Bienvenue sur weppsy, un ensemble d’articles écrits par des psychologues à destination du grand public.

Ce blog est issu du souhait de partager des idées du monde de la psychologie, de créer des échanges grâce à “une rencontre” avec des praticiens sur des sujets qui vous touchent et vous interrogent. Une rencontre car chaque texte est le fruit du travail personnel et de l’expérience d’un psychologue et porte dès lors sa signature. Vous trouverez ici une grande diversité d’approches : chaque article est l’expression d’un point de vue, d’une pratique. Nous sommes convaincus que la pluralité des approches et la dimension intégrative des pratiques nourrissent une réflexion riche et en mouvement. Nous vous invitons ainsi à explorer ces ressources avec ouverture et bienveillance, valeurs essentielles de notre réseau, que nous souhaitons prolonger et faire vivre dans ce projet avec vous.

L’objectif est ainsi de vous donner un maximum d’informations afin de faire avancer votre réflexion sur des sujets, et que vous puissiez faire des choix éclairés, concernant par exemple le type de psychologue ou de courant qui pourraient vous convenir au mieux.

Afin d’approfondir les thématiques abordées, vous trouverez des sources et des liens en bas des articles, qui sont des invitations à approfondir les thématiques abordées, ainsi que des informations sur l’auteur. Nous vous proposons de les retrouver sur leur fiche weppsy ou via leur site si vous souhaitez les contacter. Par ailleurs, comme vous le savez, ces écrits ne pourront pas répondre totalement à une problématique spécifique et personnelle, mais seront, nous l’espérons, un point de démarrage et un début d’éclairage pour vous. Aussi, rien ne remplacera un entretien avec un psychologue.

Les auteurs de weppsy sont des psychologues cliniciens, du travail, ou chercheurs, qui travaillent dans différentes organisations telles que l’hôpital, l’entreprise, les écoles ou encore comme indépendant. Ils sont tous diplômés de l'Ecole de Psychologues Praticiens.

Vous trouverez ci-contre des catégories, qui évolueront et s’enrichiront au fil du temps, afin de pouvoir vous repérer au mieux et cibler vos recherches.

Maintenant, à vous d’explorer !

Dossier éclairage : L'art-thérapie, mettre ses maux en couleurs

Rengade, Psychologue clincienne)

par Marie Rengade, Psychologue clincienne
le 2020-07-22

Dossier éclairage : L'art-thérapie, mettre ses maux en couleurs

Dans l’art-thérapie on considère que la créativité est le moteur de toute chose et notamment du changement. L’écriture même de cet article est un acte créatif qui peut laisser place aux mêmes fantasmes et peurs qu’à un patient devant une toile, un étudiant devant un projet de mémoire ou encore un entrepreneur avant une conférence. La peur de mal faire touche nombre d’entre nous. Pour autant, c’est dans le faire que l’on se rencontre. Dans cet article, je vais vous présenter l’art-thérapie qui est un moyen de se découvrir ou de se laisser découvrir par d’autres modes d’expression que le face à face classique entre deux personnes au sein d’un suivi.

En effet, l’art-thérapie intègre un tiers dans la prise en charge, une médiation artistique. La création déclenche un processus de transformation de la personne. A vrai dire, nous sommes tous nés d’un acte créateur. Et par la création, c’est-à-dire l’utilisation de toutes nos palettes internes (émotions, doutes, peurs, angoisses, fantasmes, besoins…), notre univers psychique et biologique, nous pouvons sortir quelque chose de nous-mêmes. Pour le psychiatre Jean-Pierre Klein, l’art-thérapie est un « accompagnement thérapeutique de personnes mises en position de création de telle sorte que leur parcours d’œuvre en œuvre fasse processus de transformation d’elle-même ». C’est un moyen de se connecter à la vie qui bouillonne en nous. L’art-thérapie ne demande pas à ceux qui la pratique d’être des De Vinci, des Van Gogh ou des Picasso, il n’y pas de notion de beau ou de laid. Elle est donc accessible à tous.

 

Cette approche permet de remettre la pensée en mouvement pour stimuler la verbalisation qui, elle-même, doit amener à l’action et au changement.


L’histoire de l’art-thérapie


L’art a toujours été utilisé à des fins curatives pour le corps et l’esprit. Néanmoins, l’utilisation de l’art comme thérapie construite est relativement récente. A la fin du XIXe siècle, des psychiatres proposent à leurs patients de s’exprimer par des dessins ou des peintures pour pouvoir analyser par la suite leurs productions. Par ailleurs, au sein des institutions (psychiatrique, scolaire ou communautaire) des artistes, dont certains appartenant au courant de l’art brut, y travaillaient. L’art brut est souvent considéré comme étant le terreau de l’art-thérapie bien que ce soit une pratique tout autre. L’art brut est un courant artistique développé au XXe siècle par le sculpteur et peintre Jean Dubuffet. Ce dernier s’intéressait tout particulièrement aux œuvres de patients qu’il trouvait uniques, n’étant pas des créations d’artistes professionnels. Comme Dubuffet voyait dans ces œuvres une beauté naïve et spontanée, il décida de les exposer au grand public pour faire connaître cette nouvelle forme d’art. D’autres professionnels de l’art ont ensuite adhéré à cette vision. Ces artistes ont constaté les effets bénéfiques de la pratique artistique chez les personnes souffrant de troubles psychiques, physiques ou mentaux. 

L’art-thérapie a également été investie par la psychanalyse avec Jung qui considérait que seule la personne elle-même a le pouvoir de se guérir et que l’activité artistique permet de mettre la personne en mouvement.
Il y a une grande variété d’approches en art-thérapie (humaniste, systémique, psychodynamique, behavioriste…), néanmoins elles se rejoignent sur l’aspect thérapeutique du processus de création.

Aujourd’hui, le métier d’« art-thérapeute » est un titre reconnu par l’état.


Avec qui et comment mettre en place cette approche ?


L’art thérapie est indiquée pour des personnes présentant des fragilités psychiques ou en demande de développement personnel. Elle peut être pratiquée auprès d’enfants, d’adolescents, d’adultes ou de personnes âgées.

Par ailleurs, cette médiation est utilisée au sein d’institutions diverses comme des EHPAD, des entreprises, des prisons, des hôpitaux et peut s’adapter au public accompagné. Le public peut présenter une maladie neurodégénérative liée à l’âge (Alzheimer, parkinson), un handicap psychique ou mental (Autisme, trisomie, trouble dys), une maladie mentale (schizophrénie, anorexie etc.) ou encore des difficultés psychiques passagères ou cycliques de plus ou moins longue durée et intensité (deuil, dépression, bipolarité…). Par ailleurs, il n’est pas nécessaire de présenter un « trouble » pour pratiquer l’art-thérapie. C’est également un moyen de mieux se connaître et de s’exprimer par d’autres voies.

Les médiations artistiques sont nombreuses et utilisent l’ensemble de notre corps. Cela peut être de l’expression vocale (chant, théâtre, slam, conte…), de l’expression corporelle (danse, yoga, clown…), des ateliers plastiques (dessin, peinture, collage), la photographie, les vidéos, l’écriture ou encore le travail d’une matière comme l’argile. Le patient se rencontre dans l’interaction avec la médiation artistique. Il y a un apprivoisement, la personne investit son œuvre et y dépose des émotions, des angoisses, des aspirations qui lui appartiennent. Il n’est plus question d’un « je » direct mais d’un « il » qui parle de soi.


Quelques exemples de son utilité


Pour l’art-thérapeute Sylvain Bridet-Lamoureux, qui travaille dans un centre de santé mentale à Madagascar, l’art-thérapie ouvre les portes et les fenêtres de l’individu. Cela laisse entrer la lumière, les parfums et les couleurs.

 

C’est une ouverture vers l’intérieur (vers soi) et vers l’extérieur (l’Autre).
Par les activités proposées dans le centre (Yoga, slam, peinture, danse, expression corporelle…), les intervenants autorisent les patients à être. Les rapports entre thérapeute et patients sont horizontaux. Le terme même de « patient » est questionné et sera remplacé par celui « d’ami ». Le matin, avant de commencer les activités, il y a un temps de parole qui s’appuie sur une œuvre artistique présentée à tous. Pour exemple, le tableau « Le Baiser » de Klimt pourra être projeté à l’écran pour que les amis puissent investir le sujet des relations entre hommes et femmes, de la sexualité et s’autoriser à parler de cela. L’œuvre devient un tremplin à la verbalisation.

Lorsque je travaillais dans ce centre, j’ai pu accompagner une adolescente en rupture avec sa famille. Elle avait fait plusieurs tentatives de suicide et lors de nos entretiens elle était très défensive, ce qui ne lui permettait pas d’être authentique avec elle-même et avec moi. Cependant, lors d’un atelier de slam, elle a pu sortir quelque chose de congruent, un texte fort sur ses ressentis, sur son parcours. C’étaient des éléments qu’elle n’avait pas pu amener en entretien. Elle a tenu à me faire écouter son œuvre et cela nous a permis d’avancer ensemble vers son rétablissement. C’est à travers des expériences comme celle-ci que j’ai pu constater l’utilité de l’art-thérapie et à quel point cela peut être complémentaire avec un suivi individuel. La relation d’une personne avec son œuvre permet de faire émerger des ressentis qui peuvent ensuite être verbaliser et élaborer. Ainsi, l’art amène la personne à puiser en elle en se connectant à ses ressources internes pour être dans l’autodétermination et se réinventer dans la vie.


Marie Rengade

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Sources :

Entretien avec l’art-thérapeute Sylvain Bridet-Lamoureux le 01/03/2020

Hamel, J. & Labrèche, J. (2010). Art-thérapie. Larousse.

Klein, J. (2019). L’Art-thérapie. Paris : Presse Universitaire de France.

Klein, J. (2007). L'art-thérapie. Cahiers de Gestalt-thérapie, 20(1), 55-62. doi:10.3917/cges.020.0055.




Dossier éclairage : Qu'est-ce que l'hypnose thérapeutique ?

Roustang-Jeglot, Psychologue clinicienne-psychothérapeute)

par Astrid Roustang-Jeglot, Psychologue clinicienne-psychothérapeute
le 2020-07-16

Dossier éclairage : Qu'est-ce que l'hypnose thérapeutique ?

L’hypnose est une pratique très ancienne, dans la continuité des traditions des guérisseurs et des chamans. A la fin du XIXème siècle, l’hypnose est l’une des deux sources (avec la psychologie morale Paul Charles Dubois dans un tout autre registre) à l’origine de toutes les psychothérapies. Freud, lui-même la pratiqua, puis l’abandonna pour créer la psychanalyse.

Approche classée dans les thérapies dites « brèves », elle s’intéresse à l’unité corps-psyché.

Son champ d’intervention est large et peut convenir aux adultes comme aux enfants et adolescents qui s’y montrent souvent très réceptifs.

Actuellement, parmi les approches thérapeutiques existantes, beaucoup portent l’héritage de l’hypnose ou s’en inspirent sans trop la nommer (psychanalyse, relaxation, sophrologie, EMDR, ICV, Mindfulness …).

Longtemps, l’hypnose a souffert de l’image de l’hypnose de spectacle qui peut encore la faire craindre et d’un certain mystère persistant qui l’entoure. Ce sont des figures emblématiques telles que Milton Erickson aux Etats-Unis dans les années 1950 qui l’ont mieux fait connaître dans le domaine de la santé. La brièveté avec laquelle elle peut aider à faire surgir le changement sans délibération aucune, mais aussi son étude scientifique et rigoureuse lui a permis de retrouver ses lettres de noblesse. En France, elle revient dans les années 1980 ( L. Chertok, D. Michaux, J. Godin, J.A. Malarewicz) avec à la clef, un ouvrage fondateur de François Roustang dans cette renaissance : Qu’est-ce que l’hypnose ?

Depuis maintenant quelques dizaines d’années, l’hypnose s’est refait une place dans le milieu médical avec différents champs d’intervention avec notamment la création de plusieurs diplômes universitaires en hypnose médicale dans les facultés de médecine : Paris Salpêtrière (AFEHM), Université Sorbonne, Université Bourgogne, Université de Bordeaux,…


A l’hôpital, elle accompagne la sédation médicamenteuse (pour la réduire) lors d’anesthésie, elle facilite la gestion de la douleur dans des pathologies dites chroniques, ou encore elle est proposée pour accompagner des sevrages tabagiques, faire face à des phobies (araignées, piqûre, …) ou accompagner des situations de stress (prise de parole en public, examen).

Si l’on peut être plus ou moins réceptif à l’hypnose, et si elle peut être plus ou moins profonde (le degré de profondeur n’est pas en lien avec son efficacité thérapeutique), elle repose toutefois sur une potentialité commune à chaque être humain : faire une expérience subjective, celle d’expérimenter un état dit modifié de conscience que l’on nomme la transe hypnotique. Attention ! Ce n’est pas la conscience qui est modifiée mais bien l’état : comme lorsque, concentré sur un sujet, on se met à rêvasser. D’ailleurs, la transe vous en avez déjà sûrement fait involontairement l’expérience en lisant, ou en écrivant (transe de l’écrivain), en dansant (transe du danseur), en conduisant lorsque vous étiez au volant tout en étant ailleurs…

L’approche de l’hypnose dont on parle le plus est celle qui vise la dissociation : lorsqu’on a mal, on cherche plutôt à se couper de la sensation douloureuse. Mais l’hypnose peut aussi être pratiquée dans une visée réassociative lorsque l’hypnothérapeute (vous réserverez le terme d’hypnotiseur à ceux qui font du spectacle et non du soin) aide à rétablir la relation entre des parties de soi qui s’ignorent les unes les autres comme c’est le cas dans les troubles psychosomatiques, dans certaines problématiques d’addiction ou encore pour les traumatismes qui ont été encapsulés.

Enfin, en dehors du soin médical, certains sportifs y recourent pour améliorer leur performance, d’autres encore pour permettre de développer leur intuition, leur créativité, leur ouverture au monde notamment par l’apprentissage de l’auto-hypnose.


Astrid ROUSTANG-JEGLOT 

Sa fiche sur weppsy


Sources : 


- HALEY, J. (2007). Un thérapeute hors du commun : Milton H. Erickson, Paris : Desclée de Brouwer.

ROUSTANG, R. (1994). Qu’est-ce que l’hypnose ?, Paris : Les Editions de minuit.

FAYMONVILLE, ME : https://www.hypnosium.com/video/interview-pr-me-faymonville-lieges-belgique/

- CAZARD-FILIETTE, C., WOOD, C. & BIOY, A. (2016). Vaincre la douleur par l’hypnose et l’auto-hypnose, Paris : Vigot-Maloine.

BELLEGROUX J. (2018). Autohypnose et performance sportive, Paris : Amphora.

Revue TRANSES, La créativité, N° 6, Janvier 2019, Paris : Dunod.

BENHAIEM, J-M. (2019). Hypnose toi toi-même- L’auto-hypnose l’expérience de la liberté, Paris : Flammarion.










Dossier Eclairage : Qu'est-ce que le groupe thérapeutique ?

Peyron, Psychologue Clinicienne)

par Ondine Peyron, Psychologue Clinicienne
le 2020-07-08

Dossier Eclairage : Qu'est-ce que le groupe thérapeutique ?

Lorsque l’on parle de groupe de thérapie, l’esprit associe souvent cela à groupe de parole ou groupe des AA (Alcooliques Anonymes). Or, depuis la création des AA il y a près d’un siècle, le champ de la thérapie a su s’approprier le groupe comme un riche outil thérapeutique, que l’on soit alcoolique ou non !

Il existe de nombreuses façons de travailler en groupe. En effet, c’est une pratique assez jeune et ses vertus reconnues en ont permis un développement rapide dans le champ de la psychothérapie. Certains parlent d’ailleurs d’« accélérateur de thérapie ». On retrouve des groupes de psychothérapie en psychanalyse, en analyse transactionnelle, en Gestalt, il existe aussi le psychodrame par exemple.

La taille du groupe varie en fonction du thérapeute et de la place disponible dans l’espace thérapeutique. Cependant, il est récurrent en analyse transactionnelle de trouver des groupes entre 6 et 10 clients. Ce groupe peut être animé par un thérapeute ou deux. Ici aussi, cela va dépendre du type de groupe à animer et le nombre de personnes présentes. Par exemple, au nombre de 18, il sera bien plus pertinent d’avoir deux thérapeutes présents dans l’espace.


Dans ma pratique de psychologue et psychopraticienne, la thérapie de groupe est un élément clé. En effet, en analyse transactionnelle, le travail en groupe a autant sa place que celui de couple, ou la thérapie individuelle. Ce qui paraît d’ailleurs assez logique : c’est une théorie de la communication et l’analyse des transactions sera encore plus riche in vivo.

 

En groupe, naturellement et assez rapidement se rejouent les problématiques personnelles de chacun. On va se sentir exclu, avoir des difficultés à prendre sa place, ou bien au contraire vouloir prendre toute la place et faire le plus de bruit possible.
Je prends des situations extrêmes, mais qui sont assez récurrentes. Si l’on regarde de plus près, cette posture adoptée en séance semble bien connue de chacun. Elle ressemble étrangement à celle que l’on prenait enfant aux repas de famille, ou celle si inconfortable, retrouvée au quotidien au bureau…

Le fait de retrouver ces sensations bien désagréables pourraient être une bonne raison de ne pas vouloir intégrer un groupe de thérapie ! Mais je vais vous convaincre du contraire. En effet, comme énoncé précédemment, l’espace thérapeutique va permettre de ressentir ou reproduire de façon inconsciente des schémas bien connus. Cette libération facilitera la prise de conscience et la mise au travail. Pour moi, le groupe est un peu comme un petit laboratoire d’expériences où presque tout est possible du fait du cadre et des règles établies.



Pour être plus explicite, un groupe de thérapie, c’est quoi finalement ?



Dans mon cabinet, il s’agit d’un groupe, constitué de 6 ou 7 personnes avec qui j’ai déjà commencé un travail thérapeutique en individuel. En fonction d’un planning défini à l’avance, nous nous réunissons une à deux fois par mois et nous nous mettons au travail avec ce qui arrive dans l’ici et le maintenant le fameux hic et nunc. Autrement dit, dans un état de pleine conscience, chacun se met à l’écoute de ses pensées, ses émotions, ses ressentis puis les partage dans le groupe. Ceci peut prendre du temps, ou pas.


Voici un exemple :

Il est 19h16. Chacun est installé et a choisi le fauteuil, le petit canapé ou le grand canapé (dans mon cabinet, plusieurs types de sièges sont présents). Le groupe commence normalement à 19h15. C’est parti pour trois heures ensemble. Personne ne sait encore très bien ce qui va se passer mais tout le monde se connaît maintenant. À force de se réunir toutes les deux semaines et de partager des choses personnelles certains liens se sont déjà formés.

J’arrive à mon fauteuil, toujours le même, et exprime dans mon attitude non verbale que la séance peut commencer. Un moment de silence s’installe mais rapidement la parole prend place.

Ingrid : Je ne sais pas pourquoi, mais ce soir je me sens un peu stressée de venir. J’avais d’ailleurs oublié la séance, mais mon téléphone me l’a rappelée et depuis je sens le stress monter.

Stéphanie : Ah oui c’est drôle ! Moi pas du tout. Au contraire, j’étais contente de vous retrouver ce soir. Avec les vacances qui sont passées, j’avais l’impression qu’une éternité nous avait séparé.

Silence.

Le thérapeute : Ingrid, est-ce que tu veux nous parler un peu de ce stress ?

Ingrid : En fait, la dernière fois on a parlé de mon père et j’ai eu l’impression qu’on n’était pas allé jusqu’au bout. Et je crois que je n’ai pas envie d’en parler…



Voici 5 minutes d’un début de groupe qui vont ouvrir sur de nombreux potentiels de travail. Certains décideront de faire leur cheminement en silence, d’autres pourront ou se sentiront dans le besoin de le partager dans le groupe. Le processus est en place et continue son chemin.


Pour développer l’alliance de confiance permettant le travail thérapeutique, certaines règles sont essentielles :

  • La règle de discrétion : Tout ce qui est dit dans le groupe reste dans le groupe. Peuvent être partagés des ressentis ou des vécus personnels, mais on ne parle pas des autres en dehors du groupe.

  • La règle de non-passage à l’acte : On ne touche pas son voisin ou sa voisine sans lui demander au préalable. Parfois on peut avoir l’envie par compassion ou sympathie de prendre l’autre dans ses bras, de lui tenir la main. C’est tout à fait possible mais : on demande ! En revanche, même si on demande, on n’a pas le droit de se frapper ou d’avoir de relations sexuelles.

  • La règle de sobriété : Chacun vient dans le groupe sans avoir bu ou fumé des substances qui altèrent la conscience.



Quels sont les intérêts du groupe de thérapie ?


En groupe, du fait d’être présent aux discours des autres, notre champ de conscience va s’élargir et permettre d’avoir accès à des zones encore non explorées.

 

Aussi, ce format est propice à la régression et donc à l’affaiblissement de nos défenses psychiques. Ce qui est certes parfois assez bouleversant, mais bénéfique à l’avancée personnelle.

La force du groupe est aussi un contenant important. Chacun fait partie intégrante du groupe et participe à son bon fonctionnement. Le fait de ne plus être seul face à ses blocages ou ses peurs rassure et réconforte. C’est ici que l’on voit l’effet thérapeutique que le groupe prend à lui seul du fait d’exister. Autrement dit, le fait de prendre part à une aventure commune est en elle-même thérapeutique et permet d’aller plus loin dans une démarche d’avancée personnelle avec en renfort et en soutien : le groupe.


Ondine Peyron

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Sources : 




Dossier Eclairage : Qu'est-ce que l'ICV (Intégration du Cycle de la Vie) ?

Pane, Psychologue Clinicienne)

par Christine Pane, Psychologue Clinicienne
le 2020-07-01

Dossier Eclairage : Qu'est-ce que l'ICV (Intégration du Cycle de la Vie) ?

L’approche thérapeutique de l’Intégration du cycle de la vie (ICV, en anglais LI c'est-à-dire Lifespan Integration) a été créée par Peggy Pace, une psychothérapeute américaine, au début des années 2000. Elle utilisait alors l’EMDR (Eye Movement desensitization and reprocessing), méthode qui consiste à traiter un souvenir traumatique pour en diminuer la charge émotionnelle. Un jour, dans son cabinet, alors qu’elle soignait un souvenir de la petite enfance d’une patiente, celle-ci resta bloquée dans cet évènement passé, comme si elle avait de nouveau 6 ans alors qu’elle était adulte. Peggy Pace lui demanda alors de se remémorer un souvenir à 7 ans puis 8 ans et ainsi de suite jusqu’à un événement récent. En aidant cette patiente à retraverser les évènements de sa sa vie, elle observa une amélioration de ses symptômes et de sa perception émotionnelle du traumatisme initial. L’ICV était né !  


Peggy Pace partit du principe que « les personnes victimes de traumatisme savent (dans leur tête) que l’évènement est passé mais ne ressentent pas ceci comme vrai dans leur corps, et imagina une technique astucieuse pour faire faire à ses patients l’expérience, dans leur corps, de la sensation du temps qui a passé entre l'événement traumatique et aujourd’hui » (Joanna Smith).

La méthode de l’Intégration du Cycle de la Vie est donc une méthode psycho-corporelle qui se base sur les recherches récentes en neurosciences affectives portant sur le trauma et l’attachement :


Le souvenir traumatique n’a pas la notion du temps qui a passé, il continue à se conjuguer au présent.


Lorsqu'une personne vit un événement douloureux ou traumatisant, elle peut se sentir débordée et totalement impuissante à le gérer en fonction des circonstances, de son histoire, de son jeune âge et de son niveau de sécurité affective. Le cerveau est débordé et a du mal à traiter l’information. Il isole alors le souvenir traumatique dans un réseau neuronal peu connecté aux autres réseaux afin qu'il soit réactivé le moins possible, un peu comme s’il “l’encapsulait” dans un coin. Le souvenir est parfois tellement isolé qu’on peut développer une amnésie partielle ou totale de l’évènement. C’est un moyen tout à fait normal de survie, qui permet de se protéger de l’effraction psychique. Cependant, une image, un bruit, une odeur, une date, une situation, une émotion peuvent réactiver le trauma, comme si l'événement allait de nouveau se produire. Ainsi, une situation qui ne nécessite pas l’activation du système de stress en apparence peut tout de même déclencher certains comportements, pensées ou émotions parce qu’un élément semble similaire à la situation traumatique vécue parfois plusieurs dizaines d’années plus tôt.


Ces événements du passé continuent d’influencer notre comportement, consciemment ou non, et nous réagissons dans le présent de façon inadaptée aux enjeux actuels, comme si nous cherchions à résoudre la ou les situations du passé non résolues.


Le souvenir traumatique est dans le corps, emmagasiné dans la mémoire implicite, sensorielle.


L’exemple typique est celui d’une personne ayant vécu un traumatisme lors d’un accident de voiture : elle se met à avoir des sueurs, palpitations, à chaque fois qu’elle remonte dans une voiture, même des années après l’accident. Même si elle sait que l’accident est loin derrière elle, son corps réagit comme s’il ne le savait pas.

Dans des situations comme celles-ci, la source de la réactivation semble évidente mais il est parfois plus difficile de faire le lien, comme par exemple dans le cas d’attaques de panique qui peuvent trouver leur source dans les premiers liens d’attachement teintés d’une forte anxiété.


  • La notion de plasticité cérébrale : les recherches récentes en neurosciences nous ont appris une bonne nouvelle  : le cerveau atteint sa maturité vers 25 ans mais rien n’est figé, il est possible à tout âge d’accéder à de nouveaux apprentissages et à modifier notre façon de voir et d’être au monde. On sait que l’attention et l’émotion accroissent la plasticité cérébrale.
  • Il n’y a pas de différenciation entre l’imagination et le réel au niveau de l’activité cérébrale : imaginer une activité et la faire réellement activent les mêmes zones cérébrales mais avec une intensité différente. Cette découverte offre aussi de belles perspectives de changement dans le cadre des thérapies. Ainsi, en ICV, on peut proposer, par le biais de l’imagination, d’aller réparer des parties de soi blessées dans l’enfance et introduire des interactions positives imaginaires entre la partie adulte et la partie enfant du patient.


L’attachement sécure est facteur de résilience.


A la naissance, notre cerveau est immature et très fragile. Un bébé humain ne peut rien faire tout seul, il ne peut survivre sans sa ou ses figures d’attachements.

Les structures plus « rationnelles », comme le cortex préfrontal, qui vont servir à réguler les émotions ne sont pas encore développées chez le tout petit. 

Le rôle de la figure principale d’attachement est de se substituer à ces structures pour réguler les émotions de son enfant.
Ce dernier pourra ainsi faire régulièrement l’expérience d’apaisement lors de situations stressantes, ce qui lui permettra d’acquérir petit à petit les capacités pour réguler ses émotions lui-même.

Parfois, la figure d’attachement n’est pas suffisamment disponible pour répondre et moduler les besoins émotionnels de l’enfant qui développe alors des croyances et des schémas sur la vie et dans ses relations tels que : le manque de confiance en l’autre, la peur d’être rejeté, les difficultés de séparation, le sentiment d’insécurité, les difficultés de régulation de ses émotions…

Une des perspectives intéressantes de la thérapie ICV est de travailler sur cette période du début de vie. Il ne s’agit pas de transformer la qualité de l’attachement originel à nos parents mais de développer un autre attachement à nous-même et, par là-même, aux autres. Le thérapeute va amener l’adulte à entendre qu’il n’est plus dans l’environnement de l’époque et qu’il est un bébé digne d’attention et d’amour. « Cette compréhension de son histoire rend alors possible la désactivation des réseaux neuronaux ayant inscrit psychiquement et dans son corps la croyance qu’il n’en vaut pas la peine ou qu’il y a un danger à être dans une relation intime et de confiance » (Eric Binet).

 

L’objectif, grâce à l’imagination active et à la posture du thérapeute, est de vivre des expériences positives afin que le patient puisse développer une auto-compassion vis à vis du tout-petit qu’il a été et qu’il porte en lui.



Comment se passe une thérapie ICV ? Comment faire pour intégrer les évènements douloureux de notre vie ?


L’outil principal de la thérapie est la ligne du temps. Il s’agit d’une liste chronologique de souvenirs marquants élaborée par le patient pour chaque année de sa vie, de son premier souvenir jusqu’à aujourd’hui. Par exemple, la sieste en maternelle / le lapin dans la classe / la visite à la maternité /…./premier job/divorce/.../ le début du confinement /et un souvenir tout récent pour revenir dans le présent.

Pour un trauma récent, on demande au patient de se rappeler d’une quinzaine de souvenirs depuis le choc jusqu’à aujourd’hui.


Au cours d'une séance, le thérapeute lit au patient la liste de souvenirs choisis en allant du plus ancien à aujourd’hui en lui demandant de prendre le temps de les revisualiser. Cela va permettre d’activer brièvement les mêmes zones cérébrales qu’au moment du souvenir et les sensations corporelles qui y sont liées. Le passage répété sur la ligne du temps permet au corps et au psychisme de comprendre que le temps a passé, qu'il a surmonté les épreuves et que les choses ont changé.

Ce « voyage » dans le passé permet de remettre chaque souvenir à sa place et par la même diminue la charge émotionnelle qui était associée à ces évènements douloureux.

Au fil des répétitions, certains souvenirs sortent de leur isolement, d’autres émergent spontanément et s’intègrent à l’histoire, connectés aux autres.


Divers protocoles existent avec des objectifs différents : améliorer la régulation émotionnelle, traiter les conséquences d’un événement traumatique, traiter une relation douloureuse, faire vivre au patient des expériences réparatrices en rejouant les interactions précoces que le patient aurait dû vivre à ce moment-là.


En conclusion


 L’ICV est donc une méthode douce qui permet la « digestion » des émotions du passé en reconnectant les réseaux neuronaux les uns aux autres afin de dater les événements passés et faire en sorte que le système corps-esprit n’y réagisse plus malgré nous. Sentir dans son corps que le passé est terminé est ce qui assure le changement. L’originalité et la profondeur de cette approche est de pouvoir aussi engager un travail de réparation minutieux des enjeux relationnels précoces.


Indications


Cette thérapie est principalement indiquée pour le traitement des traumatismes récents ou anciens, avec ou sans troubles de stress post-traumatique, des difficultés de régulation émotionnelle et des troubles de l’attachement.

L’ICV permet de travailler autour des relations précoces lorsque celles-ci ont été marquées par des séparations, une hospitalisation, une dépression, des négligences ou de la maltraitance.




Christine Pane

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Sources

- Joanna Smith, (2018), A la rencontre de son bébé intérieur, Dunod.

- Eric Binet, (2017), Le présent au secours du passé, Satas.

- Peggy Pace, (2019), Pratiquer l’ICV, Dunod.


Pour aller plus loin et rechercher un thérapeute

http://aficv.com/

https://integrationcyclevie.com/