la réaliser? Le temps comme suspendu?


Si, c’est le cas … cela semble bien être ce que l’on appelle le flow. Un état de conscience optimale, où nous nous sentons particulièrement bien, entièrement absorbés par une activité qui nous challenge, et où nous nous accomplissons au mieux.
Cet état peut nous être bien utile. Le rechercher et l’utiliser à bon escient pourraient nous aider à identifier ce qui est essentiel pour nous tous, et prendre conscience de la complexité qui nous entoure.

A point nommé avec ce dont nous avons besoin actuellement? Où que nous regardons, cette crise hors normes fait voler en éclat nos organisations collectives et personnelles déjà ultra minutées et accélérées. Il suffit d’échanger authentiquement avec nos proches ou nos collaborateurs pour mesurer combien cela nous a tous profondément bousculés. Depuis, je confie souvent aux personnes que j’accompagne en coaching professionnel ou d’organisation, que quand nous les revoyons, nous ne rencontrons pas les mêmes personnes que nous connaissions. Vous ne trouvez pas?


Dans un contexte malheureusement similaire, parce qu’ayant grandi dans un monde d’après guerre à reconstruire, Mihaly Csikszentmihalyi, psychologue hongrois, a consacré les 15 dernières années de sa vie à un projet : comprendre comment continuer à pouvoir donner le meilleur de ce que nous sommes malgré les circonstances de notre vie. Il s’est intéressé tout particulièrement à ce sentiment d'être davantage vivants que nous ressentons quand nous sommes immergés dans des activités hautement engageantes, avec des défis élevés. En d’autres termes, dans le flow.


Entrons donc dans le vif de cet état.


Son nom officiel : - vous le connaissez, maintenant - le « flow », ou état d’expérience optimale. Il est développé dans le courant de la psychologie positive, fondée officiellement en 1988.

Petits surnoms : certains sportifs ou codeurs dans l’informatique parmi vous ont pu aussi le baptiser entrer dans la zone. Dans le travail ou les études, il est aussi connu sous le terme d’état de grâce, les musiciens anglo-saxons parlent d’être in the groove et les poètes d’être visités par les muses. Joli, n’est-ce pas?


Ses effets ressentis et observés : … conscience, agilité, esprit limpide. Vous avez compris, le terme tire son nom de l’expérience qu’il procure. Quand nous sommes dedans, nous sommes … dedans. Enraciné dans le présent ... Pas dans ce qui nous en éloigne.


Ce sont d’ailleurs les mots utilisés par les personnes rencontrées par Mihaly Csikszentmihalyi pour décrire le flow. Joueurs d’échecs, danseurs, passionnés d’escalade, mais aussi des professionnels, comme des chirurgiens. Récemment Steven Kotler, entrepreneur, écrivain américain, fondateur de Flow Research Collective, a chassé des sportifs de l’extrême, et tous décrivaient la même expérience.

La personne est « totalement concentrée sur son activité, la performant de façon optimale, contrôlant parfaitement l’activité, qu’importent les difficultés qui adviennent durant ce moment ; cette personne est si concentrée qu’elle n’entend pas ou peu l’extérieur. Elle paraît « obnubilée » par l’activité, elle ne se préoccupe pas de son apparence, de l’image qu’elle renvoie ; elle perd cet ego qui lui ferait contrôler sa chevelure, sa tenue physique, son attitude, les normes sociales d’apparence et de comportement non liées à l’activité elle-même. Elle semble perdre conscience d’elle-même au point d’oublier son corps et ses besoins : elle oublie de manger, ne se repose pas, etc. On voit qu’elle est face à de grands défis dans son activité, mais elle parvient à les relever et s’accroche avec endurance et ténacité. » (1)

Ce sont les 6 composantes identifiées par Jeanne Nakamura et Mihaly Csíkszentmihályi : concentration intense focalisée sur le présent, disparition de la distance entre le sujet et l’objet, disparition de l’ego, sensation de pleine maîtrise de l’action, distorsion de la perception du temps, activité dite autotélique (source de satisfaction en soi).

Types d’activités concernées : soyons directs, le flow n’est pas éthique en soi. Cela dépend de la façon et la raison pour laquelle vous l’utilisez. Le flow est possible dans toutes les activités.


Ses mécanismes biologiques : quand nous sommes dans cet état, nous fabriquons un cocktail « fait maison » de Dopamine, Anandamine, Noradrénaline, Sérotonine et Endorphines. Un mix que j’aime bien appeler « D.A.N.S.E. » car ce ballet biologique oeuvre de concert pour faire swinguer nos meilleures ressources internes et libérer ce potentiel.


La noradrénaline et la dopamine renforcent et affinent notre attention malgré les milliers de distractions quotidiennes. Moins connue, l’anandamide (celle que vous essayez de stimuler en mangeant du chocolat) favorise les connexions cérébrales générant des compréhensions globales plus performantes que les sessions classiques de brainstorming. Adeptes de la méditation, vous avez dû reconnaître l’origine sanskrit ananda (béatitude) couplée à amide, sa fonction chimique. On ne présente plus les endorphines, célèbres pour leurs vertus analgésiques qui nous permettent ici, dans la performance réalisée, de brûler la chandelle par les deux bouts sans s’y perdre avec. Enfin la sérotonine, neurotransmetteur et hormone du bonheur présente dans notre cerveau et notre système digestif, nous incite à maintenir une situation qui nous est favorable pouvant être bien plus efficace que tous les team-bonding au bord de mer.


À présent, la recherche sur le flow se poursuit et utilise divers outils, comme l’ESM (Experience Sampling Method, qui permet de suivre l’expérience subjective des personnes), des questionnaires spécifiques au flow (3), les avancées de la psychologie, de la biologie et physiologie, plus récemment des neurosciences et des expériences en réalité virtuelle. Par exemple, les études des neurosciences sur ce sujet sont encore à leurs débuts. Toutefois avec des tests salivaires, il semblerait que les personnes en état de flow ne présenteraient pas de stress (absence de cortisol dans la salive), alors que les conditions pourraient en être génératrices.


Les conditions le favorisant : hélas ce n’est pas sur commande. Nous ne pouvons pas forcer le flow … nous ne pouvons que l’inviter. Il peut néanmoins surgir partout, pourvu que les conditions soient réunies.


Les activités où le flow est possible viennent répondre à nos trois besoins fondamentaux qui nous aident à nous réaliser (3) :

  • se sentir autonomes : d’avoir eu la possibilité de choisir l’activité, comment, quand et où la réaliser,

  • se sentir compétents : d’avoir la perception d’être suffisamment compétent pour le faire,

  • se sentir en lien avec les autres (proximité sociale) : d’avoir la possibilité de nous sentir reliés aux autres via celle-ci ou de pouvoir la partager avec d’autres, ou qu’elle soit reconnue par d’autres.


Quoi d’autre? Se détendre concernant la peur de ne pas réussir et la prise de risque. Y être hostile vous ferme de facto les portes du flow car cela ne vous laisse pas d’espace de progression et de découverte.

C’est comme une vague à prendre, qui se situe exactement entre la peur, l’anxiété (si le challenge est trop grand), et l’ennui (s’il est trop facile, nous diminuons nos capacités d’attention). C’est ce que l’on appelle le canal du flow.

En somme, suffisamment motivant et suffisamment ardu.

N’importe qui peut accéder à cet état cependant les conditions favorables décrites plus haut ne sont pas exactement les mêmes selon les cultures (2). 

Par exemple, sans appuyer sur une comparaison hautement sensible à l’heure actuelle dans la sphère géopolitique, l’une des différences remarquées lors d’une étude est qu’il apparaît que la motivation intrinsèque des Américains ne s’étend pas lorsque les défis augmentent, ni quand ils sont égaux aux compétences : ils seraient davantage « motivées intrinsèquement » lorsque les défis adviennent dans des compétences déjà acquises. Au contraire, pour les personnes chinoises, les défis auraient un effet négatif sur leur motivation. Ils expérimentent davantage le flow dans une condition nommée « ennui » ou « relaxation » : quand les défis sont bas et qu’il y a de très hautes compétences. L’explication serait très probablement dans le fait que la culture peut avoir une forte influence sur le fait ou non de rendre désirable tel ou tel état mental.

Dès lors, la différence observée pour ces derniers serait que leur recherche de l’état de Tao, portée sur la prudence et l’attention au détail, viendrait en contradiction avec celle du flow, plus orientée vers le dépassement de défis.


Ses apports aujourd’hui : le flow est un des rares états au sein desquels nous sécrétons ce cocktail interne. Il peut concerner tous les domaines de notre vie. 

Ces dernières semaines ne vous êtes-vous pas demandé(e)s comment tenir le rythme et les défis qu’apporte chaque jour cette crise?


Appliqué au travail, il a un rôle majeur dans les trois compétences clefs si précieuses pour affronter le monde VICA actuel (volatilité, incertitude, complexité et ambiguïté) que sont la motivation, la créativité et l’apprentissage.
Le flow est pour certains le code secret à la source de la motivation intrinsèque, alias le feu sacré pour citer la charmante expression d’une jeune manager très collaborative que j’ai interviewé récemment pour un podcast sur l’engagement collectif dans l’entreprenariat.


Votre performance et créativité seraient multipliées par cinq grâce au flow (7). Comme s’amuse à le plébisciter Steven Kotler, si vous passez votre lundi dans un état d’expérience optimale, vous pouvez accomplir tout ce que vous faites habituellement du lundi au vendredi. D’ailleurs, certaines grandes entreprises internationales ont déjà repensé leur philosophie de travail autour du flow (comment le favoriser pour le travail individuel et en collaboration). 

Cela peut guider aussi les enseignants et parents afin d’aider leurs adolescents. 

Se placer dans un quête du flow peut favoriser le renforcement de vos capacités d’attention et de concentration, créer des vocations et permettre un développement continu, changer le regard posée sur les difficultés souvent vécus comme des contraintes, et niveler les objectifs pour continuer à apprendre de la vie. Les compétences que vous pouvez acquérir par le flow sont autant d’outils pour vivre plus équipés face aux crises qui se cumulent. 

C’est devenir ce que Mihaly Csikszentmihalyi nomme, autotélique : être de plus en plus capable de transformer les conditions de toutes les situations que nous affrontons afin que celles-ci puissent nous enrichir et produire un état optimal.


Comme vous pouvez l’imaginer, si le flow advient pour des activités déterminantes pour soi, cela vient donner du sens à notre vie. Parce que nous sommes le produit de ce à quoi nous avons porté de l’attention, nous ressentons alors un fort sentiment d’accomplissement de soi. Cela nous donne confiance en nous-mêmes plus nous le pratiquons. Mihaly Csikszentmihalyi explique qu’il réduit notre anxiété dite « ontologique », celle de ne pas exister pleinement. Cela peut contribuer à nous soulager quant à notre quête de légitimité dans le monde et nous aider à trouver notre place, et notre voie.


Plus que jamais, nous avons fondamentalement besoin d’éveiller nos capacités à être solidaires, attentifs, et innovateurs dans la compréhension et l’empathie. Puiser dans notre humanité et notre profondeur. Je partage pour cela la vision d’Otto Scharmer, sympathique et pragmatique professeur du MIT à Cambridge (Massachusetts) quand il écrit le mois dernier "lorsque les systèmes s’effondrent, les humains se lèvent’".

Le stress et le monde VICA pourraient nous pousser à chercher cette profondeur dans la surface, comme le percevait déjà en 2006 le plus rock des écrivains et essayistes transalpins, Alessandro Baricco, doté d’un bon sismographe intérieur. Sur le plan psychologique, nous aurions tous tendance à vouloir trouver sans attendre des solutions ou savoir comment réagir. Résultat, tels des “crocodiles” (par référence au système limbique ou reptilien sur-sollicités dans ces cas), nous aurions tendance à croquer trop rapidement l’étape de prise de conscience de l’ensemble de la situation.


Rechercher l’essentiel à travers le parcours du flow et son expérience peut être une voie qui permet de trouver ces profondeurs si on les utilise à bon escient. Quand voulez-vous commencer?


Le flow peut se déployer sur les plans de la relation à l’autre et en collectif, comme dans les équipes, à l’image des ces fameux jazz bands. Vers le développement d’une conscience collective et moins de solidarité en silo? Si cela vous intrigue, nous pouvons l’explorer dans un prochain article.


Caroline Delannoy
Psychologue et Executive Coach d'organisations
Co-fondatrice de FlowLabs & FlowCare


Références

1 - Csikszentmihalyi, M. (2014). Flow and the foundations of positive psychology. Springer, Dordrecht.

2 - Psychological Selection and Optimal Experience Across Cultures, social empowerment through personal growth, Antonella Delle Fave, Fausto Massimini, Marta Bassi, ed Springer

3 - Assessing flow in physical activity : the flow state scale-2 and dispositional Flow Scale-2, Susan A. Jackson, Robert C. Eklund

4 - Ryan, R. M., & Deci, E. L. (2017). Self-determination theory: Basic psychological needs in motivation, development, and wellness. Guilford Publications.

5 - Otto Scharmer - A New Superpower in the Making: Awareness-Based Collective Action ( Medium - 9 avril 2020) 

6 - Alessandro Baricco (2008). I barbari. Saggio sulla mutazione.

Article en français : Courrier International  - I Barbari "Vive la superficialité ! " (2010) 

7 - McKinsey Quartely - Increasing the 'meaning quotient' of work (2013)

8 - Aimelet-Périssol, C. (2002). Comment apprivoiser son crocodile. Ed. Robert Laffont Paris.


Pour aller plus loin : 

Conférence de Mihaly Csikszentmihalyi : "Flow, le secret du bonheur"

Site et ressources sur le flow et le dépassement de soi, fondé par Steven Kotler (anglais)

Interview Weppsy - Le bilan Couple & Confinement

Goldner, Psychologue et thérapeute familiale et de couple. Interview réalisée par Laetitia Ribeyre)

par Christelle Goldner, Psychologue et thérapeute familiale et de couple. Interview réalisée par Laetitia Ribeyre
le 2020-06-22

Le couple à l'épreuve du confinement... Christelle Goldner, psychologue et thérapeute familiale et de couple, nous avait déjà éclairés grâce à son témoignage et à des exercices pratiques dans un article de ce blog. Elle revient en interview, pour nous donner son bilan sur le couple pendant le confinement. Interview réalisée par Laetitia Ribeyre de l'équipe Weppsy !

Rester parents quand on se sépare

Mouton, Psychologue Clinicienne)

par Aude Mouton, Psychologue Clinicienne
le 2020-06-16

Rester parents quand on se sépare

La douleur personnelle, que partager ?

Vous voulez protéger vos enfants de votre propre souffrance et vous avez tout à fait raison. Ils ne sont pas capables d’assumer le rôle de confident, ils ne sont pas à même de comprendre les tenants et les aboutissants de votre situation d’adulte.Il est cependant primordial de partager avec votre enfant, en des termes qu’il comprend, des éléments de votre vécu affectif.

Nous ressentons tous de façon inconsciente ce qu’il se passe chez l’autre : en analysant les expressions du visage, les tons de la voix, les émotions que nous avons à leur contact. Vous-même adulte, si vous entrez dans une pièce à la toute fin d’une dispute entre deux collègues, vous serez à même de ressentir la tension entre ces deux personnes. Si vous entendez que « tout va bien » vous serez alors mal à l’aise car votre intuition vous donne une information de tension, et votre raisonnement, voulant faire confiance à l’information, vous indique que tout va bien. Si vos collègues ont l’honnêteté de vous dire qu’ils ont un différend, mais que cela les regarde eux, vous vous sentez tout d’un coup plus serein : vous avez une information cohérente avec votre intuition émotionnelle.


 “Que vous le vouliez ou non, vos enfants savent, sur un plan inconscient, émotionnel, intuitif, que votre relation est douloureuse ou tendue”

Vous avez bien compris le parallèle fait avec une situation de séparation parentale : que vous le vouliez ou non, vos enfants savent, sur un plan inconscient, émotionnel, intuitif, que votre relation est douloureuse ou tendue. Mettre des mots sur cette situation la rend plus facile pour votre enfant, cela le rassure sur son intuition, et vous lui permettez d’être en situation de cohérence émotionnelle.



Comment le dire ?



La façon d’évoquer les conflits ou les problèmes d’adulte avec un enfant n’est pas toujours évidente. On a peur d’en dire trop, de faire peur, de devoir accueillir leurs réactions.

Vous trouverez une bonne façon d’en parler en vous posant la question de savoir ce qui « appartient » à votre personne et ce qui « appartient » à la famille. En effet, votre couple est le fondement de la famille, de celui-ci découle le couple parental, et de ce partenariat découle la parentalité telle que vécue par votre enfant.

Votre identité personnelle et votre relation amoureuse vous appartiennent et ne concernent pas directement vos enfants. En revanche la dynamique familiale et ce que vivent vos enfants, oui.

Vous trouverez les mots lorsque vous aurez fait le tri entre ce que vous vivez vous, en tant qu’homme/femme, mari/femme, et ce que vivent vos enfants avec leurs papa et maman, les personnes avec qui ils vivent. Vous trouverez les mots qui parlent de façon vague de difficultés d’adultes et vous pourrez replacer le sujet sur leur bien-être à eux.

« Papa et maman sont tendus, ils ont beaucoup de questions d’adulte. Ce sont des histoires personnelles, nous t’aimons tous les deux et toi tu as tes histoires d’enfant.»

« Papa et maman sont en train de prendre des décisions de couple, ce qui est important c’est que tu puisses être toi car nous t’aimons comme tu es. »

Vous voyez dans cet exemple le minimum employé pour parler de ce qui touche la sphère adulte mais qui le rassure sur son vécu intuitif, en le replaçant dans son rôle d’enfant dont il n’a pas à bouger.




Le sujet le plus important : l’amour inconditionnel



Replacer l’enfant dans son rôle d’enfant vous ouvre la porte sur le deuxième sujet le plus anxiogène pour l’enfant : votre amour. Les enfants vivant ce contexte de divorce sont souvent sujets à ce que nous appelons « l'angoisse de séparation ».

En toute logique, si mes parents peuvent arrêter de s’aimer, ils arrêteront peut-être un jour aussi de m’aimer moi.

En toute logique, si le couple de mes parents explose, c’est potentiellement ma relation avec papa ou maman qui peut aussi exploser un jour.

Les paroles d’amour, portées sur la relation uniquement, sont importantes pour les enfants et primordiales chez l’enfant de parents qui se séparent. Nous parlons ici d’évoquer à votre enfant un amour qui n’a pas de condition, qui ne comporte aucune autre condition que le lien qui vous unit.

Je vous recommande vivement le livre « Mon amour » qui permet de dire tout cela à votre enfant par le biais d’une lecture. Vous pouvez prendre l’habitude de dire de façon régulière, au coucher par exemple : « Je t’aime, parce que tu es toi, parce que tu es mon fils/ma fille, tu es une personne essentielle au monde, je t’aime parce que c’est comme ça, je t’aime tous les jours et pour toujours ». Est repris dans ce bel ouvrage le concept des paroles d’amour de la thérapeute Bernadette Lemoine sur l’angoisse de séparation.

Ces paroles un peu « bisounours » peuvent paraître inutiles, étranges, à côté de la plaque… mais vous trouverez comment les faire vôtres afin de transmettre à votre enfant cette sécurité interne primordiale à son bien-être.

Vos enfants ont un grand besoin de se sentir sereins dans la relation qu’ils ont avec vous et avec leur autre parent. Rassurer un être cher sur la pérennité de la relation et de l’amour qui vous unit est toujours utile et sain.



Préserver l’image de l’autre parent



La tâche la plus dure est souvent celle de préserver l’image de votre ex-conjoint.

Vos enfants sont les vôtres, mais ils sont aussi les enfants de votre conjoint, que vous le vouliez ou non, que votre amour ait duré ou non. Plaçons-nous au niveau de l’enfant : lui a deux parents, qu’il n’a pas choisi et qui sont les modèles de sa vie, les principaux acteurs dans son développement. Un enfant grandit en répondant aux attentes, aux injonctions, aux interdictions, aux valeurs de ses deux parents. L’image de la femme et de la mère ainsi que de l’homme et du père se créent chez les enfants en réponse à leurs relations avec leur mère et leur père : c’est ainsi.

Vous êtes peut-être dans la colère, dans l’injustice, dans la tristesse, dans la trahison, dans la violence, dans le rejet… ou tout autre forme du deuil de votre relation. Mais votre ex-conjoint reste une figure primordiale dans le développement de votre enfant, avec ses limites, ses défauts et ses excès, mais c’est ainsi.

Il apparaît primordial d’essayer de dissocier votre ex-conjoint et ce qu’il représente pour vous dans votre vie de ce qu’il est en tant que parent dans la vie de votre enfant. Il en va du bien-être et de la santé mentale de vos enfants.

Vous pouvez néanmoins rester authentique dans vos discours en dissociant justement comme vous l’avez fait pour parler de la séparation. « Ton papa/ta maman a fait certains choix dans notre relation d’adulte mais je sais qu’il/elle t’aime et que tu l’aimes et votre relation est précieuse, tu as le droit d’aimer les adultes importants de ta vie même si moi je ne l’aime plus »

On pourrait penser que dire de telles choses est inutile et que votre enfant « sait » mais nous en revenons à cette incohérence profonde qu’un enfant peut ressentir que nous appelons « conflit de loyauté ». L’enfant pense bien souvent devoir prendre parti, devoir défendre un parent, devoir choisir un camp. Vous pouvez penser que dire de telles choses est impossible ou ridicule mais il semble important de penser en termes de papa/maman et non pas en termes de mari/femme. Votre enfant vit une relation avec son parent qui n’est pas la relation que vous vivez avec cette même personne.  

En offrant ce message à votre enfant, vous le débarrassez d’un énorme poids, d’une grande incertitude, et d’une grande souffrance.

Votre enfant a besoin de continuer à voir chacun de ses deux parents pour ce qu’ils sont pour lui : un père, une mère, qui l’aime chacun à leur façon.


Aude Mouton

Sa fiche sur weppsy 


Sources:

- The Intelligent Divorce : Taking care of your children, Mark Banschick and David Tabatsky

Mon amour, de Astrid Desbordes (Auteur), Pauline Martin  (Illustrations) 2015

- Maman ne me quitte pas ! : Accompagner l'enfant dans les séparations de la vie. Bernadette Lemoine et Anne-Marie d' ArgentréSaint-Paul éditions religieuses

collection Enquêtes 

Dossier Eclairage : Qu'est-ce que l'EMDR ?

Interview réalisée par Laetitia Ribeyre)

par Emmanuelle Vaux Lacroix, Psychologue clinicienne. Interview réalisée par Laetitia Ribeyre
le 2020-06-10

Dossier Eclairage : Qu'est-ce que l'EMDR ?

Pouvez-vous nous expliquer en quelques mots ce qu’est l’EMDR ?

Cela veut dire Eye Movement Desensitization and Reprocessing. En français, on dit EMDR ou Désensibilisation et Retraitement par les mouvements oculaires. C’est une thérapie créée par Francine Shapiro en 1987 et qui a pour but de traiter des souvenirs traumatiques qui restent actifs. Quand je dis “actif”, je parle par exemple d’une personne qui fait des cauchemars ou pense à l'événement traumatique fréquemment sans en avoir l’intention. L’EMDR permet au cerveau de digérer quelque chose de façon naturelle grâce, entre autres, à ce que l’on appelle des stimulations bilatérales alternées (SBA), le fameux mouvement des doigts devant les yeux. Ces SBA peuvent également être produits de façon sonore (avec un casque) ou tactile (ce que l’on appelle du tapping).

La théorie qui sous-tend cela en EMDR est ce que l’on appelle le Traitement Adaptatif de l’Information (TAI). L’hypothèse de Shapiro est que notre corps et notre cerveau sont faits pour traiter de l’information de manière adaptée de façon naturelle. Normalement, je sais classer les informations et souvenirs dans mon cerveau : un bon repas avec des amis le samedi soir où il ne s’est rien passé d’extraordinaire se range dans les souvenirs types “soirées entre amis”. Je ne me pose pas la question et je traite.

Les souvenirs difficiles peuvent être classés dans la boite « je suis nulle » ou « souvenirs tristes » ou « souvenirs trop difficiles à traiter », mais je peux ne pas me souvenir que cette boite (symbolique) des « souvenirs trop difficiles » existe…

Les souvenirs agréables ou douloureux, mais traités (par exemple le deuil d’un grand-parent ou d’un échec professionnel ou d’une rupture amoureuse) vont constituer la mémoire autobiographique, et je saurai parler de ce qui m’est arrivé dans la vie en y faisant référence, tout en ayant conscience que ces événements sont dans le passé.

On se souvient mieux des souvenirs très douloureux, quand ils n’ont pas pu être traités par notre cerveau, car on ne sait pas toujours où les classer dans la bibliothèque à souvenirs. C’est ce que l’on appelle une mémoire traumatique : j’ai l’impression que c’est encore actuel, je n’arrive pas à le mettre dans le passé. Le travail de mise en mémoire ne se fait pas naturellement. Quand un souvenir est très désagréable et traumatique (ce qui veut dire qu’il y a une confrontation directe ou indirecte avec la mort) ou quand il y a une répétition d’évènements moins dramatiques mais très répétitifs (par exemple : un parent qui régulièrement fait des commentaires sur le physique de l’enfant ; un supérieur hiérarchique qui dénigre le travail ; une mise à l’écart par plusieurs groupes d’amis…), le cerveau ne sait pas traiter cette information. Le souvenir reste donc actif et peut être activé par des déclencheurs. Par exemple, si j’ai été agressé par quelqu’un portant un pull rouge, les pulls rouges vont me faire peur mais je ne sais pas forcément pourquoi. Je peux ne pas me souvenir de ce genre de détails, donc ne pas comprendre pourquoi j’ai peur du rouge et parfois ne pas me souvenir de l’évènement dans sa totalité, ce que l’on appelle alors une amnésie dissociative.

Le fait d’être “déclenchés” par des choses apparemment neutres, est un phénomène qui a été très présents chez ceux qui avaient vécu le Bataclan : dès qu’ils entendaient des bruits forts, comme des feux d’artifice, ils étaient paniqués.



Quelle est l’histoire de l’EMDR et quelles seront selon vous ses évolutions ?



L’histoire officielle est que Francine Shapiro faisait des études de littérature, a traversé un cancer et voulait ensuite donner sens à sa vie. Elle s’est donc réorientée pour faire des études de psychologie. Elle devait faire sa thèse et un jour, elle est dans les bois, et elle se rend compte qu’en faisant des balayages oculaires (en regardant les arbres), quelque chose qui l'inquiétait ne l’inquiète plus. Elle décide de tester cela sur des amis psys, mais en se rendant compte qu’ils n’arrivent pas à balayer spontanément, elle invente la stimulation avec le balayage des doigts. Elle remarque que chez eux aussi, l’inquiétude liée à un événement peut baisser. Au début ça ne s’appelait que EMD, car elle ne faisait que la désensibilisation oculaire dans un premier temps. Elle propose d’évaluer cette technique et d’en faire un sujet de thèse en rencontrant des vétérans de la guerre du Vietnam. Tous présentaient un TSPT, ou Trouble de Stress Post-Traumatique. Elle a des résultats très prometteurs, et c’est comme ça que tout démarre.

Elle va ensuite ajouter le Retraitement. C’est l’idée qu’à chaque trauma s'ajoute une pensée négative qu’on a sur nous-mêmes : “Je suis responsable, je suis une mauvaise personne”, par exemple.

 

L’EMDR permet donc non seulement de désensibiliser, c’est-à-dire parvenir à parler du souvenir traumatique sans s’effondrer car il n’est plus “actif”, mais en plus de retraiter les pensées dysfonctionnelles qui y sont associées.
On comprend grâce à cela que l’on n’est pas responsable, que l’on n’est plus en danger face à nos déclencheurs. Ces souvenirs resteront difficiles, ce ne seront jamais des souvenirs joyeux mais il sera possible d’en parler sans avoir cette sensation de peur, de tristesse, ou de honte et il n’y aura plus de manifestations corporelles.

Les évolutions de l’EMDR sont infinies. L’EMDR est reconnue par l’OMS et la HAS (Haute Autorite de Santé) comme étant la thérapie la plus efficace, avec les TCC, pour traiter le trauma. Cette reconnaissance permet d’avoir accès à des fonds importants pour la recherche, rendue plus facile car l’EMDR est protocolisé. Ceux qui font de l’EMDR sont tous psychologues ou psychiatres mais viennent souvent de courants thérapeutiques différents au départ et donc ça donne une communauté de thérapeutes riche, que je respecte beaucoup.



Pour quels types de patients conseilleriez-vous cette thérapie ? Qu’entendons-nous par “trauma” ?



Le trauma est classiquement défini comme la confrontation directe ou indirecte avec la mort mais cette définition est réductrice. Le trauma peut aussi être constitué d’une accumulation de petits traumatismes, de la part des parents par exemple. Quelqu’un qui a subi des moqueries incessantes durant son enfance pourra aussi avoir un vécu dit traumatique. En anglais, nous utilisons l’expression “Big T and little t trauma”, c’est à dire trauma avec une majuscule ou une minuscule, pour bien souligner cette différence. L’EMDR peut donc s’adresser à tout le monde. Je reçois des personnes pour tous types de problématiques : divorce, burn out, dépression ou encore phobies car nous avons des protocoles spécialisés pour répondre à différents besoins.

Les gens pensent que c’est une thérapie seulement destinée au trauma, mais c’est en fait une thérapie intégrative. L’EMDR n’est pas que l’outil de désensibilisation, mais c’est aussi le TAI c’est à dire le Traitement Adaptatif de l’Information.
Je me demande : qu’est-ce que mon patient n’a pas pu traiter dans son expérience ? Nous traitons beaucoup de choses encore méconnues du grand public comme la maltraitance par négligence émotionnelle : étant enfant, le parent répondait aux besoins matériels mais sans prendre en compte les besoins affectifs.

L’EMDR est composé de 8 phases, et tout le monde se représente bien la phase 3 à 7 car ce sont les phases de désensibilisation. Avant cela, on fait un travail d’anamnèse et de stabilisation, où on aide les patients à travailler leurs ressources. La phase 8 est dédiée à ce que l’on appelle la réévaluation et les scénarios du futur. Elle permet de nous assurer que le traitement a tenu d’une séance sur l’autre. Puis nous proposons à nos patients de se visualiser dans une situation similaire dans le futur pour bien ancrer le changement (par exemple, quelqu’un qui avait une phobie de la conduite suite à un accident de voiture ; une fois le souvenir de l’accident retraité, nous allons lui proposer de se visualiser en train de conduire tranquillement… et après de le faire dans la vraie vie évidemment !)

Durant la phase de stabilisation, l’EMDR puise dans d’autres courants comme l’hypnose, les TCC, ou encore la sophrologie. On renforce d’abord le patient et ses ressources avant de traiter le trauma car sinon le retraverser pourrait être trop difficile, selon la complexité de l’histoire du patient. Cependant ce n’est pas magique, ça ne se fait pas en 3 séances. Les seuls traumas qui se traitent facilement sont les traumas récents simples, comme un accident récent mais sans séquelle et sans que le patient n'ait eu des traumas antérieurs. Ce n’est pas comme de l’hypnose, on ne fait pas une séance isolée d’EMDR.

Nous n’avons pas besoin d’avoir les détails des événements pour pouvoir soigner le trauma. Quand on demande de raconter plusieurs fois le trauma, Janet et Ferenczi le disaient déjà à leur époque, on finit par retraumatiser le patient. Ils gardent trop dans le présent ce qui appartient au passé, ce qui peut parfois être le cas dans des thérapies classiques lorsque que l’on réaborde de nombreuses fois les mêmes traumatismes.


Est-ce que l’on sort d’une séance d’EMDR en étant assez secoué ?



On ne sort pas d’une séance secoué car on restabilise le patient à la fin de la séance. On travaille toujours en attention double, c’est-à-dire avec un pied dans le passé et un dans le présent. C’est une situation très inconfortable mais je m’assure que mon patient n’a pas deux pieds dans le présent, car dans ce cas nous ne sommes que dans le cognitif. Et si le patient a les deux pieds dans le passé, il risque d’être trop déstabilisé. A la fin de la séance cependant, on a de nouveau deux pieds dans le présent. On travaille avec ce que l’on appelle la fenêtre de tolérance. On fait attention au fait que nos patients ne soient surtout pas en hyperactivation (fight or flight, c’est à dire qu’ils veulent fuir ou combattre) ou en hypoactivation (freeze, la sidération). Si tel est le cas, c’est qu’on est allés trop loin. J’ai des personnes qui viennent à 8h du matin et qui vont travailler ensuite, donc une séance d’EMDR n’est pas plus bouleversante qu’une autre forme de thérapie.

Aujourd’hui sur internet on trouve beaucoup de vidéos de séances d’EMDR, pour ceux qui sont intéressés par le fait de mieux comprendre ce qu’il s’y passe.



Quelle est la question que les patients vous posent fréquemment avant d’engager une thérapie EMDR ?



Ils me demandent souvent : A quoi ça sert d’aller remuer le passé ?


Je leur réponds que quelque chose qui vous dérange ou s’active trop dans le présent, fait forcément écho à quelque chose dans le passé. Ils ne comprennent pas certaines de leurs réactions, ils se voient faire mais n’arrive pas à s'arrêter.
J’ai souvent l’exemple de parents qui se mettent trop en colère contre leurs enfants mais ils n’arrivent pas à se maîtriser. Ils ont des réactions disproportionnées car l'événement fait écho à leur histoire. Je vois aussi des personnes qui n’arrivent jamais à avoir une relation amoureuse stable, les choses se passent toujours mal. Dans leur cas, il y a un manque de sécurité dans l’attachement au départ. Ils ont des formes d’attachement anxieux, évitant ou encore désorganisé et on travaille sur cela avec eux.

Dans 85% des cas, le trauma unique évolue positivement sans problème. Le plus dur à traiter, c’est le viol ou encore le trauma complexe qui démarre dans la petite enfance et vient des figures d’attachement. Ce trauma de l’enfance est difficile car ce sont les personnes qui doivent assurer notre sécurité qui génèrent le trauma. Muriel Salmona explique bien cela sur son site (lien en bas de l’article).


Comment trouver un thérapeute EMDR de confiance ?


Sur le site EMDR France, il y a un annuaire. Pour y être on a été accrédités, donc supervisés. Tous les 5 ans, on se fait réaccrédités. C’est une des forces de l’EMDR. Pour être maintenir ce titre, les praticiens doivent faire de la formation continue.

Sur les sites EMDR, il y a des petits booklets qui détaillent bien les choses pour les patients et il y a accès à pleins de vidéos de séances d’EMDR.

Il y aussi EMDR Europe pour ceux qui sont à l’étranger. Chaque pays a son site, que je vous encourage à découvrir.



Emmanuelle Vaux-Lacroix

Psychotrauma : quand aller consulter et pourquoi?

Béthune, Psychologue clinicienne)

par Hermine Béthune, Psychologue clinicienne
le 2020-06-03

Psychotrauma : quand aller consulter et pourquoi?

Vous venez de vivre un évènement choquant, un évènement auquel vous n’étiez pas préparé ? De par sa nature brutale et menaçante pour la vie

psychique et/ou physique, ce dernier peut devenir un traumatisme.


“On peut définir le traumatisme psychique, ou trauma, comme un phénomène d’effraction du psychisme et de débordement de ses défenses par les excitations violentes afférentes à la survenue d’un événement agressant ou menaçant pour la vie ou l’intégrité (physique ou psychique) d’un individu, qui y est exposé comme victime, témoin ou acteur”. (Chidiac & Crocq, 2010).


Durant l'événement traumatique : il n’existe pas de « bonnes » ou « mauvaises » réactions.



Revenons succinctement sur différentes réactions pouvant être observées et décrites durant le temps de l'événement traumatique. En tant que psychologue, nous recevons fréquemment des impliqués** animés d’une grande culpabilité d’avoir agi ou de ne pas avoir agi lors de l'événement vécu. Néanmoins ces différentes réactions ne sont pas le fruit de la volonté. Il s’agit de réponses instinctives régies par nos structures cérébrales qui concentrent leur activité afin d'accroître la vigilance pour se défendre face à la menace perçue. Cette défense s’organise en fonction de la personne que vous êtes. A savoir : un être unique de par votre génétique et de par les multiples expériences vécues tout au long de votre vie. Il n’existe pas de « bonne » ou « mauvaise » réaction, il s’agit de la vôtre et c’est une réaction qui ne peut être contrôlée par la conscience.

Certaines réactions vous sont déjà familières, elles sont connues sous les termes « fight or flight » ou réponse “combat-fuite”.


Ici, nous vous en exposons deux autres qui sont intéressantes à savoir repérer si vous ou un proche, êtes victime d’un événement traumatique. Elles font partie d’une troisième réponse : « freeze », littéralement « se geler », physiquement ou psychiquement.


Il s’agit d’une part de la sidération qui est un « état de stupeur émotive dans lequel le sujet, figé, inerte, donne l’impression d’une perte de connaissance ou réalise un aspect catatonique par son importante rigidité, voire pseudoparkinsonien du fait des tremblements associés » (Buffet, 2014). La sidération est une réaction qui s’apparente à une anesthésie. Nous pouvons l’observer aussi chez certains animaux qui vont simuler un état de mort afin de leurrer un prédateur menaçant. Ce phénomène a toujours existé et a vocation de protéger le psychique notamment en distanciant la souffrance et les émotions.

Une autre réaction pouvant être observée : la dissociation. Elle est caractérisée par une perturbation et/ou discontinuité dans l’intégration normale des émotions, de la conscience, de l’identité et de la mémoire (DSM-5***, 2013). Elle peut prendre différentes formes telles que l’amnésie dissociative (l’oubli d’éléments spécifiques liés à l’évènement ou encore la totalité de l’évènement), la dépersonnalisation (impression de sortir de son corps, de s’observer) ou la déréalisation (expérience d’irréalité de l’environnement).



C’est notamment en raison de ces réactions que certaines interventions précoces existent. Si vous venez d’être confronté à un événement potentiellement traumatique, vous pourrez être amené à rencontrer dès la fin de l’évènement des psychologues, médecins, infirmiers (Constantin-Kuntz et al., 2004). Ces interventions auront pour vocation de contenir le stress et d’essayer de recréer une cohérence dans le discours afin de sortir d’un état de sidération et/ou de dissociation.


Qui est concerné par le psychotraumatisme: les victimes directes et/ou indirectes.


L’expérience traumatique peut être vécue directement (témoins, victimes), ou indirectement (présents aux alentours, proches). La prise en charge psychologique était dans un premier temps, centrée autour des impliqués directs avec comme objectif de limiter les répercussions psychologiques à court, moyen ou long terme comme par exemple les Troubles de Stress Post-Traumatique (TSPT). L’expérience des différentes interventions menées a permis de faire le constat que tous les impliqués directs ne développent pas automatiquement de TSPT. En revanche on peut observer que les personnes n’ayant pas vécu l'événement physiquement mais ayant été au contact d’impliqués directs (famille, collègues, amis) pouvaient développer une symptomatologie traumatique (Constantin-Kuntz et al., 2004). Cela sous-tend alors l’importance de la prise en charge des impliquées indirects en sensibilisant notamment sur leur légitimité à recevoir des soins au même titre que les personnes impliquées directement.  



A la suite de l’évènement : qu’est-ce que je peux éventuellement ressentir et vivre ?



A la suite de l’événement, il se peut que des manifestations de stress surviennent. Il s’agit d’un temps de digestion de ce qui vient de vous arriver. Vos réactions (trouble du sommeil, de l’alimentation, d’irritabilité, souffrance psychique et somatique, etc.) sont des réactions normales à la suite d’un événement dit anormal. Néanmoins, s’il est naturel de traverser ces états pendant un temps, prendre conscience de l’intérêt d’une prise en charge psychologique semble primordial afin de limiter l’enkystement dans ces manifestations de stress.



Qu’est-ce que le Trouble de Stress Post-Traumatique ?




Des suites d’un événement traumatique peuvent naître des marqueurs et des manifestations psychologiques et physiologiques témoignant d’un état de stress qui ne s’estompe pas, malgré le temps qui passe (DSM-5, 2013).


On peut observer :


  • Des reviviscences : souvenirs répétitifs, envahissants, involontaires.

  • Des flashbacks : des dissociations pendant lesquelles l’évènement traumatique est revécu provoquant une importante détresse.

  • Des terreurs nocturnes ou cauchemars : des rêves répétitifs liés à l’évènement traumatique un sentiment intense ou prolongé de détresse psychique lors de l’exposition à des indices externes pouvant évoquer un des aspects de l’expérience traumatique (odeurs, couleurs).

  • Des conduites d’évitement : en raison de cette détresse ressentie, on peut observer alors des conduites d’évitement visant à limiter l’exposition à des rappels externes qui pourraient éveiller des souvenirs ou des pensées liés à l’évènement (contourner des lieux, limiter les sorties, ne plus voir certaines personnes).


Par ailleurs on peut aussi observer :


  • Des altérations négatives des cognitions et de l’humeur (difficulté de mémorisation, de concentration, humeur négative persistante, diminution de l’intérêt portée aux activités de loisirs, irritabilité, incapacité à éprouver des émotions positives ou de plaisir, sentiment de détachement d’autrui).

  • D’autres marqueurs, tels que des accès de colères, des comportements autodestructeurs, de l’hypervigilance peuvent aussi émerger.


Quelle que soit la durée entre l'événement et l’apparition de certains de ces symptômes (des semaines, des mois ou parfois même des années), s’ils s’installent au-delà d’un mois, ils manifestent d’un état de stress directement liés à l’exposition traumatique (DSM-5, 2013).


Vivre ces manifestations est particulièrement difficile et quotidiennement éprouvant. Leur installation dans le temps, signe de futures difficultés dans les différentes sphères de la vie d’une personne (familiale, relationnelle, professionnelle).


Ainsi la prise en charge thérapeutique a pour vocation d’aider à sortir de cette souffrance infernale venant perturber l’organisation psychique, somatique et personnelle.



Quelles sont les conséquences d’un état de stress prolongé ?



L’addiction : On observe un lien fort entre l’addiction et le psychotraumatisme. En effet, lorsqu’on vit une telle souffrance on peut se tourner vers des « anxiolytiques » naturels (drogues, alcools, antidouleurs) qui peuvent avoir provisoirement l’effet de contenir l’angoisse en permettant notamment de trouver le sommeil. L’addiction s’installe insidieusement et constituera une difficulté supplémentaire importante à long terme. L’effet recherché reste le même (en moins ciblé et en provoquant de graves addictions) que celui dont vous pourriez bénéficier par un traitement prescrit par un médecin pour soulager ces angoisses. Les avantages de passer par un médecin sont que les effets et la durée du traitement seraient contrôlés afin d’éviter les addictions. Ces traitements seraient choisis et adaptés spécifiquement pour vous.


La dépression : Le stress vécu de manière prolongée (adrénaline, hyper activation de l'amygdale) épuise certaines régions cérébrales, telles que celles permettant notamment de sécréter des hormones dites de « bonheur » (dopamine, sérotonine). Il s’agit alors d’une entrée dans la dépression avec de nouveaux symptômes surgissant et paralysant un peu plus encore la vie psychique, sociale, familiale et professionnelle. L’expérience de ces symptômes et de cette souffrance peut aboutir à des idées suicidaires pouvant conduire au passage à l’acte.


Ne pas s’enfermer dans le silence et la souffrance.


Le tableau clinique décrit ci-dessus est inquiétant et handicapant. On n’en soupçonne l’existence qu’une fois qu’on en fait l’expérience. Ainsi en revenant au point de départ de ces manifestations et pathologies, on en revient au vécu du stress suite à l'événement traumatique. On peut alors prendre la mesure de l’intérêt de ne pas s’enfermer dans le silence et la souffrance. Il est toujours plus accessible et efficace de travailler sur ces manifestations dès l’apparition des symptômes plutôt qu’en situation d’épuisement psychologique extrême. Malheureusement, en tant que psychologue, on observe une grande tendance à ne pas vouloir ou oser initier des prises en charges. Cela peut être liée à un déni des troubles apparus ou la conviction que rien ne peut être fait pour soulager ces souffrances. C’est pourquoi il semble important d’être sensibilisé et d’être vigilant à son entourage pour aider et accompagner une personne dans cette démarche. Car même si une personne développe un TSPT, sombre dans la dépression et/ ou dans une addiction: il est possible grâce au travail thérapeutique, aux ressources personnelles et aux ressources de l’entourage, de sortir de ces souffrances et de pouvoir recommencer à vivre, en se retrouvant.



Quelles prises en charges ?



De nombreux intervenants se mobilisent et proposent des thérapies ayant démontré leur intérêt dans la prise en charge de personnes exposées à un événement traumatique.


Les Cellules d’Urgences Médico Psychologiques (CUMP) se mobilisent dès lors qu’un évènement grave impliquant plusieurs victimes survient. Constituées de médecins, psychologues, psychomotriciens, infirmiers, elles sont une source de soutien et de transmission d’informations importantes tels que les centres et numéros qui peuvent être contactés pour une prise en charge. L’un des objectifs de ces interventions, dites de « defusing » et de « debriefing » , est de permettre de recréer une cohérence dans le discours afin de pouvoir sortir d’un éventuel état dissocié ou sidéré et de permettre une conscientisation ainsi qu’une élaboration de l’expérience vécue.


Par ailleurs, dix centres nationaux de psychotraumatologie coordonnés par le Centre National de Ressource et de Résilience (CN2R) ont ouvert leurs portes récemment suite à un appel à projet ministériel. Leur vocation est d’améliorer les connaissances et la prise en charge de personnes ayant vécu un événement traumatique.



Finalement : quand dois-je consulter ?



Faîtes-vous confiance et prenez en considération le droit que vous avez à vivre un accompagnement, sans que cela ne rime avec échec personnel ou faiblesse morale. Accordez à vos proches la confiance de vous faire part de leurs inquiétudes s’il en existe à votre égard et entendez-les. L’entourage est une ressource particulièrement aidante en cas de difficulté, essayez de ne pas vous isoler dans votre souffrance.


Pour finir, il est toujours possible d’évoluer et de bénéficier rapidement d’un mieux-être, notamment concernant les symptômes tels que les reviviscences, les troubles du sommeil et les flashbacks qui peuvent s’apaiser rapidement grâce à des outils thérapeutiques ciblés et conçus pour. Il est conseillé de tenter des approches thérapeutiques qui sont élaborées et scientifiquement reconnues par l’OMS et l’HAS pour la prise en charge du traumatisme, comme l’EMDR et l’ICV, proposées par des psychiatres et des psychologues.


Hermine Béthune

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Lexique:


* Somatique: traduction physique d’un stress psychique (ex: maux de tête, de dos, trouble du sommeil, eczéma).


** Impliqué: Mot utilisé pour désigner une personne ayant vécu un événement traumatique.


*** DSM-5: Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, publié en 2013 par l’Association Américaine de Psychiatrie (APA).


Sources :

  • American Psychiatric Association. (2013). Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (5 e éd.). Arlington, VA: American Psychiatric Publishing.

  • Buffet, A.-L. (2014, septembre 24). État de sidération—Définition. Consulté, à l’adresse https://cvpcontrelaviolencepsychologique.com/2014/09/24/etat-de-sideration-definition/

  • Chidiac, N., & Crocq, L. (2010). Le psychotrauma. Stress et trauma. Considérations historiques. Annales Médico-Psychologiques, Revue Psychiatrique, 168(4), 311– 319. doi:10.1016/j.amp.2010.03.013

  • Constantin-Kuntz, M., Samba, F., Zoute, C., Moreau, P., & Chaumet, F. (2004). Des traitements psychologiques des impliqués indirects dans les situations d’urgence psychologique. Pratiques Psychologiques, 10(4), 335‑347. https://doi.org/10.1016/j.prps.2004.09.002