Bienvenue sur weppsy, un ensemble d’articles écrits par des psychologues à destination du grand public.

Ce blog est issu du souhait de partager des idées du monde de la psychologie, de créer des échanges grâce à “une rencontre” avec des praticiens sur des sujets qui vous touchent et vous interrogent. Une rencontre car chaque texte est le fruit du travail personnel et de l’expérience d’un psychologue et porte dès lors sa signature. Vous trouverez ici une grande diversité d’approches : chaque article est l’expression d’un point de vue, d’une pratique. Nous sommes convaincus que la pluralité des approches et la dimension intégrative des pratiques nourrissent une réflexion riche et en mouvement. Nous vous invitons ainsi à explorer ces ressources avec ouverture et bienveillance, valeurs essentielles de notre réseau, que nous souhaitons prolonger et faire vivre dans ce projet avec vous.

L’objectif est ainsi de vous donner un maximum d’informations afin de faire avancer votre réflexion sur des sujets, et que vous puissiez faire des choix éclairés, concernant par exemple le type de psychologue ou de courant qui pourraient vous convenir au mieux.

Afin d’approfondir les thématiques abordées, vous trouverez des sources et des liens en bas des articles, qui sont des invitations à approfondir les thématiques abordées, ainsi que des informations sur l’auteur. Nous vous proposons de les retrouver sur leur fiche weppsy ou via leur site si vous souhaitez les contacter. Par ailleurs, comme vous le savez, ces écrits ne pourront pas répondre totalement à une problématique spécifique et personnelle, mais seront, nous l’espérons, un point de démarrage et un début d’éclairage pour vous. Aussi, rien ne remplacera un entretien avec un psychologue.

Les auteurs de weppsy sont des psychologues cliniciens, du travail, ou chercheurs, qui travaillent dans différentes organisations telles que l’hôpital, l’entreprise, les écoles ou encore comme indépendant. Ils sont tous diplômés de l'Ecole de Psychologues Praticiens.

Vous trouverez ci-contre des catégories, qui évolueront et s’enrichiront au fil du temps, afin de pouvoir vous repérer au mieux et cibler vos recherches.

Maintenant, à vous d’explorer !

Dossier Eclairage : Qu'est-ce que l'ICV (Intégration du Cycle de la Vie) ?

Pane, Psychologue Clinicienne)

par Christine Pane, Psychologue Clinicienne
le 2020-07-01

L’approche thérapeutique de l’Intégration du cycle de la vie (ICV, en anglais LI c'est-à-dire Lifespan Integration) a été créée par Peggy Pace, une psychothérapeute américaine, au début des années 2000. Elle utilisait alors l’EMDR (Eye Movement desensitization and reprocessing), méthode qui consiste à traiter un souvenir traumatique pour en diminuer la charge émotionnelle. Un jour, dans son cabinet, alors qu’elle soignait un souvenir de la petite enfance d’une patiente, celle-ci resta bloquée dans cet évènement passé, comme si elle avait de nouveau 6 ans alors qu’elle était adulte. Peggy Pace lui demanda alors de se remémorer un souvenir à 7 ans puis 8 ans et ainsi de suite jusqu’à un événement récent. En aidant cette patiente à retraverser les évènements de sa sa vie, elle observa une amélioration de ses symptômes et de sa perception émotionnelle du traumatisme initial. L’ICV était né !  


Peggy Pace partit du principe que « les personnes victimes de traumatisme savent (dans leur tête) que l’évènement est passé mais ne ressentent pas ceci comme vrai dans leur corps, et imagina une technique astucieuse pour faire faire à ses patients l’expérience, dans leur corps, de la sensation du temps qui a passé entre l'événement traumatique et aujourd’hui » (Joanna Smith).

La méthode de l’Intégration du Cycle de la Vie est donc une méthode psycho-corporelle qui se base sur les recherches récentes en neurosciences affectives portant sur le trauma et l’attachement :


Le souvenir traumatique n’a pas la notion du temps qui a passé, il continue à se conjuguer au présent.


Lorsqu'une personne vit un événement douloureux ou traumatisant, elle peut se sentir débordée et totalement impuissante à le gérer en fonction des circonstances, de son histoire, de son jeune âge et de son niveau de sécurité affective. Le cerveau est débordé et a du mal à traiter l’information. Il isole alors le souvenir traumatique dans un réseau neuronal peu connecté aux autres réseaux afin qu'il soit réactivé le moins possible, un peu comme s’il “l’encapsulait” dans un coin. Le souvenir est parfois tellement isolé qu’on peut développer une amnésie partielle ou totale de l’évènement. C’est un moyen tout à fait normal de survie, qui permet de se protéger de l’effraction psychique. Cependant, une image, un bruit, une odeur, une date, une situation, une émotion peuvent réactiver le trauma, comme si l'événement allait de nouveau se produire. Ainsi, une situation qui ne nécessite pas l’activation du système de stress en apparence peut tout de même déclencher certains comportements, pensées ou émotions parce qu’un élément semble similaire à la situation traumatique vécue parfois plusieurs dizaines d’années plus tôt.


Ces événements du passé continuent d’influencer notre comportement, consciemment ou non, et nous réagissons dans le présent de façon inadaptée aux enjeux actuels, comme si nous cherchions à résoudre la ou les situations du passé non résolues.


Le souvenir traumatique est dans le corps, emmagasiné dans la mémoire implicite, sensorielle.


L’exemple typique est celui d’une personne ayant vécu un traumatisme lors d’un accident de voiture : elle se met à avoir des sueurs, palpitations, à chaque fois qu’elle remonte dans une voiture, même des années après l’accident. Même si elle sait que l’accident est loin derrière elle, son corps réagit comme s’il ne le savait pas.

Dans des situations comme celles-ci, la source de la réactivation semble évidente mais il est parfois plus difficile de faire le lien, comme par exemple dans le cas d’attaques de panique qui peuvent trouver leur source dans les premiers liens d’attachement teintés d’une forte anxiété.


  • La notion de plasticité cérébrale : les recherches récentes en neurosciences nous ont appris une bonne nouvelle  : le cerveau atteint sa maturité vers 25 ans mais rien n’est figé, il est possible à tout âge d’accéder à de nouveaux apprentissages et à modifier notre façon de voir et d’être au monde. On sait que l’attention et l’émotion accroissent la plasticité cérébrale.
  • Il n’y a pas de différenciation entre l’imagination et le réel au niveau de l’activité cérébrale : imaginer une activité et la faire réellement activent les mêmes zones cérébrales mais avec une intensité différente. Cette découverte offre aussi de belles perspectives de changement dans le cadre des thérapies. Ainsi, en ICV, on peut proposer, par le biais de l’imagination, d’aller réparer des parties de soi blessées dans l’enfance et introduire des interactions positives imaginaires entre la partie adulte et la partie enfant du patient.


L’attachement sécure est facteur de résilience.


A la naissance, notre cerveau est immature et très fragile. Un bébé humain ne peut rien faire tout seul, il ne peut survivre sans sa ou ses figures d’attachements.

Les structures plus « rationnelles », comme le cortex préfrontal, qui vont servir à réguler les émotions ne sont pas encore développées chez le tout petit. 

Le rôle de la figure principale d’attachement est de se substituer à ces structures pour réguler les émotions de son enfant.
Ce dernier pourra ainsi faire régulièrement l’expérience d’apaisement lors de situations stressantes, ce qui lui permettra d’acquérir petit à petit les capacités pour réguler ses émotions lui-même.

Parfois, la figure d’attachement n’est pas suffisamment disponible pour répondre et moduler les besoins émotionnels de l’enfant qui développe alors des croyances et des schémas sur la vie et dans ses relations tels que : le manque de confiance en l’autre, la peur d’être rejeté, les difficultés de séparation, le sentiment d’insécurité, les difficultés de régulation de ses émotions…

Une des perspectives intéressantes de la thérapie ICV est de travailler sur cette période du début de vie. Il ne s’agit pas de transformer la qualité de l’attachement originel à nos parents mais de développer un autre attachement à nous-même et, par là-même, aux autres. Le thérapeute va amener l’adulte à entendre qu’il n’est plus dans l’environnement de l’époque et qu’il est un bébé digne d’attention et d’amour. « Cette compréhension de son histoire rend alors possible la désactivation des réseaux neuronaux ayant inscrit psychiquement et dans son corps la croyance qu’il n’en vaut pas la peine ou qu’il y a un danger à être dans une relation intime et de confiance » (Eric Binet).

 

L’objectif, grâce à l’imagination active et à la posture du thérapeute, est de vivre des expériences positives afin que le patient puisse développer une auto-compassion vis à vis du tout-petit qu’il a été et qu’il porte en lui.



Comment se passe une thérapie ICV ? Comment faire pour intégrer les évènements douloureux de notre vie ?


L’outil principal de la thérapie est la ligne du temps. Il s’agit d’une liste chronologique de souvenirs marquants élaborée par le patient pour chaque année de sa vie, de son premier souvenir jusqu’à aujourd’hui. Par exemple, la sieste en maternelle / le lapin dans la classe / la visite à la maternité /…./premier job/divorce/.../ le début du confinement /et un souvenir tout récent pour revenir dans le présent.

Pour un trauma récent, on demande au patient de se rappeler d’une quinzaine de souvenirs depuis le choc jusqu’à aujourd’hui.


Au cours d'une séance, le thérapeute lit au patient la liste de souvenirs choisis en allant du plus ancien à aujourd’hui en lui demandant de prendre le temps de les revisualiser. Cela va permettre d’activer brièvement les mêmes zones cérébrales qu’au moment du souvenir et les sensations corporelles qui y sont liées. Le passage répété sur la ligne du temps permet au corps et au psychisme de comprendre que le temps a passé, qu'il a surmonté les épreuves et que les choses ont changé.

Ce « voyage » dans le passé permet de remettre chaque souvenir à sa place et par la même diminue la charge émotionnelle qui était associée à ces évènements douloureux.

Au fil des répétitions, certains souvenirs sortent de leur isolement, d’autres émergent spontanément et s’intègrent à l’histoire, connectés aux autres.


Divers protocoles existent avec des objectifs différents : améliorer la régulation émotionnelle, traiter les conséquences d’un événement traumatique, traiter une relation douloureuse, faire vivre au patient des expériences réparatrices en rejouant les interactions précoces que le patient aurait dû vivre à ce moment-là.


En conclusion


 L’ICV est donc une méthode douce qui permet la « digestion » des émotions du passé en reconnectant les réseaux neuronaux les uns aux autres afin de dater les événements passés et faire en sorte que le système corps-esprit n’y réagisse plus malgré nous. Sentir dans son corps que le passé est terminé est ce qui assure le changement. L’originalité et la profondeur de cette approche est de pouvoir aussi engager un travail de réparation minutieux des enjeux relationnels précoces.


Indications


Cette thérapie est principalement indiquée pour le traitement des traumatismes récents ou anciens, avec ou sans troubles de stress post-traumatique, des difficultés de régulation émotionnelle et des troubles de l’attachement.

L’ICV permet de travailler autour des relations précoces lorsque celles-ci ont été marquées par des séparations, une hospitalisation, une dépression, des négligences ou de la maltraitance.




Christine Pane

Sa fiche sur weppsy



Sources

- Joanna Smith, (2018), A la rencontre de son bébé intérieur, Dunod.

- Eric Binet, (2017), Le présent au secours du passé, Satas.

- Peggy Pace, (2019), Pratiquer l’ICV, Dunod.


Pour aller plus loin et rechercher un thérapeute

http://aficv.com/

https://integrationcyclevie.com/






Dossier Eclairage : Qu'est-ce que l'EMDR ?

Interview réalisée par Laetitia Ribeyre)

par Emmanuelle Vaux Lacroix, Psychologue clinicienne. Interview réalisée par Laetitia Ribeyre
le 2020-06-10

Dossier Eclairage : Qu'est-ce que l'EMDR ?

Pouvez-vous nous expliquer en quelques mots ce qu’est l’EMDR ?

Cela veut dire Eye Movement Desensitization and Reprocessing. En français, on dit EMDR ou Désensibilisation et Retraitement par les mouvements oculaires. C’est une thérapie créée par Francine Shapiro en 1987 et qui a pour but de traiter des souvenirs traumatiques qui restent actifs. Quand je dis “actif”, je parle par exemple d’une personne qui fait des cauchemars ou pense à l'événement traumatique fréquemment sans en avoir l’intention. L’EMDR permet au cerveau de digérer quelque chose de façon naturelle grâce, entre autres, à ce que l’on appelle des stimulations bilatérales alternées (SBA), le fameux mouvement des doigts devant les yeux. Ces SBA peuvent également être produits de façon sonore (avec un casque) ou tactile (ce que l’on appelle du tapping).

La théorie qui sous-tend cela en EMDR est ce que l’on appelle le Traitement Adaptatif de l’Information (TAI). L’hypothèse de Shapiro est que notre corps et notre cerveau sont faits pour traiter de l’information de manière adaptée de façon naturelle. Normalement, je sais classer les informations et souvenirs dans mon cerveau : un bon repas avec des amis le samedi soir où il ne s’est rien passé d’extraordinaire se range dans les souvenirs types “soirées entre amis”. Je ne me pose pas la question et je traite.

Les souvenirs difficiles peuvent être classés dans la boite « je suis nulle » ou « souvenirs tristes » ou « souvenirs trop difficiles à traiter », mais je peux ne pas me souvenir que cette boite (symbolique) des « souvenirs trop difficiles » existe…

Les souvenirs agréables ou douloureux, mais traités (par exemple le deuil d’un grand-parent ou d’un échec professionnel ou d’une rupture amoureuse) vont constituer la mémoire autobiographique, et je saurai parler de ce qui m’est arrivé dans la vie en y faisant référence, tout en ayant conscience que ces événements sont dans le passé.

On se souvient mieux des souvenirs très douloureux, quand ils n’ont pas pu être traités par notre cerveau, car on ne sait pas toujours où les classer dans la bibliothèque à souvenirs. C’est ce que l’on appelle une mémoire traumatique : j’ai l’impression que c’est encore actuel, je n’arrive pas à le mettre dans le passé. Le travail de mise en mémoire ne se fait pas naturellement. Quand un souvenir est très désagréable et traumatique (ce qui veut dire qu’il y a une confrontation directe ou indirecte avec la mort) ou quand il y a une répétition d’évènements moins dramatiques mais très répétitifs (par exemple : un parent qui régulièrement fait des commentaires sur le physique de l’enfant ; un supérieur hiérarchique qui dénigre le travail ; une mise à l’écart par plusieurs groupes d’amis…), le cerveau ne sait pas traiter cette information. Le souvenir reste donc actif et peut être activé par des déclencheurs. Par exemple, si j’ai été agressé par quelqu’un portant un pull rouge, les pulls rouges vont me faire peur mais je ne sais pas forcément pourquoi. Je peux ne pas me souvenir de ce genre de détails, donc ne pas comprendre pourquoi j’ai peur du rouge et parfois ne pas me souvenir de l’évènement dans sa totalité, ce que l’on appelle alors une amnésie dissociative.

Le fait d’être “déclenchés” par des choses apparemment neutres, est un phénomène qui a été très présents chez ceux qui avaient vécu le Bataclan : dès qu’ils entendaient des bruits forts, comme des feux d’artifice, ils étaient paniqués.



Quelle est l’histoire de l’EMDR et quelles seront selon vous ses évolutions ?



L’histoire officielle est que Francine Shapiro faisait des études de littérature, a traversé un cancer et voulait ensuite donner sens à sa vie. Elle s’est donc réorientée pour faire des études de psychologie. Elle devait faire sa thèse et un jour, elle est dans les bois, et elle se rend compte qu’en faisant des balayages oculaires (en regardant les arbres), quelque chose qui l'inquiétait ne l’inquiète plus. Elle décide de tester cela sur des amis psys, mais en se rendant compte qu’ils n’arrivent pas à balayer spontanément, elle invente la stimulation avec le balayage des doigts. Elle remarque que chez eux aussi, l’inquiétude liée à un événement peut baisser. Au début ça ne s’appelait que EMD, car elle ne faisait que la désensibilisation oculaire dans un premier temps. Elle propose d’évaluer cette technique et d’en faire un sujet de thèse en rencontrant des vétérans de la guerre du Vietnam. Tous présentaient un TSPT, ou Trouble de Stress Post-Traumatique. Elle a des résultats très prometteurs, et c’est comme ça que tout démarre.

Elle va ensuite ajouter le Retraitement. C’est l’idée qu’à chaque trauma s'ajoute une pensée négative qu’on a sur nous-mêmes : “Je suis responsable, je suis une mauvaise personne”, par exemple.

 

L’EMDR permet donc non seulement de désensibiliser, c’est-à-dire parvenir à parler du souvenir traumatique sans s’effondrer car il n’est plus “actif”, mais en plus de retraiter les pensées dysfonctionnelles qui y sont associées.
On comprend grâce à cela que l’on n’est pas responsable, que l’on n’est plus en danger face à nos déclencheurs. Ces souvenirs resteront difficiles, ce ne seront jamais des souvenirs joyeux mais il sera possible d’en parler sans avoir cette sensation de peur, de tristesse, ou de honte et il n’y aura plus de manifestations corporelles.

Les évolutions de l’EMDR sont infinies. L’EMDR est reconnue par l’OMS et la HAS (Haute Autorite de Santé) comme étant la thérapie la plus efficace, avec les TCC, pour traiter le trauma. Cette reconnaissance permet d’avoir accès à des fonds importants pour la recherche, rendue plus facile car l’EMDR est protocolisé. Ceux qui font de l’EMDR sont tous psychologues ou psychiatres mais viennent souvent de courants thérapeutiques différents au départ et donc ça donne une communauté de thérapeutes riche, que je respecte beaucoup.



Pour quels types de patients conseilleriez-vous cette thérapie ? Qu’entendons-nous par “trauma” ?



Le trauma est classiquement défini comme la confrontation directe ou indirecte avec la mort mais cette définition est réductrice. Le trauma peut aussi être constitué d’une accumulation de petits traumatismes, de la part des parents par exemple. Quelqu’un qui a subi des moqueries incessantes durant son enfance pourra aussi avoir un vécu dit traumatique. En anglais, nous utilisons l’expression “Big T and little t trauma”, c’est à dire trauma avec une majuscule ou une minuscule, pour bien souligner cette différence. L’EMDR peut donc s’adresser à tout le monde. Je reçois des personnes pour tous types de problématiques : divorce, burn out, dépression ou encore phobies car nous avons des protocoles spécialisés pour répondre à différents besoins.

Les gens pensent que c’est une thérapie seulement destinée au trauma, mais c’est en fait une thérapie intégrative. L’EMDR n’est pas que l’outil de désensibilisation, mais c’est aussi le TAI c’est à dire le Traitement Adaptatif de l’Information.
Je me demande : qu’est-ce que mon patient n’a pas pu traiter dans son expérience ? Nous traitons beaucoup de choses encore méconnues du grand public comme la maltraitance par négligence émotionnelle : étant enfant, le parent répondait aux besoins matériels mais sans prendre en compte les besoins affectifs.

L’EMDR est composé de 8 phases, et tout le monde se représente bien la phase 3 à 7 car ce sont les phases de désensibilisation. Avant cela, on fait un travail d’anamnèse et de stabilisation, où on aide les patients à travailler leurs ressources. La phase 8 est dédiée à ce que l’on appelle la réévaluation et les scénarios du futur. Elle permet de nous assurer que le traitement a tenu d’une séance sur l’autre. Puis nous proposons à nos patients de se visualiser dans une situation similaire dans le futur pour bien ancrer le changement (par exemple, quelqu’un qui avait une phobie de la conduite suite à un accident de voiture ; une fois le souvenir de l’accident retraité, nous allons lui proposer de se visualiser en train de conduire tranquillement… et après de le faire dans la vraie vie évidemment !)

Durant la phase de stabilisation, l’EMDR puise dans d’autres courants comme l’hypnose, les TCC, ou encore la sophrologie. On renforce d’abord le patient et ses ressources avant de traiter le trauma car sinon le retraverser pourrait être trop difficile, selon la complexité de l’histoire du patient. Cependant ce n’est pas magique, ça ne se fait pas en 3 séances. Les seuls traumas qui se traitent facilement sont les traumas récents simples, comme un accident récent mais sans séquelle et sans que le patient n'ait eu des traumas antérieurs. Ce n’est pas comme de l’hypnose, on ne fait pas une séance isolée d’EMDR.

Nous n’avons pas besoin d’avoir les détails des événements pour pouvoir soigner le trauma. Quand on demande de raconter plusieurs fois le trauma, Janet et Ferenczi le disaient déjà à leur époque, on finit par retraumatiser le patient. Ils gardent trop dans le présent ce qui appartient au passé, ce qui peut parfois être le cas dans des thérapies classiques lorsque que l’on réaborde de nombreuses fois les mêmes traumatismes.


Est-ce que l’on sort d’une séance d’EMDR en étant assez secoué ?



On ne sort pas d’une séance secoué car on restabilise le patient à la fin de la séance. On travaille toujours en attention double, c’est-à-dire avec un pied dans le passé et un dans le présent. C’est une situation très inconfortable mais je m’assure que mon patient n’a pas deux pieds dans le présent, car dans ce cas nous ne sommes que dans le cognitif. Et si le patient a les deux pieds dans le passé, il risque d’être trop déstabilisé. A la fin de la séance cependant, on a de nouveau deux pieds dans le présent. On travaille avec ce que l’on appelle la fenêtre de tolérance. On fait attention au fait que nos patients ne soient surtout pas en hyperactivation (fight or flight, c’est à dire qu’ils veulent fuir ou combattre) ou en hypoactivation (freeze, la sidération). Si tel est le cas, c’est qu’on est allés trop loin. J’ai des personnes qui viennent à 8h du matin et qui vont travailler ensuite, donc une séance d’EMDR n’est pas plus bouleversante qu’une autre forme de thérapie.

Aujourd’hui sur internet on trouve beaucoup de vidéos de séances d’EMDR, pour ceux qui sont intéressés par le fait de mieux comprendre ce qu’il s’y passe.



Quelle est la question que les patients vous posent fréquemment avant d’engager une thérapie EMDR ?



Ils me demandent souvent : A quoi ça sert d’aller remuer le passé ?


Je leur réponds que quelque chose qui vous dérange ou s’active trop dans le présent, fait forcément écho à quelque chose dans le passé. Ils ne comprennent pas certaines de leurs réactions, ils se voient faire mais n’arrive pas à s'arrêter.
J’ai souvent l’exemple de parents qui se mettent trop en colère contre leurs enfants mais ils n’arrivent pas à se maîtriser. Ils ont des réactions disproportionnées car l'événement fait écho à leur histoire. Je vois aussi des personnes qui n’arrivent jamais à avoir une relation amoureuse stable, les choses se passent toujours mal. Dans leur cas, il y a un manque de sécurité dans l’attachement au départ. Ils ont des formes d’attachement anxieux, évitant ou encore désorganisé et on travaille sur cela avec eux.

Dans 85% des cas, le trauma unique évolue positivement sans problème. Le plus dur à traiter, c’est le viol ou encore le trauma complexe qui démarre dans la petite enfance et vient des figures d’attachement. Ce trauma de l’enfance est difficile car ce sont les personnes qui doivent assurer notre sécurité qui génèrent le trauma. Muriel Salmona explique bien cela sur son site (lien en bas de l’article).


Comment trouver un thérapeute EMDR de confiance ?


Sur le site EMDR France, il y a un annuaire. Pour y être on a été accrédités, donc supervisés. Tous les 5 ans, on se fait réaccrédités. C’est une des forces de l’EMDR. Pour être maintenir ce titre, les praticiens doivent faire de la formation continue.

Sur les sites EMDR, il y a des petits booklets qui détaillent bien les choses pour les patients et il y a accès à pleins de vidéos de séances d’EMDR.

Il y aussi EMDR Europe pour ceux qui sont à l’étranger. Chaque pays a son site, que je vous encourage à découvrir.



Emmanuelle Vaux-Lacroix

Psychotrauma : quand aller consulter et pourquoi?

Béthune, Psychologue clinicienne)

par Hermine Béthune, Psychologue clinicienne
le 2020-06-03

Psychotrauma : quand aller consulter et pourquoi?

Vous venez de vivre un évènement choquant, un évènement auquel vous n’étiez pas préparé ? De par sa nature brutale et menaçante pour la vie

psychique et/ou physique, ce dernier peut devenir un traumatisme.


“On peut définir le traumatisme psychique, ou trauma, comme un phénomène d’effraction du psychisme et de débordement de ses défenses par les excitations violentes afférentes à la survenue d’un événement agressant ou menaçant pour la vie ou l’intégrité (physique ou psychique) d’un individu, qui y est exposé comme victime, témoin ou acteur”. (Chidiac & Crocq, 2010).


Durant l'événement traumatique : il n’existe pas de « bonnes » ou « mauvaises » réactions.



Revenons succinctement sur différentes réactions pouvant être observées et décrites durant le temps de l'événement traumatique. En tant que psychologue, nous recevons fréquemment des impliqués** animés d’une grande culpabilité d’avoir agi ou de ne pas avoir agi lors de l'événement vécu. Néanmoins ces différentes réactions ne sont pas le fruit de la volonté. Il s’agit de réponses instinctives régies par nos structures cérébrales qui concentrent leur activité afin d'accroître la vigilance pour se défendre face à la menace perçue. Cette défense s’organise en fonction de la personne que vous êtes. A savoir : un être unique de par votre génétique et de par les multiples expériences vécues tout au long de votre vie. Il n’existe pas de « bonne » ou « mauvaise » réaction, il s’agit de la vôtre et c’est une réaction qui ne peut être contrôlée par la conscience.

Certaines réactions vous sont déjà familières, elles sont connues sous les termes « fight or flight » ou réponse “combat-fuite”.


Ici, nous vous en exposons deux autres qui sont intéressantes à savoir repérer si vous ou un proche, êtes victime d’un événement traumatique. Elles font partie d’une troisième réponse : « freeze », littéralement « se geler », physiquement ou psychiquement.


Il s’agit d’une part de la sidération qui est un « état de stupeur émotive dans lequel le sujet, figé, inerte, donne l’impression d’une perte de connaissance ou réalise un aspect catatonique par son importante rigidité, voire pseudoparkinsonien du fait des tremblements associés » (Buffet, 2014). La sidération est une réaction qui s’apparente à une anesthésie. Nous pouvons l’observer aussi chez certains animaux qui vont simuler un état de mort afin de leurrer un prédateur menaçant. Ce phénomène a toujours existé et a vocation de protéger le psychique notamment en distanciant la souffrance et les émotions.

Une autre réaction pouvant être observée : la dissociation. Elle est caractérisée par une perturbation et/ou discontinuité dans l’intégration normale des émotions, de la conscience, de l’identité et de la mémoire (DSM-5***, 2013). Elle peut prendre différentes formes telles que l’amnésie dissociative (l’oubli d’éléments spécifiques liés à l’évènement ou encore la totalité de l’évènement), la dépersonnalisation (impression de sortir de son corps, de s’observer) ou la déréalisation (expérience d’irréalité de l’environnement).



C’est notamment en raison de ces réactions que certaines interventions précoces existent. Si vous venez d’être confronté à un événement potentiellement traumatique, vous pourrez être amené à rencontrer dès la fin de l’évènement des psychologues, médecins, infirmiers (Constantin-Kuntz et al., 2004). Ces interventions auront pour vocation de contenir le stress et d’essayer de recréer une cohérence dans le discours afin de sortir d’un état de sidération et/ou de dissociation.


Qui est concerné par le psychotraumatisme: les victimes directes et/ou indirectes.


L’expérience traumatique peut être vécue directement (témoins, victimes), ou indirectement (présents aux alentours, proches). La prise en charge psychologique était dans un premier temps, centrée autour des impliqués directs avec comme objectif de limiter les répercussions psychologiques à court, moyen ou long terme comme par exemple les Troubles de Stress Post-Traumatique (TSPT). L’expérience des différentes interventions menées a permis de faire le constat que tous les impliqués directs ne développent pas automatiquement de TSPT. En revanche on peut observer que les personnes n’ayant pas vécu l'événement physiquement mais ayant été au contact d’impliqués directs (famille, collègues, amis) pouvaient développer une symptomatologie traumatique (Constantin-Kuntz et al., 2004). Cela sous-tend alors l’importance de la prise en charge des impliquées indirects en sensibilisant notamment sur leur légitimité à recevoir des soins au même titre que les personnes impliquées directement.  



A la suite de l’évènement : qu’est-ce que je peux éventuellement ressentir et vivre ?



A la suite de l’événement, il se peut que des manifestations de stress surviennent. Il s’agit d’un temps de digestion de ce qui vient de vous arriver. Vos réactions (trouble du sommeil, de l’alimentation, d’irritabilité, souffrance psychique et somatique, etc.) sont des réactions normales à la suite d’un événement dit anormal. Néanmoins, s’il est naturel de traverser ces états pendant un temps, prendre conscience de l’intérêt d’une prise en charge psychologique semble primordial afin de limiter l’enkystement dans ces manifestations de stress.



Qu’est-ce que le Trouble de Stress Post-Traumatique ?




Des suites d’un événement traumatique peuvent naître des marqueurs et des manifestations psychologiques et physiologiques témoignant d’un état de stress qui ne s’estompe pas, malgré le temps qui passe (DSM-5, 2013).


On peut observer :


  • Des reviviscences : souvenirs répétitifs, envahissants, involontaires.

  • Des flashbacks : des dissociations pendant lesquelles l’évènement traumatique est revécu provoquant une importante détresse.

  • Des terreurs nocturnes ou cauchemars : des rêves répétitifs liés à l’évènement traumatique un sentiment intense ou prolongé de détresse psychique lors de l’exposition à des indices externes pouvant évoquer un des aspects de l’expérience traumatique (odeurs, couleurs).

  • Des conduites d’évitement : en raison de cette détresse ressentie, on peut observer alors des conduites d’évitement visant à limiter l’exposition à des rappels externes qui pourraient éveiller des souvenirs ou des pensées liés à l’évènement (contourner des lieux, limiter les sorties, ne plus voir certaines personnes).


Par ailleurs on peut aussi observer :


  • Des altérations négatives des cognitions et de l’humeur (difficulté de mémorisation, de concentration, humeur négative persistante, diminution de l’intérêt portée aux activités de loisirs, irritabilité, incapacité à éprouver des émotions positives ou de plaisir, sentiment de détachement d’autrui).

  • D’autres marqueurs, tels que des accès de colères, des comportements autodestructeurs, de l’hypervigilance peuvent aussi émerger.


Quelle que soit la durée entre l'événement et l’apparition de certains de ces symptômes (des semaines, des mois ou parfois même des années), s’ils s’installent au-delà d’un mois, ils manifestent d’un état de stress directement liés à l’exposition traumatique (DSM-5, 2013).


Vivre ces manifestations est particulièrement difficile et quotidiennement éprouvant. Leur installation dans le temps, signe de futures difficultés dans les différentes sphères de la vie d’une personne (familiale, relationnelle, professionnelle).


Ainsi la prise en charge thérapeutique a pour vocation d’aider à sortir de cette souffrance infernale venant perturber l’organisation psychique, somatique et personnelle.



Quelles sont les conséquences d’un état de stress prolongé ?



L’addiction : On observe un lien fort entre l’addiction et le psychotraumatisme. En effet, lorsqu’on vit une telle souffrance on peut se tourner vers des « anxiolytiques » naturels (drogues, alcools, antidouleurs) qui peuvent avoir provisoirement l’effet de contenir l’angoisse en permettant notamment de trouver le sommeil. L’addiction s’installe insidieusement et constituera une difficulté supplémentaire importante à long terme. L’effet recherché reste le même (en moins ciblé et en provoquant de graves addictions) que celui dont vous pourriez bénéficier par un traitement prescrit par un médecin pour soulager ces angoisses. Les avantages de passer par un médecin sont que les effets et la durée du traitement seraient contrôlés afin d’éviter les addictions. Ces traitements seraient choisis et adaptés spécifiquement pour vous.


La dépression : Le stress vécu de manière prolongée (adrénaline, hyper activation de l'amygdale) épuise certaines régions cérébrales, telles que celles permettant notamment de sécréter des hormones dites de « bonheur » (dopamine, sérotonine). Il s’agit alors d’une entrée dans la dépression avec de nouveaux symptômes surgissant et paralysant un peu plus encore la vie psychique, sociale, familiale et professionnelle. L’expérience de ces symptômes et de cette souffrance peut aboutir à des idées suicidaires pouvant conduire au passage à l’acte.


Ne pas s’enfermer dans le silence et la souffrance.


Le tableau clinique décrit ci-dessus est inquiétant et handicapant. On n’en soupçonne l’existence qu’une fois qu’on en fait l’expérience. Ainsi en revenant au point de départ de ces manifestations et pathologies, on en revient au vécu du stress suite à l'événement traumatique. On peut alors prendre la mesure de l’intérêt de ne pas s’enfermer dans le silence et la souffrance. Il est toujours plus accessible et efficace de travailler sur ces manifestations dès l’apparition des symptômes plutôt qu’en situation d’épuisement psychologique extrême. Malheureusement, en tant que psychologue, on observe une grande tendance à ne pas vouloir ou oser initier des prises en charges. Cela peut être liée à un déni des troubles apparus ou la conviction que rien ne peut être fait pour soulager ces souffrances. C’est pourquoi il semble important d’être sensibilisé et d’être vigilant à son entourage pour aider et accompagner une personne dans cette démarche. Car même si une personne développe un TSPT, sombre dans la dépression et/ ou dans une addiction: il est possible grâce au travail thérapeutique, aux ressources personnelles et aux ressources de l’entourage, de sortir de ces souffrances et de pouvoir recommencer à vivre, en se retrouvant.



Quelles prises en charges ?



De nombreux intervenants se mobilisent et proposent des thérapies ayant démontré leur intérêt dans la prise en charge de personnes exposées à un événement traumatique.


Les Cellules d’Urgences Médico Psychologiques (CUMP) se mobilisent dès lors qu’un évènement grave impliquant plusieurs victimes survient. Constituées de médecins, psychologues, psychomotriciens, infirmiers, elles sont une source de soutien et de transmission d’informations importantes tels que les centres et numéros qui peuvent être contactés pour une prise en charge. L’un des objectifs de ces interventions, dites de « defusing » et de « debriefing » , est de permettre de recréer une cohérence dans le discours afin de pouvoir sortir d’un éventuel état dissocié ou sidéré et de permettre une conscientisation ainsi qu’une élaboration de l’expérience vécue.


Par ailleurs, dix centres nationaux de psychotraumatologie coordonnés par le Centre National de Ressource et de Résilience (CN2R) ont ouvert leurs portes récemment suite à un appel à projet ministériel. Leur vocation est d’améliorer les connaissances et la prise en charge de personnes ayant vécu un événement traumatique.



Finalement : quand dois-je consulter ?



Faîtes-vous confiance et prenez en considération le droit que vous avez à vivre un accompagnement, sans que cela ne rime avec échec personnel ou faiblesse morale. Accordez à vos proches la confiance de vous faire part de leurs inquiétudes s’il en existe à votre égard et entendez-les. L’entourage est une ressource particulièrement aidante en cas de difficulté, essayez de ne pas vous isoler dans votre souffrance.


Pour finir, il est toujours possible d’évoluer et de bénéficier rapidement d’un mieux-être, notamment concernant les symptômes tels que les reviviscences, les troubles du sommeil et les flashbacks qui peuvent s’apaiser rapidement grâce à des outils thérapeutiques ciblés et conçus pour. Il est conseillé de tenter des approches thérapeutiques qui sont élaborées et scientifiquement reconnues par l’OMS et l’HAS pour la prise en charge du traumatisme, comme l’EMDR et l’ICV, proposées par des psychiatres et des psychologues.


Hermine Béthune

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Lexique:


* Somatique: traduction physique d’un stress psychique (ex: maux de tête, de dos, trouble du sommeil, eczéma).


** Impliqué: Mot utilisé pour désigner une personne ayant vécu un événement traumatique.


*** DSM-5: Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, publié en 2013 par l’Association Américaine de Psychiatrie (APA).


Sources :

  • American Psychiatric Association. (2013). Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (5 e éd.). Arlington, VA: American Psychiatric Publishing.

  • Buffet, A.-L. (2014, septembre 24). État de sidération—Définition. Consulté, à l’adresse https://cvpcontrelaviolencepsychologique.com/2014/09/24/etat-de-sideration-definition/

  • Chidiac, N., & Crocq, L. (2010). Le psychotrauma. Stress et trauma. Considérations historiques. Annales Médico-Psychologiques, Revue Psychiatrique, 168(4), 311– 319. doi:10.1016/j.amp.2010.03.013

  • Constantin-Kuntz, M., Samba, F., Zoute, C., Moreau, P., & Chaumet, F. (2004). Des traitements psychologiques des impliqués indirects dans les situations d’urgence psychologique. Pratiques Psychologiques, 10(4), 335‑347. https://doi.org/10.1016/j.prps.2004.09.002