Bienvenue sur weppsy, un ensemble d’articles écrits par des psychologues à destination du grand public.

Ce blog est issu du souhait de partager des idées du monde de la psychologie, de créer des échanges grâce à “une rencontre” avec des praticiens sur des sujets qui vous touchent et vous interrogent. Une rencontre car chaque texte est le fruit du travail personnel et de l’expérience d’un psychologue et porte dès lors sa signature. Vous trouverez ici une grande diversité d’approches : chaque article est l’expression d’un point de vue, d’une pratique. Nous sommes convaincus que la pluralité des approches et la dimension intégrative des pratiques nourrissent une réflexion riche et en mouvement. Nous vous invitons ainsi à explorer ces ressources avec ouverture et bienveillance, valeurs essentielles de notre réseau, que nous souhaitons prolonger et faire vivre dans ce projet avec vous.

L’objectif est ainsi de vous donner un maximum d’informations afin de faire avancer votre réflexion sur des sujets, et que vous puissiez faire des choix éclairés, concernant par exemple le type de psychologue ou de courant qui pourraient vous convenir au mieux.

Afin d’approfondir les thématiques abordées, vous trouverez des sources et des liens en bas des articles, qui sont des invitations à approfondir les thématiques abordées, ainsi que des informations sur l’auteur. Nous vous proposons de les retrouver sur leur fiche weppsy ou via leur site si vous souhaitez les contacter. Par ailleurs, comme vous le savez, ces écrits ne pourront pas répondre totalement à une problématique spécifique et personnelle, mais seront, nous l’espérons, un point de démarrage et un début d’éclairage pour vous. Aussi, rien ne remplacera un entretien avec un psychologue.

Les auteurs de weppsy sont des psychologues cliniciens, du travail, ou chercheurs, qui travaillent dans différentes organisations telles que l’hôpital, l’entreprise, les écoles ou encore comme indépendant. Ils sont tous diplômés de l'Ecole de Psychologues Praticiens.

Vous trouverez ci-contre des catégories, qui évolueront et s’enrichiront au fil du temps, afin de pouvoir vous repérer au mieux et cibler vos recherches.

Maintenant, à vous d’explorer !

Dossier Eclairage : Qu'est-ce que le groupe thérapeutique ?

Peyron, Psychologue Clinicienne)

par Ondine Peyron, Psychologue Clinicienne
le 2020-07-08

Dossier Eclairage : Qu'est-ce que le groupe thérapeutique ?

Lorsque l’on parle de groupe de thérapie, l’esprit associe souvent cela à groupe de parole ou groupe des AA (Alcooliques Anonymes). Or, depuis la création des AA il y a près d’un siècle, le champ de la thérapie a su s’approprier le groupe comme un riche outil thérapeutique, que l’on soit alcoolique ou non !

Il existe de nombreuses façons de travailler en groupe. En effet, c’est une pratique assez jeune et ses vertus reconnues en ont permis un développement rapide dans le champ de la psychothérapie. Certains parlent d’ailleurs d’« accélérateur de thérapie ». On retrouve des groupes de psychothérapie en psychanalyse, en analyse transactionnelle, en Gestalt, il existe aussi le psychodrame par exemple.

La taille du groupe varie en fonction du thérapeute et de la place disponible dans l’espace thérapeutique. Cependant, il est récurrent en analyse transactionnelle de trouver des groupes entre 6 et 10 clients. Ce groupe peut être animé par un thérapeute ou deux. Ici aussi, cela va dépendre du type de groupe à animer et le nombre de personnes présentes. Par exemple, au nombre de 18, il sera bien plus pertinent d’avoir deux thérapeutes présents dans l’espace.


Dans ma pratique de psychologue et psychopraticienne, la thérapie de groupe est un élément clé. En effet, en analyse transactionnelle, le travail en groupe a autant sa place que celui de couple, ou la thérapie individuelle. Ce qui paraît d’ailleurs assez logique : c’est une théorie de la communication et l’analyse des transactions sera encore plus riche in vivo.

 

En groupe, naturellement et assez rapidement se rejouent les problématiques personnelles de chacun. On va se sentir exclu, avoir des difficultés à prendre sa place, ou bien au contraire vouloir prendre toute la place et faire le plus de bruit possible.
Je prends des situations extrêmes, mais qui sont assez récurrentes. Si l’on regarde de plus près, cette posture adoptée en séance semble bien connue de chacun. Elle ressemble étrangement à celle que l’on prenait enfant aux repas de famille, ou celle si inconfortable, retrouvée au quotidien au bureau…

Le fait de retrouver ces sensations bien désagréables pourraient être une bonne raison de ne pas vouloir intégrer un groupe de thérapie ! Mais je vais vous convaincre du contraire. En effet, comme énoncé précédemment, l’espace thérapeutique va permettre de ressentir ou reproduire de façon inconsciente des schémas bien connus. Cette libération facilitera la prise de conscience et la mise au travail. Pour moi, le groupe est un peu comme un petit laboratoire d’expériences où presque tout est possible du fait du cadre et des règles établies.



Pour être plus explicite, un groupe de thérapie, c’est quoi finalement ?



Dans mon cabinet, il s’agit d’un groupe, constitué de 6 ou 7 personnes avec qui j’ai déjà commencé un travail thérapeutique en individuel. En fonction d’un planning défini à l’avance, nous nous réunissons une à deux fois par mois et nous nous mettons au travail avec ce qui arrive dans l’ici et le maintenant le fameux hic et nunc. Autrement dit, dans un état de pleine conscience, chacun se met à l’écoute de ses pensées, ses émotions, ses ressentis puis les partage dans le groupe. Ceci peut prendre du temps, ou pas.


Voici un exemple :

Il est 19h16. Chacun est installé et a choisi le fauteuil, le petit canapé ou le grand canapé (dans mon cabinet, plusieurs types de sièges sont présents). Le groupe commence normalement à 19h15. C’est parti pour trois heures ensemble. Personne ne sait encore très bien ce qui va se passer mais tout le monde se connaît maintenant. À force de se réunir toutes les deux semaines et de partager des choses personnelles certains liens se sont déjà formés.

J’arrive à mon fauteuil, toujours le même, et exprime dans mon attitude non verbale que la séance peut commencer. Un moment de silence s’installe mais rapidement la parole prend place.

Ingrid : Je ne sais pas pourquoi, mais ce soir je me sens un peu stressée de venir. J’avais d’ailleurs oublié la séance, mais mon téléphone me l’a rappelée et depuis je sens le stress monter.

Stéphanie : Ah oui c’est drôle ! Moi pas du tout. Au contraire, j’étais contente de vous retrouver ce soir. Avec les vacances qui sont passées, j’avais l’impression qu’une éternité nous avait séparé.

Silence.

Le thérapeute : Ingrid, est-ce que tu veux nous parler un peu de ce stress ?

Ingrid : En fait, la dernière fois on a parlé de mon père et j’ai eu l’impression qu’on n’était pas allé jusqu’au bout. Et je crois que je n’ai pas envie d’en parler…



Voici 5 minutes d’un début de groupe qui vont ouvrir sur de nombreux potentiels de travail. Certains décideront de faire leur cheminement en silence, d’autres pourront ou se sentiront dans le besoin de le partager dans le groupe. Le processus est en place et continue son chemin.


Pour développer l’alliance de confiance permettant le travail thérapeutique, certaines règles sont essentielles :

  • La règle de discrétion : Tout ce qui est dit dans le groupe reste dans le groupe. Peuvent être partagés des ressentis ou des vécus personnels, mais on ne parle pas des autres en dehors du groupe.

  • La règle de non-passage à l’acte : On ne touche pas son voisin ou sa voisine sans lui demander au préalable. Parfois on peut avoir l’envie par compassion ou sympathie de prendre l’autre dans ses bras, de lui tenir la main. C’est tout à fait possible mais : on demande ! En revanche, même si on demande, on n’a pas le droit de se frapper ou d’avoir de relations sexuelles.

  • La règle de sobriété : Chacun vient dans le groupe sans avoir bu ou fumé des substances qui altèrent la conscience.



Quels sont les intérêts du groupe de thérapie ?


En groupe, du fait d’être présent aux discours des autres, notre champ de conscience va s’élargir et permettre d’avoir accès à des zones encore non explorées.

 

Aussi, ce format est propice à la régression et donc à l’affaiblissement de nos défenses psychiques. Ce qui est certes parfois assez bouleversant, mais bénéfique à l’avancée personnelle.

La force du groupe est aussi un contenant important. Chacun fait partie intégrante du groupe et participe à son bon fonctionnement. Le fait de ne plus être seul face à ses blocages ou ses peurs rassure et réconforte. C’est ici que l’on voit l’effet thérapeutique que le groupe prend à lui seul du fait d’exister. Autrement dit, le fait de prendre part à une aventure commune est en elle-même thérapeutique et permet d’aller plus loin dans une démarche d’avancée personnelle avec en renfort et en soutien : le groupe.


Ondine Peyron

Sa fiche sur weppsy 


Sources : 




Dossier Eclairage : Qu'est-ce que l'ICV (Intégration du Cycle de la Vie) ?

Pane, Psychologue Clinicienne)

par Christine Pane, Psychologue Clinicienne
le 2020-07-01

L’approche thérapeutique de l’Intégration du cycle de la vie (ICV, en anglais LI c'est-à-dire Lifespan Integration) a été créée par Peggy Pace, une psychothérapeute américaine, au début des années 2000. Elle utilisait alors l’EMDR (Eye Movement desensitization and reprocessing), méthode qui consiste à traiter un souvenir traumatique pour en diminuer la charge émotionnelle. Un jour, dans son cabinet, alors qu’elle soignait un souvenir de la petite enfance d’une patiente, celle-ci resta bloquée dans cet évènement passé, comme si elle avait de nouveau 6 ans alors qu’elle était adulte. Peggy Pace lui demanda alors de se remémorer un souvenir à 7 ans puis 8 ans et ainsi de suite jusqu’à un événement récent. En aidant cette patiente à retraverser les évènements de sa sa vie, elle observa une amélioration de ses symptômes et de sa perception émotionnelle du traumatisme initial. L’ICV était né !  


Peggy Pace partit du principe que « les personnes victimes de traumatisme savent (dans leur tête) que l’évènement est passé mais ne ressentent pas ceci comme vrai dans leur corps, et imagina une technique astucieuse pour faire faire à ses patients l’expérience, dans leur corps, de la sensation du temps qui a passé entre l'événement traumatique et aujourd’hui » (Joanna Smith).

La méthode de l’Intégration du Cycle de la Vie est donc une méthode psycho-corporelle qui se base sur les recherches récentes en neurosciences affectives portant sur le trauma et l’attachement :


Le souvenir traumatique n’a pas la notion du temps qui a passé, il continue à se conjuguer au présent.


Lorsqu'une personne vit un événement douloureux ou traumatisant, elle peut se sentir débordée et totalement impuissante à le gérer en fonction des circonstances, de son histoire, de son jeune âge et de son niveau de sécurité affective. Le cerveau est débordé et a du mal à traiter l’information. Il isole alors le souvenir traumatique dans un réseau neuronal peu connecté aux autres réseaux afin qu'il soit réactivé le moins possible, un peu comme s’il “l’encapsulait” dans un coin. Le souvenir est parfois tellement isolé qu’on peut développer une amnésie partielle ou totale de l’évènement. C’est un moyen tout à fait normal de survie, qui permet de se protéger de l’effraction psychique. Cependant, une image, un bruit, une odeur, une date, une situation, une émotion peuvent réactiver le trauma, comme si l'événement allait de nouveau se produire. Ainsi, une situation qui ne nécessite pas l’activation du système de stress en apparence peut tout de même déclencher certains comportements, pensées ou émotions parce qu’un élément semble similaire à la situation traumatique vécue parfois plusieurs dizaines d’années plus tôt.


Ces événements du passé continuent d’influencer notre comportement, consciemment ou non, et nous réagissons dans le présent de façon inadaptée aux enjeux actuels, comme si nous cherchions à résoudre la ou les situations du passé non résolues.


Le souvenir traumatique est dans le corps, emmagasiné dans la mémoire implicite, sensorielle.


L’exemple typique est celui d’une personne ayant vécu un traumatisme lors d’un accident de voiture : elle se met à avoir des sueurs, palpitations, à chaque fois qu’elle remonte dans une voiture, même des années après l’accident. Même si elle sait que l’accident est loin derrière elle, son corps réagit comme s’il ne le savait pas.

Dans des situations comme celles-ci, la source de la réactivation semble évidente mais il est parfois plus difficile de faire le lien, comme par exemple dans le cas d’attaques de panique qui peuvent trouver leur source dans les premiers liens d’attachement teintés d’une forte anxiété.


  • La notion de plasticité cérébrale : les recherches récentes en neurosciences nous ont appris une bonne nouvelle  : le cerveau atteint sa maturité vers 25 ans mais rien n’est figé, il est possible à tout âge d’accéder à de nouveaux apprentissages et à modifier notre façon de voir et d’être au monde. On sait que l’attention et l’émotion accroissent la plasticité cérébrale.
  • Il n’y a pas de différenciation entre l’imagination et le réel au niveau de l’activité cérébrale : imaginer une activité et la faire réellement activent les mêmes zones cérébrales mais avec une intensité différente. Cette découverte offre aussi de belles perspectives de changement dans le cadre des thérapies. Ainsi, en ICV, on peut proposer, par le biais de l’imagination, d’aller réparer des parties de soi blessées dans l’enfance et introduire des interactions positives imaginaires entre la partie adulte et la partie enfant du patient.


L’attachement sécure est facteur de résilience.


A la naissance, notre cerveau est immature et très fragile. Un bébé humain ne peut rien faire tout seul, il ne peut survivre sans sa ou ses figures d’attachements.

Les structures plus « rationnelles », comme le cortex préfrontal, qui vont servir à réguler les émotions ne sont pas encore développées chez le tout petit. 

Le rôle de la figure principale d’attachement est de se substituer à ces structures pour réguler les émotions de son enfant.
Ce dernier pourra ainsi faire régulièrement l’expérience d’apaisement lors de situations stressantes, ce qui lui permettra d’acquérir petit à petit les capacités pour réguler ses émotions lui-même.

Parfois, la figure d’attachement n’est pas suffisamment disponible pour répondre et moduler les besoins émotionnels de l’enfant qui développe alors des croyances et des schémas sur la vie et dans ses relations tels que : le manque de confiance en l’autre, la peur d’être rejeté, les difficultés de séparation, le sentiment d’insécurité, les difficultés de régulation de ses émotions…

Une des perspectives intéressantes de la thérapie ICV est de travailler sur cette période du début de vie. Il ne s’agit pas de transformer la qualité de l’attachement originel à nos parents mais de développer un autre attachement à nous-même et, par là-même, aux autres. Le thérapeute va amener l’adulte à entendre qu’il n’est plus dans l’environnement de l’époque et qu’il est un bébé digne d’attention et d’amour. « Cette compréhension de son histoire rend alors possible la désactivation des réseaux neuronaux ayant inscrit psychiquement et dans son corps la croyance qu’il n’en vaut pas la peine ou qu’il y a un danger à être dans une relation intime et de confiance » (Eric Binet).

 

L’objectif, grâce à l’imagination active et à la posture du thérapeute, est de vivre des expériences positives afin que le patient puisse développer une auto-compassion vis à vis du tout-petit qu’il a été et qu’il porte en lui.



Comment se passe une thérapie ICV ? Comment faire pour intégrer les évènements douloureux de notre vie ?


L’outil principal de la thérapie est la ligne du temps. Il s’agit d’une liste chronologique de souvenirs marquants élaborée par le patient pour chaque année de sa vie, de son premier souvenir jusqu’à aujourd’hui. Par exemple, la sieste en maternelle / le lapin dans la classe / la visite à la maternité /…./premier job/divorce/.../ le début du confinement /et un souvenir tout récent pour revenir dans le présent.

Pour un trauma récent, on demande au patient de se rappeler d’une quinzaine de souvenirs depuis le choc jusqu’à aujourd’hui.


Au cours d'une séance, le thérapeute lit au patient la liste de souvenirs choisis en allant du plus ancien à aujourd’hui en lui demandant de prendre le temps de les revisualiser. Cela va permettre d’activer brièvement les mêmes zones cérébrales qu’au moment du souvenir et les sensations corporelles qui y sont liées. Le passage répété sur la ligne du temps permet au corps et au psychisme de comprendre que le temps a passé, qu'il a surmonté les épreuves et que les choses ont changé.

Ce « voyage » dans le passé permet de remettre chaque souvenir à sa place et par la même diminue la charge émotionnelle qui était associée à ces évènements douloureux.

Au fil des répétitions, certains souvenirs sortent de leur isolement, d’autres émergent spontanément et s’intègrent à l’histoire, connectés aux autres.


Divers protocoles existent avec des objectifs différents : améliorer la régulation émotionnelle, traiter les conséquences d’un événement traumatique, traiter une relation douloureuse, faire vivre au patient des expériences réparatrices en rejouant les interactions précoces que le patient aurait dû vivre à ce moment-là.


En conclusion


 L’ICV est donc une méthode douce qui permet la « digestion » des émotions du passé en reconnectant les réseaux neuronaux les uns aux autres afin de dater les événements passés et faire en sorte que le système corps-esprit n’y réagisse plus malgré nous. Sentir dans son corps que le passé est terminé est ce qui assure le changement. L’originalité et la profondeur de cette approche est de pouvoir aussi engager un travail de réparation minutieux des enjeux relationnels précoces.


Indications


Cette thérapie est principalement indiquée pour le traitement des traumatismes récents ou anciens, avec ou sans troubles de stress post-traumatique, des difficultés de régulation émotionnelle et des troubles de l’attachement.

L’ICV permet de travailler autour des relations précoces lorsque celles-ci ont été marquées par des séparations, une hospitalisation, une dépression, des négligences ou de la maltraitance.




Christine Pane

Sa fiche sur weppsy



Sources

- Joanna Smith, (2018), A la rencontre de son bébé intérieur, Dunod.

- Eric Binet, (2017), Le présent au secours du passé, Satas.

- Peggy Pace, (2019), Pratiquer l’ICV, Dunod.


Pour aller plus loin et rechercher un thérapeute

http://aficv.com/

https://integrationcyclevie.com/